Billant et Luchaire - roland narboux - Bourges Encyclopédie

 

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L'horloge astronomique
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L'Yèvre à Bourges
L'alchimie
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La maison de la Reine Blanche
Serge Lepeltier
L'industrie à Bourges au XXIs
Monuments Historiques Classés
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puis une nouveauté : L'information et l'actualité à savoir sur Bourges, en quelque clip et quelques lignes :

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 Les Etablissements BILLANT et la SA LUCHAIRE

Un dossier sur une entreprise de l'armement, appelée Billant, puis Luchaire, Il reste encore beaucoup à écrire, et merci à Jean Paul Froeliger pour son aide et à certains passages des livres de Bourges disparu.

La période de l'entre-deux guerre demande des précisions


DOSSIER ETS BILLANT et LUCHAIRE

Bourges et son agglomération depuis le second Empire de Napoléon III se caractérisent par la présence discrète puis massive des industries de fabrication d'armement.
Tout commença avec la fonderie de canons, dont le célèbre 75 de la Grande Guerre, et aujourd'hui du Caesar utilisé en Europe en 2026, puis les productions " d'engins " qui seront progressivement appelés " missiles ", tout en fabriquant des avions militaires de Hanriot à l'Aérospatiale, le dernier étant le C 160 Transall.
Il s'agissait de grosses firmes, qui pouvaient atteindre selon la conjoncture et les périodes, plus de 3000 employés par entreprise. Mais dans cette ville de Bourges va venir s'incruster des sociétés plus petites, plus discrète et privées, fabriquant des éléments plus petits que des canons ou des missiles, mais participant à cette industrie qui est souvent raillée, mais qui fait vivre Bourges et toute la proche région.
Aujourd'hui il reste de grosses entités comme MBDA, KNDS et leurs filiales comme ASB.

Au cours de l'Histoire s'implanteront les Etablissements militaires d'Etat, ce sera l'Arsenal, la pyro, puis GIAT … et des firmes privées comme Hanriot qui sera nationalisée à la fin des années 1930.

Aussi l'arrivée à Bourges d'une entreprise comme les Ets Billant après 1915 est une petite surprise et sa reprise par Luchaire est encore aujourd'hui un peu curieuse. D'autant qu'aujourd'hui, seuls quelques anciens se souviennent de ces noms, Billant ou Luchaire au même titre que l'EFAB ou la SNIAS.

Il est donc intéressant de se retrouver sur le plan historique avec les Ets Billant et un grand homme Louis Billant qui est un peu " oublié " dans la mémoire collective des Berruyers.

Louis Billant ingénieur (1874-1944)
Ingénieur mécanicien, inventeur de diverses machines, dont il a déposé les brevets dès 1905, ce technicien de formation débute sa carrière en créant une petite industrie de compas et de matériel de précision à Paris.

Louis Léon Billant est né à Paris, son père, Charles Henri Billant esdt manouvrier, et son épouse est Marguerite Rigaut.
En 1902, il devient, tout comme son père, fabricant d'instruments de précision, et il épouse à à Nancy, Marie Louise Hortense Lebrun.

Il est ingénieur mécanicien, et il va inventer dès 1905 des machines, et dépose un certain nombre de brevets, avant de créer une petite industrie de fabrication de matériel de précision à Paris comme des compas.

 

Mais il va surtout jouer un rôle important dans la fabrication d'armement, en particulier de grenades alors que la première guerre mondiale se prolonge plus longtemps que prévu. En 1915 il invente un nouveau type de grenade, la " première percutante " qui intéresse les autorités militaires. Il est aussitôt sollicité pour la fabriquer dans ses ateliers rue de Tolbiac en plein Paris car reconnue comme très efficace. Mais la production de grenades, 5 000 par jour autorisées, dans les règles de l'art en matière de sécurité, atteint rapidement, à la demande expresse de l'État-major, 30 000 par jour. Les conditions de fabrication et de chargement rendent la sécurité obsolète.

