1978, la France de Giscard est au pouvoir
depuis quatre ans, Raymond Barre est premier ministre. Après
la récente défaite de la droite aux municipales,
chacun se tourne vers les législatives qui doivent, en
mars, permettre à la gauche de gouverner. Pourtant, la
victoire de 1977 n'est pas suffisante pour assurer la cohésion
du Programme commun de gouvernement et des fissures apparaissent
dans l'Union de la Gauche.
A Bourges, la ville respire enfin. "Le violeur de Bourges"
est sous les verrous, un jeune électricien de 23 ans a
été arrêté, il est l'auteur d'une
quinzaine d'agressions sur des femmes, dans plusieurs quartiers
de la ville. Il sera condamné à 20 ans de réclusions
criminelles.
Sur le plan politique, les vainqueurs
des élections municipales de 1977 sont aux commandes,
une équipe de gauche, avec un maire communiste commence
à se faire connaître, elle prend en mains ses premiers
dossiers.
L'héritage à
gérer
Chaque fois qu'une nouvelle équipe
arrive " aux affaires ", il faut trouver ses marques
et après 18 ans de gestion par Raymond Boisdé,
la municipalité communiste et socialiste se met en place.
L'enthousiasme de l'équipe fait contrepoids à la
faible expérience.
Dans son premier discours, le 27 mars 1977,
le tout nouveau maire de Bourges s'exprime ainsi :
" Nous essaierons de donner le meilleur de nous-mêmes
aux belles et nobles causes de la Justice, de la Liberté,
du respect de la Dignité de chaque homme.
Nous sommes prêts à faire face à nos responsabilités,
parce que nous sommes au service du peuple, au service du bien
public, parce que nous avons le sens de l'intérêt
général, et que nous bénéficierons
de la participation active de milliers de citoyens.
Tout confirme que rien d'important ne peut-être fait sans
l'instauration de la démocratie, sans la participation
de tous dans la vie de la cité. Nous ne voulons écarter
personne, car tout esprit mesquin de revanche nous est profondément
étranger. Nous refusons tout esprit partisan étroit.
La mairie de Bourges est ouverte à tous."
Le premier acte de la nouvelle municipalité
est le vote du budget .... 1977, le chiffre des augmentations
est repris de celui prévu par la municipalité précédente,
c'est à dire 13,5%. C'était
l'époque, pour la France, d'une inflation à deux
chiffres.
Après inventaire, le maire, ce 9 juin 1977 lors du Conseil
municipal emploie les mots suivants :
" Un bilan que nous continuerons à approfondir, car
nous devons à la vérité de dire que chaque
semaine, chaque jour, nous découvrons une situation qui
pose problème".
Quelques exemples sont développés comme celui du
manque de prospectives dans le domaine scolaire, alors qu'il
y a encore 50 classes préfabriquées.
Dans le domaine médical c'est l'absence d'un plan directeur
pour l'extension du Centre Hospitalier ou l'entretien de la voirie
communale " laissée à l'encan ".
Sur le plan financier la nouvelle équipe se plaint de
travaux importants réalisés ou en cours, sans prévision
budgétaire. C'est le cas du financement de la seconde
tranche du chemin de Villeneuve, des travaux de l'Eglise Notre
Dame, de la construction du bureau PTT de l'Aéroport ou
encore de l'acquisition de parc-mètres pour la place Saint
Fulgent.
Après le budget d'investissement, celui de fonctionnement
ne semble pas plus clair :
" Nous avons constaté des dépenses disproportionnées
avec les moyens de la Ville. Un service de chauffeurs en missions
spéciales permanentes auprès du cabinet, qui a
coûté en salaire et charges sociales 26 MF d'AF
en 1976 ".
En conclusion, après avoir multiplié
les exemples, le maire affirme et ces phrases sont soulignées
dans le compte rendu du Conseil municipal :
" La nouvelle Municipalité n'entend pas porter
la responsabilité de la gestion antérieure, et
à plus forte raison la faire supporter à la population
berruyère ".
