Henri_Brisson_1871_1881 - Roland Narboux - Bourges Encyclopédie

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HENRI BRISSON A BOURGES
Par Roland NARBOUX

Bourges et la première biographie sur Henri Brisson, avec dans cet article, le premier chapitre sur son enfance et son adolescence. Retour Henri Brisson

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Version 2012

 

CHAPITRE 2 : 1871 - 1881

 

Le virus de la politique chez Henri Brisson

Les années de formation politique : 1871 - 1881

Henri Brisson et les élections à Bourges et dans le Cher

Henri Brisson jeune franc maçon

Comment était Henri Brisson dans ces années 1871 à 1881

 

Henri Brisson a 35 ans, il est dans la force de l'âge, il a beaucoup appris dans son métier de journaliste et dans celui d'avocat, et il reste fidèle à ses grands principes républicains dont il ne s'écartera jamais.
Après une période de flottement, avec la guerre, la Commune, la seconde République, il entre dans la vie politique active.
Pendant plus de 40 ans, il sera aux tous premiers rangs de la politique française, à tous les postes en se " frottant " de manière continue, trop peut être au suffrage de ses concitoyens.
Henri Brisson est a cette époque, un Républicain radical, c'est à dire fougueux, qui se bat pour ses idées, pour l'école laïque, et de manière permanente contre le poids de la religion dans le pays.
C'est dans ces années que se forge en France la République que nous connaissons aujourd'hui, alors que les monarchistes sont à deux pas du pouvoir à plusieurs occasions.
Sa vie va osciller entre Paris et la Seine comme l'on disait et son département natal, le Cher où il revient de manière constante, voulant concilier ce qui ne sera jamais simple l'action au Palais Bourbon et la résolution de problèmes locaux, rue Moyenne à Bourges ou sur la place principale de Vierzon !

Le virus de la politique chez Henri Brisson

Henri Brisson vit à Paris et par ses relations dans le journalisme engagé, il est inévitablement attiré par la politique.
Il a moins de 35 ans lorsqu'il se présente à des élections en 1869, et il est battu. Il eut le plus grand succès dans les réunions politiques... mais pas chez les électeurs. Nous sommes toujours sur le Second Empire, un second Empire déclinant qui sera bénéfique pour Bourges, mais Henri Brisson ne semble pas trop se préoccuper de sa ville natale.

 

M. Henri Brisson, en 1869, appartenait à l'Avenir national, un organe radical que dirigeait M. Peyrat. Il s'était déclaré républicain, et passait même, dans certains milieux, pour appartenir à une fraction assez avancée du parti démocratique; sa candidature à la députation fut posée en concurrence avec celle de Glais-Bizoin, considéré comme plus modéré, dans la circonscription électorale qui était formée des IXe et Xe arrondissements de Paris, il obtint 6,148 voix au premier tour, puis se retira au scrutin de ballottage.
En 1869, Il n'était pas éloigné de recommander à ses amis politiques, en vue de la lutte contre le régime impérial, une étroite alliance avec les conservateurs orléanistes

Et puis vint l'année 1870. Après la défaite de Sedan, dans le court conflit qui opposait la France de Napoléon III à la Prusse de Bismark, ce fut la Révolution du 4 Septembre 1870, il fut l'un des adjoints au maire de Paris; signataire, le 31 octobre au soir, avec MM. Etienne Arago, Dorian, Schoelcher, Floquet, Hérisson, d'une affiche qui convoquait les électeurs pour la nomination d'un conseil municipal, il donna sa démission quand cette mesure eut été désavouée par le gouvernement de la Défense nationale.

Toutefois, après ce revers, Henri Brisson ne va pas quitter la politique il est élu en février 1871 député de Paris et siège à l'Union Républicaine, dont il devient bientôt président. Il s'agit d'un parti politique que l'on situerait aujourd'hui à l'extrême gauche.

Puis ce sont les deux dramatiques mois de la Commune de Paris, avec la semaine sanglante de 21 au 28 mai 1871. Comme d'autres, comme George Sand, Henri Brisson n'a pas été parmi les insurgés, et nul ne sait ce qu'il a fait dans ces moments forts.
A-t-il été avec d'autres francs-maçons sur les remparts de Paris avec les bannières maçonniques pour réclamer l'arrêt des combats ? Nul ne le sait.