 

 

 

 

 

Le drame à Paris du 20 octobre 1915

Louis Billant va produire " en grand " cette grenade " très efficace ", la P1 , et il débute la fabrication en pleine guerre au 64 de la rue du Moulin-des-Prés, située à Paris…. Butte-aux-Cailles
Le 20 octobre 1915, se produit une explosion qui tue 46 personnes, dont 27 femmes et 19 hommes, et fait environ 100 blessés. Dans l'urgence, l'armée a besoin absolument de ces grenades.
Comme l'expliquera quelques semaines après l'accident le sous-secrétaire d'État chargé de l'artillerie et des munitions Albert Thomas, il fallait " sortir " des munitions à grande cadence. Aussi, la sécurité des employés n'était pas le soucis numéro 1 dans une guerre qui va faire 1000 soldats français tués chaque jour et cela pendant 4 ans !

Pour Stéphanie Trouillard, "Il ne reste plus rien, pas un mur, pas un pilier debout, rien que des débris calcinés, épaves de toutes sortes, morceaux de métal tordus, poutres et planches à demi consumées, verre réduit en miettes, plâtras, chiffons et partout des taches de sang".


Dans son édition du 22 octobre 1915, le journal "Le Temps" : "On put voir les agents, les pompiers et les soldats transporter sur des civières des cadavres et des débris de cadavres qu'ils allaient déposer dans un poste de secours ".


Dans toute la capitale l'émotion est immense. Le président de la République Raymond Poincaré se rend le jour même sur les lieux. Un service funèbre est organisé pour les victimes un mois plus tard, à Notre-Dame de Paris.

L'évacuation des victimes de l'explosion du 168 rue de Tolbiac à Paris,
Le 20 octobre 1915. Collections BDIC

L'installation d'une usine de munitions en plein cœur de la capitale n'a rien d'anormal. "Paris est alors une ville éminemment industrielle. Avant-guerre, le nord, l'est, le sud et le sud-ouest de la ville comptent de nombreux établissements.


Les causes sont accidentelles : "Il y eut deux explosions à un quart d'heure d'intervalle [...] La première a été provoquée par la chute d'un paquet de grenades tombé d'un camion sur lequel on venait d'opérer un chargement".

168 rue de Tolbiac.

Après l'accident, l'usine de Louis Billant n'est plus qu'un tas de ruine, mais l'inventeur de la grenade P1 part diriger une nouvelle fabrique d'armement à Bourges. La capitale n'en a pas pourtant fini avec les drames industriels. "Deux autres explosions sont restées dans les mémoires" durant la Grande Guerre, précise Thierry Bonzon. Le 4 mars 1916, dans le fort de la Double-Couronne à Saint-Denis, où sont entreposés des grenades et des obus fabriqués dans les usines alentours, 27 personnes perdent la vie dans un incident "vraisemblablement dû à la chute d'une caisse de grenades". Deux ans plus tard, le 15 mars 1918, l'explosion d'un dépôt de 15 millions de grenades à la Courneuve fait 30 morts et plus de 600 blessés. "Les immeubles, de Montmartre aux Buttes-Chaumont, sont ébranlés. On relève des vitres cassées jusque dans les quartiers centraux de Paris", décrit l'historien.

Avant Louis Billant à Bourges : la société de celluloïd

Ce grave accident oblige Louis Billant à transférer son activité à Bourges.
Rapidement, il choisit de s'implanter à Bourges car la ville est spécialisée dans l'armement et les munitions, des grandes usines de production militaires avec " les munitionettes ", des femmes sortent des chaînes des milliers d'obus de tout calibre.
Mais la cité de Jacques Cœur, lequel possédait déjà au XV° siècle une fabrique d'armes … est surtout éloignée du front.

Louis Billant rachète le terrain et les locaux d'une usine de fabrication d'objets en celluloïd en difficulté pour continuer sa production sur le site " des Prés Doulets " dans le quartier du Prado.

La " Société du Celluloïd Ininflammable ", constituée vers 1906 à Paris pour exploiter dans une usine de Bourges les travaux de Bethisy.

Dans ce domaine de la fabrication de celluloïde dits classiques, des chercheurs vont tenter de trouver des variantes afin de diminuer l'inflammabilité des produits alors disponibles.

