A Bourges, dans
les années 1920, il était possible de se distraire,
sans que cela ne coûta trop cher, alors que la municipalité
commençait à organiser des loisirs à grande
échelle. Ce sera l'étude des dossiers sur la Foire
Exposition. Pour la première fois, une foire aux automobiles
est organisée à la Halle, entre le 3 et le 6 juillet
1920.
Ce sera le début de la Foire
exposition qui se poursuit pendant tout le siècle et en
2003 elle se déroulera du 6 au 15 juin, avec pour invité,
le Mexique ! alors que la version 2005 voit arriver Tahiti et
ses rêves.
Mais la Foire de Bourges a eu des débuts
biens difficiles.
L'origine lointaine
Les Foires sont des manifestations commerciales
qui sont accompagnées généralement de divertissements,
et les origines lointaines sont dans les fêtes religieuses
qui rassemblaient des foules souvent considérables.
Les premières foires remontent aux
"Gaulois" avec la fête du soleil pour le solstice
d'hiver Avec le christinianisme, c'est la fête de Noël
qui prit de l'importance et la Foire des Innocents qui suit cette
date.
A Bourges, les documents montrent que les
premières foires étaient dans la grande salle du
Palais du duc Jean de Berry, c'était 'près de la
place du Poirier" nous dit E. Breton.
La Foire durait 15 jours, dans cette salle
de 50 mètres de long (hauteur de 25 mètres !),
elle était internationale et elle fit l'objet de lettres
patentes de Charles VII, le "petit roi de Bourges",
et cela va se poursuivre jusqu'en 1487, date du "grand embrasement".
A partir de cette date, c'est le marasme,
rien ou presque au XVI ième siècle, et il faut
attendre le XVII ième siècle pour retrouver des
foires. Elles sont faites dans des boutiques avec des concessions
à vie et un arrêt de 1672 recommande de donner les
préférences aux marchés forains, c'est à
dire aux "foreign", les étrangers qui étaient
préférés aux locaux. Cela n'empêcha
pas les petits marchands locaux de venir au palais, comme les
fourbisseurs, verriers, lanterniers, pâtissiers ... etc
.
Après le grand incendie, de la Sainte
Chapelle en 1693, la Foire est transférée à
l'Hôtel Jacques Coeur et dans la salle du Jeu de Paume
située place des 4 Piliers, le nom de la foire deviendra,
"foire du petit palais".
En 1770, dans les galeries de la Grand
Maison de monseigneur l'Argentier, il y a des boutiques fermées
et l'on peut alors trouver des pâtissiers, des marchands
de faïences, et aussi des juifs, ce qui donnera le nom de
"Foire des Juifs", même si il n'y avait que très
peu de marchands juifs.
Vers 17785, des emplacements sont tracés
entre le palais Jacques Coeur et la place des 4 Piliers avant
un transfert en 1806 dans l'Eglise des Carmes située place
Cujas.
C'est en 1832 que le duc d'Orléans
pose la première pierre de la grande halle de Bourges
où doit se tenir la foire, c'est l'actuelle Halle au blé.
Par la suite, cette foire du palais va
se retrouver au gré du temps place Saint Pierre le Puellier
puis place Bourbon (place de la Nation actuelle) en 1856
Et puis le 11 février 1882, le conseil
municipal décide de faire une foire d'été
du 24 juin au 14 juillet, ce sera la Foire Jacques Coeur.
C'est le prélude aux grandes foires
exposition à partir de 1920, sachant que le nom de foire
Jacques Coeur est toujours utilisé pour la fête
foraine d'été sur la place Séraucourt.
LA PREMIERE FOIRE
EXPOSITION DE 1920
Cette manifestation se déroulera
dans une Halle au blé aménagée d'une décoration
sobre, avec, toutefois, des drapeaux tricolores et des oriflammes
aux couleurs du Berry. A l'intérieur du hall central,
des sapins avaient été placés : "un
ornement de bon goût sans grand apparat".
L'exposition est très importante,
elle réunit 45 voitures de tourisme, 2 tracteurs agricoles,
16 camions, 11 motos side-cars, 35 motocyclettes et quelques
dizaines de moteurs. On peut aussi trouver des accessoires, des
objets de voyage, des outils et des stocks laissés par
l'armée américaine.