Par contre, après la défaite des insurgés, alors qu'il n'avait pas approuvé la Commune, il forme un groupe de 4 francs-maçons radicaux, c'est à dire Balduc, Brisson, Greppo et Massot, et ils mènent le premier combat pour l'amnistie, " pour tous les crimes et délits politiques " alors que les communards qui avaient réchappés au massacre comme Louise Michel étaient envoyés aux travaux forcés.

Ainsi avec cette première élection de 1871, Henri Brisson commence une carrière politique assez dense, puisqu'il sera député pendant 40 ans, président de la Chambre des députés pendant 13 ans et même Président du Conseil, c'est à dire Premier ministre dans un régime parlementaire pur, à deux reprises, mais durant des périodes assez courtes, une caractéristique de la III ième République.

 

Les années de formation politique : 1871 - 1881

Avant de tout connaître de la vie politique d'Henri Brisson, il est nécessaire de refaire un peu d'Histoire avec un grand H et de revenir sur les faits essentiels de cette période féconde.

La France sort du second Empire, et les Révolutionnaires ont perdu la partie après la Commune de Paris, qui s'est terminée pour eux par un bain de sang. La République a été théoriquement proclamée, mais elle n'est pas assise, et les monarchistes sont encore très présents. La " droite " comme nous dirions aujourd'hui est très réelle, on les appelle les conservateurs.
C'est la France de Thiers, puis de Mac Mahon, la Troisième République est bien fragile.

Henri Brisson fut candidat d'extrême-gauche, et il fut élu Représentant de la Seine à l'Assemblée Nationale représentant de la Seine le 8 février 1871. Le 19e sur 43, par 115 594 voix (328 970 votants, 547 858 inscrits), il siégea à l'Union républicaine et le mandat se termina en 1876.
Le 13 septembre 1871, il fut le premier à proposer une amnistie pour les condamnés de la Commune, mais sa proposition fut rejetée, n'obtenant pas une majorité lors du vote.

Aux élections générales du 20 février 1876, il devint député du Xe arrondissement de Paris, avec 15 630 voix sur 21 988 votants et 29 139 inscrits, contre MM. Dubail, républicain conservateur, 4452 voix, et de Humbourg, légitimiste, 1327 voix. Il reprit son rang dans la majorité, et fut parmi les 363 députés qui refusèrent un vote de confiance au gouvernement dit du " Seize-mai ". En même temps, il collaborait activement au journal " Le Siècle ", dont il fut un des directeurs politiques.

L'année suivante, Henri Brisson fut réélu député, le 14 octobre 1877, par 18 719 voix (22 404 votants, 27 972 inscrits), contre 3101 à M. de Humbourg, M. Henri Brisson devint bientôt une des personnalités les plus marquantes du parti opportuniste, bien qu'il prit, dans certaines circonstances, et sur certaines questions, une attitude et des opinions " radicales " et "puritaines " qui lui valurent un renom d' " austérité ".

Un homme " tiré à quatre épingles ". Il parle bien, il a une voie calme et audible dans une période où il n'y a pas d'amplificateurs, le micro arrivera beaucoup plus tard.

M. Brisson avait été nommé vice-président de la Chambre, puis, le mois d'après, il avait été choisi comme président de la commission du budget. Il le fut encore l'année suivante, et prononça, comme tel, le 4 mars 1880, un discours s'adressant ainsi à ses collègues de la commission:

" ... Votre tâche, messieurs, est d'allier ce que réclame l'esprit de réforme à ce que permettent le bon ordre de nos finances et le maintien de notre crédit. On reproche quelquefois à la République de ne pas faire grand, vous ne vous laisserez pas trop émouvoir par ce reproche; ceux qui parlaient de faire grand ont laissé la France plus petite, etc. "

 

Henri Brisson et les élections à Bourges et dans le Cher

Henri Brisson, comme souvent les hommes politiques de province cherchent un ancrage local au-delà de leurs mandats nationaux. Et c'est ainsi qu'il revient dans le Cher puis dans sa ville natale : Bourges.

Henri Brisson est tout d'abord élu conseiller général dans le canton de Vierzon en 1877, c'était le 4 novembre. Il remplaçait ainsi au Conseil général M Frédéric Monnier, maire de Foëcy et maître des requêtes au Conseil d'Etat.
La campagne fut rude, il n'est pas le bienvenu, on peut lire qu'il est député de Paris et en Berry, " on " aime pas trop. On lui reproche, lui le natif de Bourges, de solliciter les électeurs du canton de Vierzon après avoir été jadis refusé par les électeurs de La Guerche et de Sancoins.