Deux brevets sont disponibles BF 275 151 daté de 1898, avec ce titre " Nouvelle matière ininflammable solide ou liquide à base de cellulose dite Cellulognifuge " et un second brevet BF 368 006 de 1906, appelé " Celluloïd sans camphre ininflammable " " et c'est pour ce second brevet qu'est constituée à Bourges cette société qui se veut innovante.
La fabrication à Bourges commence en 1908, avec l'aide de personnels " débauchés " de la Société Générale pour la Fabrication des Matières Plastiques.
Trop en avance ou pas très bien gérée, cette usine ne va pas durer et après quelques années, cette société est en faillite et le matériel est liquidé, la zone devient une friche industrielle au Pré-Doulet, en bordure du canal de Berry, à proximité de la voie ferrée et de la gare du Prado et à quelques centaines de mètres du centre de la ville de Bourges.
Louis Billant rachète en 1915 le terrain et les reste de l'usine de celluloïd pour y installer son usine de matériel de guerre, pour reprendre les fabrications de la rue Tolbiac de Paris.
Il devient un spécialiste des munitions et construit alors une deuxième usine, plus excentrée, à La Chapelle-Saint-Ursin, situé à une dizaine de kilomètres de Bourges, spécialisée dans le chargement des munitions sous l'appellation des " établissements Billant ".

Pourquoi Bourges ?

Bourges est une cité de production d'armements, fort bien pourvu de spécialistes pyrotechniques et d'usines de production de munitions est alors choisi par l'industriel qui ne manque pas de ressources. Il bénéficie vraisemblablement d'aides techniques locales qu'il avait certainement sollicitées pour la mise au point de la grenade P1, chargée au perchlorate d'ammonium, et de son fameux bouchon allumeur.
Autrement dit, l'inventeur de matériel chirurgical et le mécanicien de précision n'est certainement pas arrivé fortuitement à Bourges. Peut-être avait-il déjà prévu ou lui avait-on recommandé le transfert de son usine dans le Cher
En tout cas, il s'y installe en 1916 et s'active à produire à la fois la partie mécanique et l'activité de chargement en explosif des grenades. Il est question d'une usine de munitions (qui sera détruite en 1998) alors que l'entrepôt de Port-Sec se construit à la même époque.
La guerre terminée, la production continue dans le quartier, mais les pouvoirs publics lui font savoir que l'activité pyrotechnique n'est plus possible sur le site urbanisé.
Mais en 1927, se sentant floué par l'État, il dépose une requête devant le Conseil d'État au prétexte que " le ministre de la Guerre a refusé de lui accorder réparation du préjudice qu'il lui aurait causé en cédant à des gouvernements étrangers, sans l'en prévenir, ses droits d'inventeur des bouchons allumeurs de grenades. " Il sera débouté. La période d'occupation allemande lui sera fatale. L'usine Billant deviendra les Établissements Luchaire. Mais là, c'est une autre histoire selon Jean-Pierre Pille.
On remarquera que la fabrication des " engins ", c'est-à-dire des premiers missiles de la société SNCAN, qui avaient un établissement à Bourges pour les productions d'avions développaient aussi à Chatillon l'ENTAC et le SS 10, c'est-à-dire des éléments comprenant une part importante de poudre et autre explosif dans la banlieue de Paris particulièrement urbanisée, c'était dangereux.
Aussi il fut décidé après beaucoup de réflexion de difficulté de transférer ces éléments … à Bourges où la SNCAC prendra le nom de Nord -Aviation au milieu des années 1950.
Et même à Bourges, il ne fut pas possible de produire ces matériels dans le centre historique de la rue Le Bix, et une usine fut entièrement construite et dédiée aux missiles, dans des champs à proximité de la piste d'aviation, ce sera Bourges - Engin (BE).
Ce phénomène se reproduira plus tard avec le centre du Subdray, au milieu des bois dans le sud de Bourges pour des missiles plus gros et des essais…

Le centre de Bourges-Engins (BE)

 

Les Ets Louis Billant à Bourges

Après la guerre, il devient un des spécialistes de la question des munitions dans une ville très orientée dans ce secteur industriel et il fait construire une autre usine, plus excentrée à La Chapelle-Saint-Ursin, qui va se spécialiser dans le chargement des munitions sous l'appellation des " établissements Billant "
(ils deviendront ultérieurement les " établissements Luchaire " et persiste ensuite sous le nom de Nexter Munitions au sein du consortium national de GIATindustrtie devenu depuis Nexter puis NKDS).