Mais les problèmes financiers, s'ils
sont majeurs ne détournent pas la nouvelle municipalité
de ses promesses en terme d'explication et de dialogue avec la
population.
Le maire parle beaucoup de la nouvelle
gestion démocratique qu'il instaure avec :
- Un travail collectif de l'équipe
municipale, le Bureau municipal se réunit chaque semaine.
Les conseillers municipaux sont tenus informés du contenu
de ces réunions.
- Un service d'information existe dorénavant à
la mairie et des rencontres régulières avec la
presse sont organisées.
- Le pavillon de la ville est consacré à l'urbanisme
et présent à la Foire-Exposition
- Avant la construction d'une école, avant l'aménagement
d'un carrefour... etc des réunions de concertation seront
tenues.
Il y a une volonté de se démarquer des méthodes
que l'on attribuait alors à la municipalité précédente
et qui étaient de tout faire " dans les bureaux "
sans concertation avec la population.
Avec le scrutin de cette époque,
les conseillers municipaux étaient élus sur une
liste complète, et il n'y avait pas d'opposition au Conseil
municipal. L'équipe en place élue sur un même
programme sans être identique était très
homogène.
Jacques Rimbault et son
équipe
Autour du maire de Bourges, l'équipe
s'affirme et apprend à se connaître. Les communistes
tiennent les manettes, avec G. Camuzat, M. Renaudat et M. Picard,
les socialistes sont présents avec Jean Roger leur leader,
mais la présence de C. Parnet et J. Chavannaz est forte,
alors que les gaullistes de gauche sont représentés
par E. Boiché.
Au cours du Conseil Municipal du 13 octobre
1977 alors qu'il faut voter le compte administratif de l'exercice
76, après avoir rappelé le chiffre des déficits,
le maire s'alarme de la situation financière : "Et
nous disons très haut que Bourges ne pourra s'acquitter
de telles dettes que si elle bénéficie d'aides
accrues, si elle obtient de longs délais de paiement.....
Il faut le dire, en juin, nous n'avions pas une vue complète
de la situation. En octobre, elle nous paraît encore plus
grave que nous l'avions imaginée."
A la fin de l'année 1977, se place le premier acte important
de la nouvelle équipe avec le vote le 15 décembre
du budget primitif 1978. Ce premier budget, tel qu'il est commenté
par le maire, prend en compte plusieurs soucis comme :
" Le respect des engagements pris devant la population,
c'est à dire gérer de la manière la plus
démocratique, en favorisant le social en faveur des plus
défavorisés, et en gérant non pas en gestionnaire
de la crise, mais en combattant de façon permanente, pour
obtenir les moyens du pouvoir de satisfaire le maximum de besoins".
Ce budget, pour Jacques Rimbault : "
souffre encore de l'héritage financier trouvé à
notre arrivée " et de donner des exemples, sur les
travaux en cours, dont l'opération du Val d'Auron "qui
pèse et pèsera lourd dans les finances locales
encore longtemps".
Au niveau des investissements, l'accent
est mis sur la construction de 4 écoles, Nicolas Leblanc,
Turly, Mâchereaux et Val d'Auron, sur le CES de Gionne
et sur des aménagements pour l'école Nationale
des Beaux-Arts.
Pour la circulation, "nous subissons un retard important
que nous devons combler", ce sont alors des listes de travaux
traditionnels comme l'aménagement du carrefour de l'avenue
d'Orléans, ou les travaux du boulevard de l'Industrie.
C'est aussi la réfection et l'aménagement de nombreuses
voies comme le boulevard Auger, la rue Colbert, le carrefour
du Lautier.... etc
Quant aux espaces verts, ils représentent 15% du budget
de la section investissement.
En sports et culture, des travaux divers sont prévus comme
un abri à bateaux au Val d'Auron, la réfection
du clocher de l'Eglise Saint Pierre sans oublier la couverture
de l'Hôtel des Echevins.