L'inauguration s'effectue le dimanche, à 15 heures, avec
un cortège impressionnant. Le maire est là, il
ouvre la route, aux côtés du préfet, Monsieur
Richsmann ; derrière, M. Marcel Pillivuyt, Président
de l'Automobile Club du Centre, puis M. Albert Hervet président
de la Chambre de Commerce, et M. Théophile Groussot, Président
du Syndicat d'Initiative. La foule est considérable, la
musique, après une "Marseillaise" de circonstance,
exécute un second morceau, avant de faire place aux discours.
C'est d'abord Henri Laudier qui parle, il remercie les personnalités
locales présentes, constate l'importance du public, et
annonce :
" que cette initiative de la Municipalité doit rendre
à nos foires Jacques-Coeur toute leur importance et leur
éclat, mais aussi qu'elle s'attachera à redonner
au commerce et à l'industrie de notre ville, tout le lustre
d'antan que l'on n'aurait jamais dû voir péricliter".
Compte tenu du succès de cette première foire,
il fut décidé, en mars 1921 qu'une nouvelle Foire
Exposition serait organisée par la Municipalité,
avec le concours des groupements économiques de la XIXe
région. C'est ainsi que se tiendra du 1er au 10 juillet
1921 la Foire, première invention de Laudier à
Bourges pour réveiller la vie économique.
Un certain nombre de commissions vont travailler
à cette préparation, avec édition d'un livret-guide,
des articles de presse, des avis "répétés
à la Chambre de Commerce". Il s'agissait de rassembler
pendant une semaine "les regroupements industriels, économiques
et agricoles". 380 lettres furent envoyées, et Laudier
constata que 100 exposants seulement répondirent à
l'appel du Comité. Beaucoup donc, se dérobèrent,
sur des problèmes de délais qui étaient
assez courts, mais la plupart ne croyaient pas à la réussite
de cette nouvelle manifestation. La nouveauté n'a jamais
été un point fort de Bourges ! Laudier écrira
:
" n'y faudrait-il pas voir plutôt la manifestation
d'un des côtés du caractère berrichon, cette
prudence un peu craintive qui préfère, avant de
se lancer dans une affaire, que d'autres aient essuyé
le premier feu".
Laudier est très dur avec ses compatriotes,
mais il se veut aussi pédagogue. Il croit à ce
qu'il dit, il prêche, il "attire l'attention du Commerce
et de l'Industrie de la région sur l'utilité incontestable
des réunions de cette nature". Très près
de ses sous, il donne un bilan financier, il ressort un surplus
de 19 303 francs.
L'entrée
de la foire de Bourges avec ses pylônes
Il fait aussi une étude économique
sur le gain réalisé par les commerçants,
il calcule que durant la période de la Foire, la Gare
a pointé un minimum de 10 000 voyageurs en dehors des
prévisions habituelles. Si donc, comme l'écrit
le Maire, " nous estimons, non sans raison, que chacun d'eux
a dépensé une somme supplémentaire de 10
francs, nous pouvons dire que pendant 10 jours, le commerce local
a bénéficié d'une somme de 100 000 francs,
grâce à la tenue de la Foire-Exposition".
Et Laudier de parler de la Foire pour l'année suivante,
1922, pour laquelle, il demande que le Commerce et l'Industrie
n'apportent plus aucune réticence à la Foire Exposition.
Pour atteindre ses objectifs, en février 1922, une Association
dite "Le Comité de la Foire de Bourges" est
instituée "en vue de favoriser l'expansion du Commerce
et de l'Industrie française par l'utilisation de la meilleure
des ressources régionales". Dans une vingtaine d'articles,
toute l'organisation des futures Foires est consignée.
Le Président du Comité est le Maire, alors que
le Président du Comité exécutif est le Premier
Adjoint : Jean Foucrier.
Statuts dans Bulletin Municipal
Officiel de 1922 p101.

La foire de Bourges continue avec depuis
plusieurs années, la présence à sa tête
du "patron" du Printemps de Bourges Daniel Colling,
il s'entoure d'une équipe forte et avec de l'imagination,
il réussit à redonner un peu de vigueur à
ce qui reste un grand événement commercial.
Autour de lui, le sympathique président
du comité des Foires, Guy. DUCROS se donne avec beaucoup
de détermination dans cette aventure commerciale.