Le conflit mondial terminé, le site est trop proche de la zone urbanisée et en 1927 il est obligé de scinder ses activités. Ainsi l'activité chargement des munitions s'implante à La Chapelle-Saint-Ursin et l'activité mécanique de précision reste à Bourges dans la zone du Prado.

Dès lors, Louis Billant sépare les deux activités en 1930 : la pyro sera sur la commune de La Chapelle-Saint-Ursin, la partie mécanique au Prado. L'entête de ses factures mentionne " Mécanique de précision - Appareils pour laboratoires et travaux spéciaux. Fabrications diverses en séries - Fonderie de fonte, laiton, bronze, aluminium et tous alliages - Fonderies en coquilles- Ateliers de pyrotechnie - Atelier annexe de chargement de La Chapelle-St Ursin et de Morthommiers ".
Fondée en mars 1919 et spécialisée à l'origine dans la coutellerie, l'emboutissage et l'équipement automobile, la Société Anonyme Luchaire

Grenades de l'époque

Et Luchaire ?

Luchaire, bien connue des Berruyers, est une usine fondée le 3 mars 1919. sous forme de société anonyme. Et malgré des recherches, il n'y a aucune relation entre le nom de cette société et la famille de Jean Luchaire, ce journaliste collaborateur en 1940 et fusillé à la Libération.
Elle cherche à renforcer ses capacités industrielles dans le domaine des munitions et du travail des métaux (découpage, forge, estampage).

Elle va devenir très importante, avec des fabrications très spécialisées, utilisées pour les missiles d'Aérospatiale.

Traditionnellement, l'entreprise Luchaire est la seule société privée, spécialisée dans la fabrication d'obus d'artillerie, qui soit complémentaire des moyens de l'État, le Groupement industriel des armements terrestres (GIAT), créé en 1971.
Une société active de 1919 jusqu'en 1990 avec pour nom Luchaire Société Anonyme (Luchaire SA, ou société Luchaire) est une entreprise française d'armement et sa reprise par GIAT (devenu depuis KNDS France).
La dernière société du groupe : Luchaire Défense a été radiée le 10 octobre 1996.

Louis Billant dans l'entre-deux guerres

Nous ne savons pas grand-chose de cette période de l'entre-deux guerre, sinon que le " patron " de Billan (écrit sans le t), va s'illustrer en 1936.

On remarque dans un rapport du Préfet du Cher à la suite du 1er mai 1923 et un grand défilé dans les rues de Bourges et le tableau dressé donne un effectif d'ouvrier des Ets Billant de 82 ouvriers ( ils sont 1336 à la pyrotechnie et 1308 à l'ABS), c'est donc une petite entreprise.

Ce sont les élections des 26 avril et 3 mai 1936 qui donnent la victoire au Front populaire un rassemblement des partis de gauche (SFIO, Parti communiste et Parti radical), Léon Blum devient président du Conseil à la suite de ces élections.
Chez Billant, qui fabrique alors des pièces détachées pour des " grenades de guerre ", c'est la grève pour obtenir des augmentations de salaire, mais aussi la semaine de 40 heures et les congés payées. Ils occupent l'usine Billant ce qui fait réagir le Préfet : " une certaine quantité d'explosifs, produits incendiaires, et engins fabriqués qui ne sont pas sans présenter un certain danger " .
Le 1er juin 1936, après plusieurs jours de grève, les délégués de de l'entreprise Billant de Bourges et de la Chapelle-Saint-Ursin signent avec leur patron la première convention collective de leur histoire.
Ainsi les contrats individuels d'embauche sont abandonnés.
Dans cette entreprise le patron, monsieur Billan, règne sans partage… Il est écrit dans des documents et journaux comme l'Emancipateur, " que les droits les plus élémentaires semblent ignorés.

Il y eut une série de réunion de négociation, et les délégués ouvriers vont obtenir qu'une hygiène minimale soit instaurée dans l'entreprise.