Au niveau du Fonctionnement, le maire signale
d'entrée, le poids de la dette qui représente 20%
de cette section. Ensuite, il indique les nombreux postes qui
freinent l'activité de la ville par des contingents obligatoires
qui devraient être pris en charge totalement par l'Etat.
C'est le cas de l'Ecole " Nationale " de Musique financée
à 92% par la ville ou celle " Nationale " des
Beaux Arts financée à 50% par la ville.
Lorsque le sujet abordé est le montant
des emprunts, il y a très vite des aspects de politique
nationale qui interviennent. L'Etat pousse, selon le maire, les
communes à prendre en charge toujours plus d'équipements
et à accroître le seul poste sur lequel elles aient
décisions : les impôts locaux, c'est ainsi qu'à
Bourges, le nombre de centimes a augmenté de 426% en 11
ans.
" Nous n'avons pas été élus pour gérer
la crise, mais pour satisfaire l'intérêt des travailleurs,
pour uvrer en priorité à aider les plus défavorisés
",
......Tel est le leitmotiv de ces années.
Comme l'Opposition municipale n'existe
pas, le maire s'en prend aux journaux
locaux qui mettent en doute sa " concertation " avec
la population.
Et Jacques Rimbault donne sa définition de la concertation
:
" C'est ce qui permet aux élus de diriger la Ville,
non pas en administrateurs froids et sans connaissance profonde
des réalités de la Cité, mais avant tout
en responsable soucieux d'utiliser les remarques, les suggestions,
les critiques des citoyens pour toujours mieux affiner leur pratique
municipale".
Il poursuit quelques instants plus tard
:
" Nous considérons que nos concitoyens ne nous ont
pas donné carte blanche pour gérer la crise pendant
6 ans. Eh bien nous leur disons, dès maintenant, soutenez
vos élus... Il faut que vous soyez partie prenante".
Le maire fait donc appel à la population
de manière continue, pour qu'elle soutienne ses élus,
pour que l'Etat participe davantage au financement des projets.
La crise en France ne doit pas être reprochée à
la municipalité mais il convient, au plan national de
changer le pouvoir en place, des élections nationales
sont prévues à court terme.
La gestion de la ville
au fil des jours
En règle générale,
l'action municipale passe par les sujets les plus divers. Edmé
Boiché expose la rétrocession d'une concession
au cimetière Saint Lazare, Marie Paule Prot donne la liste
des subventions aux associations à caractère social
et familial.
M. Gonzalèz communique le montant des subventions accordées
à titre sportif, "en prenant en compte l'aide accordée
récemment aux clubs qui peuvent désormais s'entraîner
gratuitement dans les installations sportives municipales".
On trouve ainsi, les boulistes qui ont 800 F, l'Association sportive
d'Asnières 4300 F, le Cercle Jean Macé 96 000 F,
le FCB 330 000F et l'USB 79 000 F.
On dénomme aussi des voies publiques comme l'allée
" Louis Armand, Ingénieur, 1905-1972 " ou l'allée
" François Arago, Physicien, 1786-1853 ".
Et puis quelques " serpents de mer " comme l'Hôtel
de Bourbon ressortent. Il avait été envisagé
en 1975 de consolider les vestiges de la chapelle. Cette opération
ne s'était pas faite, le sujet revient sur la table trois
ans plus tard et l'on vote des crédits pour ces travaux........
qui ne seront pas effectués avant des lustres !
Le 21 septembre, présidé par Jacques Rimbault,
le Conseil municipal se réunit en présence du maire
de Peterborough, Mr. Franklin. Les circonstances sont difficiles
puisque si ce séjour marque les 25 ans du jumelage de
Bourges et de Peterborough réalisé sous le mairat
de Louis Mallet, un jeune aviateur anglais vient de trouver la
mort en planeur en effectuant la liaison entre les deux villes
jumelles.
Dans la déclaration du maire, après
les mots d'usage compte tenu de la présence des invités
d'outre-Manche, c'est un discours sur la crise et ses conséquences
: "....Nous désirons limiter le poids déjà
insupportable des impôts locaux, nous devons tenir plus
que jamais le cap de la démocratie, de la concertation
et de l'action".