Et le courrier du Berry d'obédience catholique s'en donne à cœur joie, écrivant " Oui Henri Brisson a été battu dans deux cantons et vaincu, mais non découragé. Et il transporte sa candidature exotique à une autre extrémité du département ". Et les deux cantons en cause étaient républicains, il y avait donc une forte opposition à l'arrivée de Brisson. Le journal poursuit que M. Brisson n'a cure des intérêts d'un canton, il habite loin d'eux et ne leur rendra pas le moindre service. il est traité de " politicien acharné "
A Vierzon, en 1877, la ville est déjà quelque peu " rouge " et Henri Brisson est alors très " rouge " il l'emporte largement par 2303 voix sur 4600 votants et ses adversaires, Burdel, Barthe et Janoyeg font respectivement 1244, 936 et 69, et sous le chiffre des résultats le journal écrit " cette élection paraît devoir être sérieusement contestée ".
Il n'en sera rien et Henri Brisson se retrouve au Conseil général du Cher, avec son cousin Eugène qui a été élu à Charost. On notera aussi la présence du prince d'Arenberg élu à St Martin, alors qu'à Bourges c'est M. Devoucoux qui l'a emporté.
Eugène Brisson, le cousin et beau-frère sera élu face à M Vermeil qui réside à Saint Florent et c'est important car Eugène Brisson, lui, habite Bourges et il passe lui aussi pour un " politicien ".

Aux élections suivantes des 1 er et 8 août 1880 au Conseil général du Cher, et les deux cousins Henri et Eugène sont réélus.

Henri Brisson est même nommé Président du Conseil général du Cher le 16 août 1880, et il le restera durant 3 ans jusqu'en août 1883 où il est battu aux élections (second tour) par un fabricant de porcelaine, M. Darmet de Vierzon Villages.
Depuis 1877, Henri Brisson aspirait à devenir Président du Conseil général, et cette fois il est élu par 16 voix sur 27 votants, et il y a 7 bulletins blancs et 4 voix perdues, je ne sais pas ce que cela signifie.

 

Et dans son discours, on peut noter ses deux préoccupations que sont la vicinalité et l'instruction primaire.
Il assure aussi que ces élections ont voulu consolider le régime républicain et que la démocratie rurale n'a jamais aussi énergiquement signifié ses préférences.
La polémique au Conseil général, avec l'opposition conservatrice, représentée par d'Arenberg et de Vogüe fait rage, et lors d'un comice agricole, Henri Brisson cette fois assure " qu'avant la république on ne cultivait pas, que les prés et les prairies étaient inconnues. pour l'Instruction publique c'était la même chose ". c'est ce que rapporte le Journal du Cher, organe bonapartiste et très anti-républicain.

Ce qui est intéressant, c'est aussi la présence d'Eugène Brisson qui est lui aussi élu, et un journal de l'opposition écrit :

" On remarquera le ton particulièrement agressif, cassant, hautain de M Eugène Brisson dans le débat. Il est aussi tranchant au Conseil général qu'à la mairie de Bourges ".

 

Henri Brisson jeune franc maçon

Henri Brisson est souvent présenté comme l'œil et le bras de la franc maçonnerie dans le radicalisme d'avant 1914.

Pourtant, Brisson n'a été réellement actif dans la maçonnerie qu'au début de sa carrière. Il l'a reconnu dans un discours de distribution des prix aux élèves des cours commerciaux du Grand Orient de France, en janvier 1898.

Il est entré en maçonnerie en 1856 car c'était " le seul endroit en France où l'on pu encore parler, parler bas, mais parler encore avec une certaine liberté". A la fin de sa vie, il évoque avec un certain détachement son " ancienne vie maçonnique " déclarant " Si j'ai fréquenté beaucoup les temples de 1856 à 1870, la vie m'a jeté ailleurs",
En France, il y a environ 10 000 Francs-maçons dans les années 1862.

Il entra donc dès 1856 dans les Loges maçonniques, et il en devint un des membres les plus actifs et influent. fréquentant avec assiduité les Temples maçonniques. Le jeune avocat et journaliste républicain a été, dans les années 1860, le Vénérable de la loge L'Ecossaise 133, fréquentée par d'autres futures gloires radicales comme Floquet ou Mesureur, ce dernier deviendra le premier Président du Parti radical, cette Loge accueillera aussi de futurs communards.