 

Les salariés pourront ainsi bénéficier de vestiaire pour se changer et aussi, d'eau potable afin de se désaltérer pendant le travail, c'est l'article 3 de la convention.

La loi doit être respectée, et en particulier celle du 23 juin 1919 qui limite la durée hebdomadaire à 48 heures par semaine.
Et aussi celle de 1884 qui instaure la liberté syndicale.
Il en ressort que chez Ets Billant, " les brimades sont proscrites ", et les salaires augmentés de façon substantielle.

On note que la loi sur les congés payés par les députés du Front populaire ne sera votée que 15 jours après les accords chez Billant, ils ont fait preuve de d'une avance sur la réalité, ce qui est rare en Berry.

Ils obtiennent de 8 à 15 jours de vacances par an selon leur ancienneté dans l'entreprise Billant.
Cet accord local chez Billant est conclu le 1er juin alors que les accords Matignon ne sont conclus avec le Patronat français et la CGT que le 7 juin 1936.
Peu après les députés du Front populaire votent la semaine de 40 heures !

 

 

1940 et la seconde guerre mondiale

Lorsque les Allemands arrivent en juin 1940, Louis Billant souhaite fermer l'usine et il enterre et cache du matériel de guerre, mais il est contraint de continuer sa production de munitions et grenades sous le contrôle de l'occupant.

Avec son fidèle directeur, Pierre Lebrun, ils freinent considérablement la production et entre en relation avec la résistance locale. Ils embauchent de nombreux jeunes pour leur éviter d'être enrôlés pour le STO (Service du Travail Obligatoire). En relation avec la résistance locale ils lui fournissent des renseignements pour le 2ème Bureau. Malheureusement les occupants découvrent cette relation et Louis Billant et Pierre Lebrun sont arrêtés le 17 mai 1944 dans leur usine par la Gestapo et incarcérés au Bordiot. Louis Billant décèdera des suites des mauvais traitements qu'il a subi le 24 août 1944 dans le camp de transit de Compiègne de Royalllieu
Pierre Lebrun est déporté dans un camp en Allemagne où il sera gazé le 20 novembre 1944.

En 2005 à la demande de plusieurs associations de résistants une stèle où figurent les noms de ces deux résistants chefs d'entreprise fut implantée et inaugurée par la municipalité de Serge Lepeltier sur l'endroit même où se trouvait l'usine au Prado.

Une stèle a été inaugurée le 5 septembre 2002 à Bourges à leur mémoire.

stèle de Louis Billant et Pierre Lebrun au Prado



Les Ets Billants deviennent la SA Luchaire


Dans le cadre de la politique de déconcentration industrielle d'après-guerre, Luchaire qui avait son siège à Paris (8e) avec des établissements à Saint-Ouen et Issy-les-Moulineaux, s'étend vers l'ouest avec des localisations d'Evreux à Bourges, en passant par Flers.
Les archives du Secrétariat d'Etat à la Production Industrielle (1930-1959) classent d'ailleurs ensemble dans la même cote :
Luchaire / Ets Billant Luwa / Sté anonyme Norsom, ce qui correspond à la période de regroupement.

A un salon Eurosatory (image getty)

Dans les années 1980, son activité de fabrication de munitions est organisée dans deux usines situées près de Bourges, à La Chapelle-Saint-Ursin et au Prado (Cher) - exactement les deux sites historiques Billant.

Le rachat est en fait une absorption progressive qui a fait disparaître le nom Billant au profit de Luchaire, puis GIAT / Nexter.
C'est dans ce contexte de restructuration post-Libération que Luchaire racheta le site et les actifs des Établissements Billant. Cette acquisition permit à Luchaire d'implanter une unité de production stratégique au cœur du pôle d'armement de Bourges. Les ateliers de l'ancienne usine Billant y furent réaménagés pour l'usinage et la fabrication de munitions lourdes (douilles, obus).

Les établissements Billant seront repris à la fin de la seconde guerre mondiale par la Société Luchaire. Au fil des années, Luchaire sera intégré à GIAT Industries, Nexter et aujourd'hui KNDS.