Sur les grands dossiers de la Ville, le
CES " ouvrira bientôt ses portes ", quant aux
dossiers sur les écoles de Mâchereaux et du Val
d'Auron, les subventions ayant été refusées
sur 1978, il faut encore attendre. De même le LEP Vauvert
n'est toujours pas programmé.... pas plus qu'un nouveau
corps de l'IUT.
Et puis on reparle de l'urgence de l'autoroute
A 71 et de la réalisation prioritaire du tronçon
Bourges - Vierzon.
En ce qui concerne les Loisirs, le Tourisme
et les Festivités, le maire "souhaite une première
tranche d'un camping caravaning au Val d'Auron, l'étude
d'un spectacle son et lumière à la Cathédrale
et la construction d'une Halle des Congrès et des Festivités"....
Seul ce dernier projet sera un jour réalisé.
Le 14 décembre 1978, le budget 1979
est étudié puis voté, à la suite
de nombreuses déclarations de M. Roger pour le groupe
socialiste, M. Camuzat pour le groupe communiste et M. Boiché
pour les autres.
Chacun donne son point de vue, positif sur le budget présenté,
mais on ne sent pas d'enthousiasme. Jean Roger demande que soit
étudiée une méthode qui permette d'alléger
la pression fiscale pour les plus pauvres et de l'augmenter pour
les plus aisés. Il demande aussi que soit convoquée
une " Commission Générale Spéciale
" pour fixer les priorités, il faut dit-il "retenir
des réalisations susceptibles d'augmenter le dynamisme
de la Ville et de vivifier le commerce local".
On sent quelques critiques, que l'orateur
perçoit puisqu'il termine son propos avec ces mots : "
nos observations sont inspirées non par un esprit de critique
négative mais par un souci de collaboration efficace".
Le discours de Gilbert Camuzat est plus
politique. Il parle de l'aggravation de la crise qui pèse
sur les communes, et ajoute que "nous comprenons l'amertume
de tous nos collègues qui doivent renoncer à des
réalisations, à des entretiens de bâtiments,
à des recrutements nécessaires, nous la partageons
pour nous-mêmes, pour la Ville, pour ses habitants, nos
concitoyens".
Comme souvent, les finances ne sont pas à la hauteur des
projets des élus. Ils découvrent que rien ne va
aussi vite que ce qui était prévu.
Le chômage, une ère
nouvelle
Le débat, dans ces premiers mois
de gestion de la gauche prend souvent un caractère politique,
sans trop de relation avec les problèmes locaux de la
ville. Le premier exemple c'est le conseil municipal extraordinaire
du 28 juin 1977 qui se tient .... au Petit théâtre
de la Maison de la Culture. L'ordre du jour porte sur "les
problèmes de chômage et de l'emploi posés
dans notre ville et au pays tout entier". La municipalité
de gauche "ne veut pas rester insensible à ce fléau
que représente le chômage et aux drames qu'il engendre".
Et le maire de prendre l'exemple d'un jeune chômeur de
25 ans de Saint-Denis qui s'est suicidé après 6
mois sans travail.
Le débat sur ce sujet commence par
un long exposé de Gilbert Camuzat :
" les travailleurs en lutte, aux côtés de la
population berruyère dans l'action pour refuser austérité
et sacrifices et imposer les vraies solutions conformes à
ses intérêts et à l'intérêt
national".
Il n'y a pas de débat véritable,
mais quelques idées générales, sans caractère
local, pour résoudre le problème du chômage,
c'est l'avancement de l'âge de la retraite, la réduction
du temps de travail et l'augmentation des salaires et des pensions.
Pourtant, à Bourges et dans le Cher, la situation n'est
pas à la fin des années 1970 et au début
des années 1980 aussi critique. Les entreprises locales,
dont l'activité est essentiellement tournée vers
les fabrications militaires est relativement florissantes. Ainsi
le nombre de licenciements pour cause économique diminue
entre 1981 et 1980, et le taux de chômage du département
du Cher est largement inférieur à celui de la France.