Cet atelier, " L'Ecossaise 113 " milite pour la démocratisation du Rite dit Ecossais et pour l'abandon de la référence au Grand Architecte de l'Univers. Il jouera un rôle moteur dans la scission écossaise de 1880. Mais, quand se crée la Grande Loge Symbolique, ou Mesureur sera très actif, Brisson a déjà cessé de fréquenter assidûment les loges. Son prestige dans le milieu maçonnique est peut-être dû principalement à sa collaboration à La Morale indépendante, la revue fondée en 1865 par Massol, l'un des ennemis personnels du Grand Architecte au Grand Orient.

La gloire de Brisson, finalement, est un peu la contrepartie de la méfiance fréquemment éprouvée par les radicaux pour les trop fortes personnalités, pour les véritables hommes de gouvernement qu'ils s'appellent Gambetta, Ferry ou Clemenceau.
En 1872 il est grand orateur de la Grande Loge centrale du rite écossais qui deviendra plus tard la Grande Loge de France.

" À cette époque, les effectifs du Suprême Conseil de France s'élevaient à 23 chapitres (loges travaillant du 4ème au 18ème degrés) et 90 loges symboliques (du 1er au 3ème degré), ces dernières étant regroupées dans une structure interne dénommée " Grande Loge Centrale du Suprême Conseil de France ".

L'obédience majoritaire étant le Grand Orient de France qui, en 1877 supprime de ses Constitutions la référence à l'existence de Dieu et à l'immortalité de l'âme. Les principaux leaders opportunistes ou radicaux, à l'exception de Clemenceau sont la plupart du temps francs-maçons ... tout comme les fondateurs du Parti Radical avec Gaston Mesureur.

En 1877, c'est la victoire des républicains aux élections d'octobre, et une nouvelle proposition de loi sur l'instruction primaire obligatoire et laïque fut déposée et signée avec le député Barodet, par les frères Louis Blanc, Henri Brisson, Charles Floquet et Emile Deschanel, Jules Ferry de son côté déposa deux autres propositions.

Finalement, les grandes lois de 1881 et 1882, souvent appelées lois Jules Ferry " comblèrent enfin les voeux des Loges et des républicains. " Les Loges maçonniques revendiquèrent alors la paternité, il faut dire qu'elles avaient consacré leurs efforts durant des années à cette école laïque, gratuite et obligatoire dans la nouvelle République.

 

Comment était Henri Brisson dans ces années 1871 à 1881

Dans un portrait qui date de 1883, donc avant qu'Henri Brisson ne devienne un homme politique de premier, on trouve des mots :
" On se représentait volontiers Brisson comme un esprit absolu, sans souplesse, enfermé dans un cercle étroit d'idées préconçues, incapable de rien apprendre des évènements.... ", c'est souvent ce que disaient ses détracteurs et les journaux conservateurs et monarchiques.
Alors un autre portrait se dégageait ainsi :

" ... La réserve un peu sévère qu'il a prise au foyer paternel, ses habitudes de travail, son goût pour la vie d'intérieur, la simplicité de ses moeurs, sa froideur apparente et sa parole incisive, motivaient dans une mesure cette manière de le juger ".

Il n'y a pas d'ambiguïté chacun reconnaît qu'il était rigide, incorruptible et " d'une austérité qui donnait à sa figure une grande noblesse ".
C'était un homme politique inflexible fidèle à ses principes, à une époque où les compromissions étaient nombreuses.
Il parlait fort mais d'une manière posée et assez lente, n'était-il pas Berrichon ?

 

Les années terribles de la décennie 1880

Ces années 1880 furent les premières où la IIIe République fonctionna normalement, celles où le régime se mit en place, où s'installèrent des institutions et des habitudes de vie politique qui ont eu la vie dure: ce fut l'âge d'or, notamment, de la démocratie parlementaire.