Il n'y a pas de date unique de "rachat" publiée dans les sources en ligne - c'est une intégration progressive entre la fin des années 1940 et le début des années 1960. La famille Billant crée même en avril 1961 la Société d'investissement Billant (SIB) à Bourges pour gérer le portefeuille, signe que le capital industriel était déjà passé chez Luchaire.

Productions

L'usine de La Chapelle-Saint-Ursin : Située en périphérie ouest de Bourges, elle était spécialisée dans le chargement et l'assemblage de munitions de gros calibre (obus d'artillerie, grenades, roquettes).
L'usine du Prado : Implantée au cœur de Bourges (quartier des Prés Doulets), elle concevait les pièces mécaniques de précision, les composants pour missiles et les prototypes.

L'usine fonctionnait sous l'autorité d'un directeur d'usine nommé par la direction générale du groupe. Ce responsable industriel avait pour mission de conduire la reconversion du site des anciens Établissements Billant vers les fabrications de grandes séries de munitions et de mécanique lourde pour le ministère de la Défense.

Les fusées et charges militaires des missiles de l'Aérospatiale

Luchaire va participer à la grande aventure des missiles de Nord-Aviation puis d'Aérospatiale, comme le SS 10, puis le célèbre SS 11 et aussi le SS 12 ?

Pour ce dernier, la Sa charge de 28,4 kg fut réalisée par Luchaire SA et elle peut percer plus de 4 centimètres de blindage et exploser à l'intérieur du compartiment ainsi protégé.
Des tirs d'essai par mer de force 3 au large de Toulon (1,25 m de creux) à bord du patrouilleur La Combatante de la marine nationale française ont atteint la cible avec une précision voisine du mètre[1].

Puis Luchaire SA sera intégrée dans les production de petits matériels pyrotechiques et autres charges creuses pour le Milan, le Hot, puis le Roland, l'AS 30 et quelques autres.

On notera comme le souligne Wikipédia vers 1956, des grenades à fusils, APAV 40 et puis tard en 1977, la grenade AC 58.
Enfin dans ce petit matériel de guerre, Luchaire développe des mines antichars et un lance-roquette antichar de 89 mm.

Dans l'entre-deux guerre, Luchaire fabrique aussi des masques à gaz.

Cependant, il existe un lien historique très précis entre Luchaire et le missile MILAN : le projet de lance-roquettes AC300 Jupiter.
Le projet AC300 Jupiter est une coopération Luchaire / MBB.
Au début des années 1980, pour tenter de concurrencer le lance-roquettes Apilas de GIAT Industries, la société française Luchaire s'est associée à la firme ouest-allemande MBB.
L'AC300 Jupiter est une arme antichar portable jetable.
Luchaire était responsable de la munition et de l'intégration de cette ogive. Malgré ses performances théoriques contre les blindages de l'époque, l'AC300 Jupiter n'a jamais été produit en série.



Cette usine deviendra par la suite les Etablissements Luchaire.
Luchaire aura son heure de gloire avec les fusées et autres matériels de guerre livrés à l'Iran en dépit de l'embargo du gouvernement. Un scandale sans précédent dans la région. Luchaire désertera les Prés-Doulets pour le village de La Chapelle Saint Ursin, laissant une friche industrielle que la municipalité de Serge Lepeltier achètera rapidement.
C'est dans cette zone que seront implantées les infrastructures de loisirs nécessaires à la ville de Bourges, avec une patinoire, les cinémas multiplexes et une piscine ludique à vagues. Le tout avec des parkings et un centre commercial, mais tout ne sera pas simple.

Grenades à fusil de Luchaire SA

 

 

 

 

 