Dans ce même Conseil municipal extraordinaire,
on trouve tout de même quelques lignes sur le local, avec
des demandes d'action et de mobilisation pour le démarrage
des travaux de l'autoroute A71, l'accélération
des études pour la grande rocade et la construction de
logements sociaux.
La concertation et les
Assises pour Bourges
Comme son prédécesseur, le
maire de Bourges Jacques Rimbault aime faire en début
de Conseil Municipal des déclarations préliminaires.
Dans une de ces communications en date du 14 juin 1978, il évoque
" une activité intense et multiforme ", et mentionne
les " efforts faits dans le sens d'une gestion démocratique,
recherchant toujours davantage la participation des Berruyers
à la vie et à la gestion de la cité ".
C'est une méthode qu'adoptera M. Rimbault tout au cours
de ces années. Il parle de l'information écrite
avec la publication du numéro 5 de " Bourges "
et d'un numéro spécial " Vieille Ville en
fête ". Il insiste sur la concertation dans les dossiers
de la liaison avenue de Dun / Val d'Auron et dans les problèmes
de circulation.
A chaque Conseil municipal, le maire fait un rappel des travaux
effectués. On peut retrouver le même thème
sur plusieurs conseils, c'est une impression d'information forte
et soutenue, sans cesse répétée. En 1978,
M. Rimbault parle des travaux de voirie, mais aussi du démarrage
du service municipal de l'enfance, de l'ouverture du lac d'Auron,
"remarquable emplacement de loisirs et de sports, poumon
vert de l'agglomération berruyère". Même
s'il ajoute que les soucis financiers sont présents, il
y a un changement d'attitude. La nouvelle municipalité
adopte le Val d'Auron !
La pratique du dialogue se développe
avec la mise en route systématique par la municipalité
de visites dans tous les quartiers de Bourges. Le maire explique
que :
" ce type d'activité est finalement très symbolique
de notre style de gestion municipale. A l'opposé d'une
politique de notables enfermés dans leurs bureau, elle
nous confronte sur le terrain avec les difficultés des
Berruyers. Elle nous amène à beaucoup mieux cerner
les urgences, à beaucoup mieux connaître la réalité
de la vie de notre ville".
Même les actions les plus mineures
sont mises en avant, c'est le cas d'une foire à la brocante
qui se tient le dimanche matin dans le quartier Saint Bonnet,
ou le premier corso carnavalesque qui n'est autre que le carnaval
cher à l'équipe Boisdé. Enfin, l'accent
est mis sur la première grande réalisation originale
de la nouvelle municipalité : la "Vieille Ville en
Fête". Cette expérience connaît un succès
populaire et sera renouvelée en 1979, avec " le concours
de tous et de chacun ".
Et puis l'insolite apparaît parfois
avec la visite fin juin de Madame Giscard d'Estaing aux serres
municipales..... alors que Jacques Rimbault la reçoit
:
"les règles de courtoisie que nous pratiquons à
cette occasion, ne sauraient se confondre avec un quelconque
assentiment de la politique d'austérité menée
par le Gouvernement".
Et un long exposé sur la crise,
sur les travailleurs, sur le chômage suit cette parenthèse.
C'est à cette date, septembre 1978,
que s'ordonne de manière très précise la
concertation avec la volonté " d'informer, de consulter,
et d'agir ", et le lancement des Assises pour Bourges qui
sont définies par Bernadette Gimonet.
Les Assises sont prévues du 13 octobre
au 4 novembre 1978. Elles comportent alors essentiellement :
- des présentations et des discussions
sur ce que fait la Municipalité, avec les priorités
en matière d'enseignement technique à Bourges,
la politique culturelle de la cité ou les problèmes
du Val d'Auron.
- des visites comme celles des serres municipales ou des Marais
de Bourges.
- des expositions concernant la circulation à Bourges.