Ce fut l'époque où les conquêtes révolutionnaires et les avancées du XIXe siècle s'enracinèrent définitivement et cessèrent d'être perçues comme subversives par une proportion importante de Français, pour se muer en fondements de la nation. Cependant, il subsistait à droite un camp contre-révolutionnaire, et à gauche des courants révolutionnaires; certains étaient hostiles à la République en son principe, d'autres ne l'étaient qu'à ses pratiques politiques, mais les deux avaient souvent tendance à se confondre, notamment en période de crise.
Ce qui nourrissait ces extrémismes, c'était d'une part que la IIIe République était en conflit avec des secteurs importants de la société: conflit ouvert avec l'Église et les catholiques au début de la période même s'il se calma dans les années 1890 avant de reprendre de plus belle dans les années 1900, conflit latent avec le monde ouvrier, mal intégré à la société et mal pris en compte par un régime qui faisait la part belle aux campagnes; d'autre part que les dérives du parlementarisme avec la faiblesse et l'instabilité du pouvoir exécutif, mais aussi la corruption n'attendirent guère pour se manifester, nourrissant la colère d'une partie de la population et débouchant sur deux crises graves, la crise boulangiste à la fin des années 1880 et un peu plus tard le scandale de Panamá; il faut y ajouter la vague
d'attentats anarchistes du début des années 1890. Cependant la République triompha finalement de ces crises et ne fut jamais réellement menacée, sauf peut-être durant quelques semaines en 1888-1889.

C'est le temps des grandes lois qui firent la République dans laquelle nous vivons aujourd'hui et on peut citer quelques lois essentielles :

- Le 29 juillet 1881, est votée la célèbre loi sur la presse consacrant la liberté d'expression de la presse.
Un mois plus tard, c'est la création des écoles maternelles dans les anciennes salles d'asile. Le 16 juin, 1881, dans les grandes réformes sur l'enseignement, les députés votent la gratuité de l'Ecole primaire.

Le 21 août 1881, ce sont les élections législatives et les Républicains l'emportent par 457 voix contre 88 aux Conservateurs.
Henri Brisson se présente dans la 2e circonscription du Xe arrondissement de Paris qui lui donna 8757 voix sur 9986 votants, et 14693 inscrits; il fut élu presque aussitôt Président de la Chambre des députés, le 3 novembre, par 347 voix. Gambetta avait été élu tout d'abord président provisoire par 317 suffrages; puis, lors de l'élection du bureau définitif, il avait décliné la candidature; c'est alors qu' Henri Brisson lui succéda.
Il restera Président de la Chambre des députés du 3 novembre 1881 au 07/04/1885. Ce perchoir est un des postes les plus élevés de la Troisième République, il sera encore Président à trois autres reprises.

- Le 29 mars 1882 sont votées les lois dites de Jules Ferry sur l'obligation et la laïcité de l'enseignement primaire sont votées

Du côté de Vierzon

Henri Brisson va donner son nom à un lycée qui existe toujours à Vierzon et qui fut un des fleurons de l'enseignement dans le département du Cher avec les " Vier'zarts ". Et tout commence le 7 février 1880, avec M.Hurvoy, maire de Vierzon, qui fait voter par le conseil Municipal un crédit de 150000 francs destiné à la création d'une section professionnelle.
Le 11 décembre de la même année, à la demande de M.Henry Brisson, qui est alors député du Cher, le Parlement décide la création, aux frais de l'État, des écoles nationales primaires supérieures et professionnelles, les ENP....
La Municipalité de Vierzon, centre industriel et agricole important, adopte, dans sa séance du 4 juillet 1881, le projet du Gouvernement relatif à la création d'une Ecole nationale à Vierzon.
Le 9 juillet 1881, paraît au Journal officiel le décret portant création d'une " École nationale primaire supérieure et professionnelle " préparant à l'apprentissage et destinée à servir de type pour les établissements de même nature ".

Le 3 mai 1883 la première pierre de l'école est posée en présence de M.Henry Brisson, président de la Chambre des Députés et de M.Jules Ferry, Président du Conseil et Ministre de l'Instruction publique :

la première en date des Ecoles Nationales Professionnelles était née.

L'école ouvre ses portes le 1er octobre 1887, avec mission d'apprendre à ses élèves, en trois d'années d'études, l'un des métiers suivants : ajustage, menuiserie, forge, dessin industriel.
La préparation au concours d'entrée dans les écoles nationales d'Arts et Métiers est organisée à l'école de Vierzon, le 1er octobre 1895 ; Depuis cette époque, l'école a présenté 1963 candidats, dont 1276 ont été reçus définitivement.
Entre temps, par décision du 22 juin 1909 une section préparatoire était annexée à l'école, et le décret du 7 novembre 1911 a attribué à l'École nationale professionnelle de Vierzon la dénomination " Henri Brisson ".