Luchaire dans les années 1970

En 1970, elle est composée de deux branches, Luchaire Division Armement fabriquant tous types de munitions explosives (obus, grenades, roquettes, mines fusées de missiles, etc.), et Luchaire Division STRIM (anciennement Société Technique de Recherches Industrielles et Mécaniques) concevant des engins tactiques tels le lance-roquettes antichar de 89 mm et dispose de huit usines.
Le siège social de Luchaire était situé au 180 boulevard Haussmann dans le 8e arrondissement de Paris[3], alors que celui du STRIM était au 171 du même boulevard [4].
Luchaire division Armement devient Luchaire armement le 1er octobre 1984. Son siège se situait en 1990 au 276 rue Louis Blériot à Boulogne-Billancourt[5].
Elle se diversifie dans les années 1970 entre autres dans l'automobile, l'aéronautique et l'agroalimentaire. C'est un échec financier et elle affiche une perte de 45 millions de francs en 1982. Daniel Dewavrin devient directeur en 1981 et recentre la société sur l'armement et l'exportation à la suite de la baisse des commandes de l'État français[6].
Dans les années 1980, son activité de fabrication de munitions est organisée dans deux usines situées près de Bourges, à La Chapelle-Saint-Ursin et au Prado (Cher), et dans des ateliers à Crézancy, dans l'Aisne.
Son chiffre d'affaires est de 1 195 millions de francs français en 1986, sensiblement égal, en francs courants, à celui de 1981, avec un effectif dans le secteur de l'armement passant de 1 196 en 1984 a 889 en 1986.


Le Prado avant l'an 2000


L'affaire Luchaire de 1987

Au début des années 1980, Luchaire traverse des difficultés financières avant d'êrtre secouée par une affaire politico-financière liée aux ventes d'armes à l'exportation au milieu des années 1980.

En effet, Luchaire livre à partir de 1982 environ 500 000 obus d'artillerie à l'Iran en violation de l'embargo déclaré par la France en 1981. Les révélations de la presse en 1986 et 1987 lancent ce qui devient l'affaire Luchaire.
Ce trafic industriel de livraison devient alors politique, la firme est accusée d'avoir été encouragée par la présidence de François Mitterrand, Prédident de la République dans le cadre des relations complexes franco-iraniennes et cette opération avait bénéficié aux finances du Parti socialiste.
Publié le 26 décembre 1987 à 00h00, modifié le 26 décembre 1987 à 00h00
M. Michel Legrand, juge d'instruction chargé du dossier des ventes illégales d'armes à l'Iran par la société Luchaire, a procédé, mardi 22 décembre, à une perquisition au siège de cette société, boulevard Haussmann, à Paris (8e). Le magistrat était accompagné d'une quinzaine de policiers de la brigade financière de la police judiciaire.
Des documents comptables ont été saisis qui sont en cours d'examen. Cette perquisition intervient quelques jours après l'inculpation, le 17 décembre, de M. Daniel Dewavrin, PDG de la Société Luchaire, d'infraction à la législation sur le commerce des armes de guerre, de faux et usage, de trafic d'influence et de corruption de fonctionnaire (le Monde du 18 décembre). M. Guy Motais de Narbonne, adjoint de M. Dewavrin, et M. Jean-François Dubos, ancien chargé de mission auprès de M. Charles Hernu, ont été également inculpés dans le cadre de la même information.
Le ministère du budget a, par ailleurs, publié, le 24 décembre, un démenti aux informations données la veille par le Matin de Paris à propos de ventes de poudres à l'Iran en août 1986. Le quotidien avait affirmé que la Société nationale des poudres et explosifs (SNPE), contrôlée par l'Etat, avait vendu à la République islamique des explosifs "après mars 1986". A l'appui de cette affirmation, le quotidien publiait deux documents : le premier est une photocopie d'une lettre envoyée le 2 juillet 1985 par un intermédiaire suédois à une banque de Londres pour l'informer des arrangements financiers en cours dans une transaction numérotée S134, entre la SNPE et l'Iran ; le second document est une facture, datée d'août 1986, adressée par le même intermédiaire aux Iraniens réceptionnaires des explosifs. Les deux documents portent le même numéro que la lettre de crédit (103871/6) qui a garanti la vente.
À la suite de cela, l'entreprise est absorbée en 1990 par GIAT (devenu Nexter puis KNDS France).
Le Monde
Dès 1944, on trouve dans les documents syndicaux la mention Billant (aujourd'hui Luchaire), preuve que la transition de nom est déjà en cours à la Libération.

Il n'y a pas de date unique de "rachat" publiée dans les sources en ligne - c'est une intégration progressive entre la fin des années 1940 et le début des années 1960. La famille Billant crée même en avril 1961 la Société d'investissement Billant (SIB) à Bourges pour gérer le portefeuille, signe que le capital industriel était déjà passé chez Luchaire.