Les Assises sont donc essentiellement thématiques. Il
s'agit pour la municipalité :
"d'expliquer à nos concitoyens les obstacles qui
entravent notre volonté de bien gérer la ville,
et de débattre avec eux, pour trouver le seul chemin,
celui de l'action en direction d'un pouvoir soucieux de se libérer
au maximum de ses charges sur le dos des collectivités
locales".
Suit alors un discours sur la politique
gouvernementale de Giscard et Barre, " dont les maîtres
mots sont inflation, austérité chômage...."
et le besoin pour unir et rassembler les Berruyers " en
vue de l'action pour le devenir de notre ville".
Deux sujets en cet automne à Bourges
sont longuement traités. C'est le devenir de l'Enclos
des Jacobins, un vieux projet qui revient à la surface
et qui consiste à rejoindre la rue d'Auron et la rue Moyenne.
Déjà vers 1894, le projet existait...... Le second
concerne l'Hôtel de la Boule d'Or et sa transformation
sous forme d'hôtel et de centre commercial.
C'est aussi l'époque où la
ville organise à l'intérieur du palais Jacques
Cur des animations et en particulier une magnifique exposition
de tapisseries intitulées " Matière et couleurs
dans la tapisserie contemporaine ". Malheureusement, ce
ne sera qu'un feu de paille et le palais du grand Argentier restera
un réel problème pour le rendre encore plus attrayant
vis à vis des touristes, pendant encore 25 ans.
Dans le même domaine, M. Paul Ganes
demande l'acquisition de terrains dans les marais de Bourges
afin d'en faire une aire de repos dans " le projet d'aménagement
des promenades à l'intérieur des marais ".
Autre thème, celui des espaces verts avec le projet d'un
parc paysager à Bourges-Nord.
C'est en 1978 que Jean François
Deniau arrive en Berry. Il n'est pas très connu localement,
et il est parfois confondu avec son frère Xavier, mais
il est ministre et sa haute stature ne passe pas inaperçue.
Il vient à Bourges à la suite de 1977, de la défaite
de son camp, battu dans une ville " ho combien bourgeoise
", il vient relever le défi !
A la question qui lui est posée, plus tard sur cette venue
dans le Cher, il répondra ainsi :
" Je ne suis pas originaire du Cher, mais du département
voisin. Pour ces élections législatives de 1978,
tout le monde donne les élections perdues pour la droite.
D'autant que dans la circonscription de Bourges, où le
candidat communiste paraissait imbattable, personne ne voulait
y aller. J'avais été plusieurs fois ministre sans
être élu
.. On m'a sollicité. J'ai refusé.
C'est alors que j'ai été convié à
déjeuner à l'Elysée. Le président
Giscard d'Estaing m'a accueilli avec cette phrase " Alors
Jean François, on se dégonfle pour la première
fois de sa vie ", je me suis présenté sous
l'étiquette UDF. Mon suppléant était RPR".
Pour beaucoup, cet homme prend l'exemple
de Raymond Boisdé, venu en Berry pour une place de député,
et qui est resté député-maire de Bourges
pendant 18 ans !
Jean François Deniau veut devenir député,
mais est sans aucun doute la mairie dans le collimateur, et,
à cette période, Jacques Rimbault, pour beaucoup
a été élu maire par hasard, il n'a pas fait
ses preuves, et il ne tiendra pas. Dès la prochaine élection,
quelle qu'elle soit, il sera battu par ce vieux réflexe
anti communiste
les Berruyers voulant " se racheter
de l'erreur de mars 77 ".
Les législatives
de 1978, Rimbault battu
Les élections législatives
se profilent pour le printemps, elles devraient être difficiles
pour la majorité en place, Giscard et Barre sont sur le
fil, car les municipales ont été très favorables
à la Gauche, et malgré la rupture du Programme
commun, le vent souffle à gauche en ce début d'année
1978.