Le discours de Vierzon de 1883 pour Henri Brisson se déroule donc le 3 mai 1883. En présence de Jules Ferry, lors de cette inauguration

Un journal local écrit sur cette journée
" .... Son discours de Vierzon fut cependant précédé par celui d'un (autre) franc-maçon notoire, M. Henri Brisson (1835-1912), président de l'Assemblée nationale, il est venu en voisin, car natif de Bourges. "

Dans son discours, le président Brisson, après avoir rappelé tous les efforts auxquels il avait consenti en faveur d'une école primaire supérieure et professionnelle, qui "serait admirablement placée à Vierzon", et rappelé l'injustice qu'il y avait à laisser 150 000 à 200 000 jeunes poursuivre leurs études "jusqu'à 20 ans, 22 ans, 24 ans", tandis que pour les autres, 4 à 5 millions, "la tutelle nationale cessait à 12 ou 13 ans", acheva en citant l'Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain (10e époque), de Condorcet :
"On peut instruire la masse entière d'un peuple de tout ce que chaque homme a besoin de savoir pour l'économie domestique, pour l'administration de ses affaires, pour le libre développement de son industrie et de ses facultés ; pour connaître ses droits, les défendre et les exercer ; pour être instruit de ses devoirs, pour pouvoir les bien remplir ; pour juger ses actions et celles des autres, d'après ses propres lumières, et n'être étranger à aucun des sentiments élevés ou délicats qui honorent la nature humaine… Dès lors, les habitants d'un même pays n'étant plus distingués entre eux par l'usage d'une langue plus grossière ou plus raffinée ; pouvant également se gouverner par leurs propres lumières ; n'étant plus bornés à la connaissance machinale des procédés d'un art et de la routine d'une profession ; ne dépendant plus, ni pour les moindres affaires, ni pour se procurer la moindre instruction, d'hommes habiles qui les gouvernent par un ascendant nécessaire, il doit en résulter une égalité réelle, puisque la différence des lumières ou des talents ne peut plus élever une barrière entre des hommes à qui leurs sentiments, leurs idées, leur langage, permettent de s'entendre ; dont les uns peuvent avoir le désir d'être instruits par les autres, mais n'ont pas besoin d'être conduits par eux ; peuvent vouloir confier aux plus éclairés le soin de les gouverner, mais non être forcés de le leur abandonner avec une aveugle confiance".

Et puis Jules Ferry prit alors la parole :

" M. le président de la Chambre a déjà défini en termes excellents l'œuvre dont nous posons ici la première pierre. Si le gouvernement de la République a choisi Vierzon pour y faire cette grande et décisive expérience, c'est parce que Vierzon est avant tout et par-dessus tout une ville de travail (Approbations), parce qu'elle doit tout au travail, qu'elle ne peut attendre que du travail son développement et son avenir et que, grâce à la situation particulière que la nature lui a faite, elle associe et représente à la fois les industries mécaniques et l'industrie agricole...... ".

 

Battu à Vierzon en 1883

Henri Brisson est Président du Conseil général du Cher depuis 1880 et aux élections suivantes, qui se déroulent à l'été 1883, il se présente à nouveau au suffrage des électeurs vierzonais, à une époque où Félix Chédin, l'industriel bien connu, est bien implanté à Bourges depuis 14 ans.
Henri Brisson commence sa campagne le 10 août par une profession de foi dans laquelle il rappelle ce qu'il a fait localement :
" Le canton de Vierzon m'a fait, il y a 6 ans, l'honneur de me choisir pour son représentant au Conseil général du Cher.
.... En 1877, profondément pénétré des besoins supérieurs de ce monde de travailleurs auxquels je m'adressais, j'affirmais la nécessité de doter la région d'une école professionnelle. cette Ecole s'élève aujourd'hui , plus vaste que nous ne l'avions espéré. "
Puis, il évoque une association agricole avec les voisins de Lury et Graçay, avant de demander " de continuer de marcher avec vous... "

Et il termine par :
" A tous ceux qui aiment la France, la République, la Démocratie, la Liberté, le Travail, je demande l'Union pour assurer le Progrès ".