La presse locale


 

Les dernières années de Luchaire au Prado

Avec la fermeture du Prado, quelques photos seront diffusées sur Facebook, plus tard, avec les souvenirs de plusieurs employés de l'usine.

année 1992 avant démolition

" Mon premier emploi après mon CAP de Tourneur, je suis rentré chez Luchaire en 1979 et resté 11 ans .
Au début sur les fameux Monforts puis la première CN le T9 et ensuite dans l'atelier climatisé uniquement équipé de CN avec comme chef d'atelier Bernard Guillard.
C'était une bonne époque plus rien à voir avec celle que j'ai connu en fin de carrière.
Bonjour à tout ceux qui me reconnaissent ".

Claude Chabert

" Moi aussi, j'y ai travaillé de 1973 à 1975, en tant que menuisier d'entretien, c'était super, mais les syndicats étaient déjà trop dangereux pour une usine d'armement très sensible, à cette période. Je n'ai jamais voulu m'écarter, je n'avais pas besoin d'eux pour e défendre ".

Restructuration et fermeture :

Face à la baisse des commandes et aux restructurations de l'industrie de la défense après la guerre froide, les activités et structures liées (comme Luchaire-Défense) ont cessé leurs activités et ont été radiées dans les années 1990.

À son apogée dans les années 1980, le groupe employait plus de 1 100 salariés dédiés aux activités de défense pour l'État français et l'exportation.

2026 : Billant ,Luchaire et le site du Prado

Luchaire SA a cessé d'exister en tant que structure indépendante en 1990.
La configuration devient assez complexe, pour Giat Industrie, avec des sortes de filiales sous la dénomination de Euro-Impact, comme Luchaire Défense SA, ou Manurhin Défense, ainsi que SERAT.
Ses activités militaires ont été absorbées par le GIAT (Groupement Industriel des Armements Terrestres).

Euro Impact comprend 4 lignes de produits et à La Chapelle Saint-Ursin C'est la ligne de produits " Infanterie et génie ".
Aujourd'hui, l'ancien site industriel historique de La Chapelle-Saint-Ursin est toujours en activité sous la bannière de KNDS Ammo France (anciennement Nexter Munitions).

En effet, le Centre de loisirs du Pré Doulet patine un peu….. au niveau des délais de réalisation.
si les cinémas Multiplex donnent les résultats attendus et font l'unanimité de la jeunesse, les deux restaurants prévus prennent du retard, et la patinoire voit son ouverture reportée…. d'un an ! Quant aux surfaces commerciales, comprenant 4500 mètres carrés, elles existent quelques commerçants qui lance comme en 1982 / 83 une pétition, n'ayant pas tout compris des enjeux économiques d'une cité comme Bourges.

Le succès des multiplex surprend beaucoup de monde, depuis l'inauguration du 26 juillet 2000, ce sont des milliers de personnes qui vont désormais régulièrement au cinéma. Les jeunes ont vite compris l'apport des 12 salles de cinéma et le week-end, les personnes d'un certain âge ou les enfants prennent la direction du Pré Doulet. Certains jours, il manque déjà des places de parking !

Photo de Michel Berger de 1997

Pour le livre Bourges vu du ciel de Roland Narboux

 

 

Enfin un hommage à Louis Billant et Pierre Lebrun

C'est en 2002
" Un hommage à deux hommes, et à travers eux, à toutes les personnes à qui le totalitarisme et la barbarie nazie ont pris la vie " déclare Serge Lepeltier le sénateur maire de Bourges dans cet exercice de mémoire.
Il ajoutera " Louis Billant le directeur des établissements du même nom et Pierre Lebrun directeur général adjoint de cette usine de fabrication d'armes de Bourges "….


La zone du Prado aujourd'hui

Pour les loisirs

 

 

Billant / Luchaire devenu KNDS à La Chapelle Saint Ursin

Quelques images d'Internet sur KNDS à La Chapellle Saint Ursin,

 

Entre Morthomier et La Chapelle Saint Ursin

 

 

 

 

 

 

 

 

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