A 54 jours du scrutin, prévu les
12 et 19 mars, les sondages donnent la gauche gagnante avec 51%
de voix contre 44 % à la majorité et 5% aux écologistes
et divers. Il y a un sentiment de changement dans le pays, et
les responsables de gauche, Mitterrand, Marchais et Fabre sont
persuadés qu'ils vont gagner. A droite, c'est une bataille
perdue, malgré l'engagement de Giscard à Verdun-Sur-le
Doubs et l'action de Barre et Chirac qui exhortent les Français
à faire " le bon choix ".
Au soir du 19 mars, la majorité l'emporte avec 290 sièges
contre 201 à la gauche qui perd pour la troisième
fois. C'est " une divine surprise " pour la majorité
titrent les journaux.
Dans le Cher, la première circonscription
comprend entièrement la commune de Bourges, les cantons
des Aix d'Angillon, Charost, Levet, Henrichemont, Lignières
et Saint Martin d'Auxigny. C'est dans cette circonscription que
Jean François Deniau qui occupe le poste de ministre du
Commerce Extérieur dans le gouvernement Barre, vient se
battre.
A priori, un an après les municipales gagnées par
la gauche, il n'a guère de chance de l'emporter, et le
fait d'être ministre n'est qu'un faible avantage. Il est
opposé à Jacques Rimbault, pour le P.C., Charles
Parnet pour le P.S. et à deux autres candidats.
La campagne est rude, M. Deniau fait appel pour le soutenir à
Simone Veil, alors très populaire et ministre de la santé.
Elle est à Bourges le 6 mars, à la Salle des Fêtes
de la Chancellerie. Devant 1000 personnes, au cours du meeting,
elle déclare : "Ceux qui voteront pour le Programme
commun savent très bien qu'il ne sera pas appliqué".
Le premier tour du 13 mars donne au plan
national une poussée du P.S., mais la majorité
résiste bien et rien n'est joué.
A Bourges, M. Deniau fait 43,9% (28610 voix) contre 34,2% (23306
voix) à M. Rimbault et 16,2% (10590 voix) à M.
Parnet alors que 3% des électeurs votent à l'extrême
gauche. Mathématiquement, pour le second tour, si les
voix de gauche se portent bien sur M. Rimbault, le ministre du
commerce extérieur sera battu.
Le second tour se déroule le 16
mars, et Jean François Deniau l'emporte par 51,95% (34916
voix) face au maire de Bourges qui n'obtient que 48,05%. (32295
voix) Le coup est sévère, et sur le plan national,
F. Mitterrand attribue la responsabilité de la défaite
au Parti Communiste. A Bourges, entre le premier et le second
tour, il y a eu une défection incontestable des électeurs
socialistes le P.C. réagit mal, la municipalité
n'a qu'un an d'ancienneté et des inscriptions " démissions
" apparaissent sur quelques murs de la ville.
Le maire battu fait une déclaration
dans laquelle il souligne :
"le caractère injuste de la loi électorale
qui prive 88 000 électeurs de ce département de
toute représentation parlementaire. La droite conserve
le siège qu'elle avait depuis 1951, mais la campagne a
été tapageuse et haineuse, avec la présence
de ministres.... et des inscriptions souillant la ville de Bourges
avec un anticommunisme plus vil et plus primaire que jamais.
En 1977, lorsque la gauche a eu la mairie, elle n'a pas demandé
la démission du député de la circonscription
qui venait de réaliser 44%, sachant faire la différence
entre élection municipale et législative "
A droite, M. Jean François Deniau
remercie ses électeurs et son épouse Frédérique,
en signalant que l'Union, en particulier avec le RPR a été
payante, il retrouve son poste de ministre, et en conséquence,
il doit démissionner comme parlementair. Il laisse sa
place de député au docteur Moule, alors qu'un autre
député du Cher, M. Papon occupe un poste ministériel
au budget.
Après cette défaite, c'est
le profil bas pour le maire de Bourges. Il est peu présent
dans la presse locale, alors que M. Jean François Deniau
donne des conférences, vient parler aux délégués
consulaires, bref est très actif dans sa nouvelle circonscription.