Il faut noter que dans la liste des candidats républicains publiée par le journal " La Démocratie du Cher ", se trouve bien le nom de Henri Brisson, Président de la Chambre des Députés, Président du Conseil Général du Cher, Conseiller sortant, mais deux lignes plus loin un autre candidat apparaît sur un autre canton, Eugène Brisson, Maire de Bourges, Conseiller sortant.

Il y avait au premier tour, trois candidats :
- Henri Brisson pour les Républicains.
- M Gérard, candidat qualifié de réactionnaire.
- M Darmet pour la gauche socialiste.

Les résultats du premier tour, donnent Henri Brisson en tête avec 1945 voix, devant Darmet 1752 et Gérard 1195.
La presse s'en donne à coeur joie, on parle de " Brisson le ballotté " et certains évoquent même qu'il va se désister en faveur de Darmet, ce dernier étant soutenu par Edouart Vaillant qualifié de " révolutionnaire-socialiste et qui est l'esprit le plus faux qui existe dans tout le Berry ".

Au scrutin dit de ballottage, Darmet l'emporte par 2625 voix contre 2157 à Henri Brisson qui est battu. Et les spécialistes d'alors assurent que c'est une " honteuse alliance " de collectivistes révolutionnaires et de bonapartistes.
En fait, écarter Henri Brisson du département faisait l'unanimité de ses adversaires de gauche comme de droite, et puis il y a ce refus de voter pour un homme qui vivait beaucoup plus à Paris qu'en Berry.

Ainsi 3 mois après avoir inauguré cette école qui prendra son nom, Henri Brisson est battu par une coalition et beaucoup pensent qu'il est " fini ".
Il sera sans doute affecté, mais deux ans plus tard il deviendra Président du Conseil !

En poursuivant sur les grandes lois votées à cette époque :

- Le 28 juin1889, est votée la loi sur la nationalité qui débouche sur la loi du sol.

- Mais la République n'est pas encore totalement assise, des crises se succèdent dont la plus grave en 1889 avec la période du boulangisme et de ceux qui voulaient faire disparaître la République.
Lors de la crise boulangiste, en 1889, Henri Brisson se montra partisan de la défense républicaine et présida avec une parfaite impartialité la Commission d'enquête sur l'affaire de Panama en 1893
Le général Boulanger soutenu dès 1886 par Paul Déroulède fut très populaire au point de se retrouver élu député de Paris le 27 janvier 1889, et il refusa de marcher sur l'Elysée comme le lui demandait ses amis et la foule des parisiens.
La République avait été sauvée de justesse.
A noter cet événement pour le moins surprenant : un duel entre le président du Conseil d'alors Charles Floquet et le général Boulanger pour un échange de mots... Boulanger fut blessé !

Henri Brisson est un partisan convaincu de l'éducation primaire obligatoire, défenseur de la laïcité et profondément anticlérical, il présente dès 1890 au gouvernement des réclamations à l'encontre des communautés religieuses et en 1900 dépose une proposition en vue de réduire l'importance des propriétés appartenant aux congrégations.

 

L'une des idées auxquelles Henri Brisson tient le plus, et qu'il a le premier développé à la tribune de la Chambre, c'est la création dans tous les cantons, d'un enseignement primaire supérieur qui permette de donner aux enfants des campagnes des notions moins rudimentaires que celles qui leur sont fournies dans les écoles primaires communales.
Il veut que les petits files et filles de la campagne aient autant de chances que ceux de la ville et ne se contentent pas seulement de sortir de l'école avec uniquement la lecture et l'écriture, mais reçoive un enseignement secondaire.

- Le 21 mars1884, les syndicats sont autorisés par Waldeck-Rousseau, c'est l'existence légale des syndicats professionnels.

La suite au CHAPITRE 3 : 1882 -1890 : au plus haut niveau >>>CLIQUER

    Président du Conseil en 1885
    Les querelles familiales berruyères
Le caractère d'Henri Brisson

 CHAPITRE 1 : 1835 - 1870 : la jeunesse d'Henri Brisson >>> CLIQUER

CHAPITRE 3 : 1882 -1890 :au plus haut niveau >>>CLIQUER

CHAPITRE 4 : 1890 - 1900 le combat de Brisson >>>CLIQUER

 CHAPITRE 5 : la fin du Grand homme 1901 - 1912 >>>CLIQUER

 

 

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