Il apparaît comme le nouvel homme fort du département
et de la ville, succédant ainsi à Raymond Boisdé
et se positionnant comme l'homme qui refoulera la gauche et Jacques
Rimbault dans l'opposition.
Le 21 Avril 1978, en ouvrant la séance du Conseil municipal,
Jacques Rimbault rappelle les phrases prononcée il y a
un an lors de l'installation de la nouvelle municipalité
:
" En donnant, le 12 Mars, la majorité absolue aux
deux candidats de Gauche, Charles Parnet et moi-même, élus
de cette Municipalité d'Union, la population berruyère
nous a confortés dans notre activité collective
à son service....."
Ne signalant pas la victoire de M. Deniau
et sa propre défaite.......
Et le maire de faire un premier bilan de
l'action municipale, portant plus sur la méthode utilisée
que sur les actions réalisées. Ainsi, il est question
de " l'humain, du social de la démocratie qui seront
demain, encore plus qu'hier, pour nous, des maîtres-mots...."
Ensuite ce sont les grandes idées et son plan d'actions
:
- Concertation pour les projets en cours
- Information avec l'édition du bulletin municipal d'informations
- Les Assises 1978 qui se dérouleront à l'automne
- La circulation avec une douzaine de projets plus ou moins importants
et bien sûr, l'autoroute A 71 et la grande Rocade.
- Le plan directeur du Centre-Hospitalier
- L'étude du POS et la réhabilitation de HLM.
Pour le sport et la culture, peu de phrases,
le Printemps de Bourges est tout juste évoqué avec
ces mots :
".... Nous venons de vivre le Printemps de Bourges qui a
connu le succès. Nous l'aurions voulu peut-être
mieux préparé dans toute la ville, pour une meilleure
participation des habitants au Festival".
Après un an aux affaires, la nouvelle
municipalité cherche ses marques. Il n'y a aucun projet
original ou nouveau, par contre une réelle volonté
de développer le dialogue et la concertation avec la population
et de répéter, plutôt deux fois qu'une, la
liste des projets envisagés sans mettre de délais
très précis.
Des élections à
Bourges en 1979
C'est encore une année électorale,
et à chacun d'affûter ses armes en vue des cantonales
de mars. Les cantonales, en règle générale,
dans la ville de Bourges n'ont pas toujours beaucoup d'impact,
ce sont des élections très locales.
Pourtant en 1979, c'est un test à Bourges puisque dans
le canton de Bourges IV, les candidats en lice sont de toute
première importance, ainsi face à J. F. Deniau,
ministre, qui a la volonté de poursuivre son enracinement
local, s'opposent deux maires-adjoints. M. Picard représente
le PC et M. Perruchot le PS. Il s'agit pour ces trois candidats
principaux de briguer le siège du conseiller général
sortant, le docteur Villard. Le contexte est difficile avec la
crise de la sidérurgie qui fait la " une " de
tous les journaux.
A Bourges, des leaders nationaux viennent soutenir les candidats
de leur camp. On voit ainsi Pierre Maurois salle Calvin qui s'en
prend au gouvernement de Raymond Barre "qui a allumé
les hauts fourneaux de la colère", alors que André
Vieuguet pour le PC parle de " l'abandon de l'indépendance
nationale qui conduit au déclin".
De son côté Jean François
Deniau s'exprime beaucoup et mène une campagne active
en reprenant des thèmes forts du département :
"nous devons tirer partie de l'agriculture, de l'industrie
et du tourisme. Dans ce cadre, nous devons sauver le canal de
Berry
. Bourges mériterait de recevoir beaucoup plus
de touristes".
Les résultats du premier tour donnent
M. Deniau en tête avec 3467 voix, mais ses deux adversaires
totalisent 3384 suffrages, c'est très serré. Le
second tour, au plan national, révèle une nette
victoire socialiste, la gauche va détenir la moitié
des conseils généraux.
Et dans cette vague de gauche, Jean François Deniau, opposé
au second tour à Michel Picard l'emporte par 4098 voix
contre 3426 à son adversaire du PC. Même si le score
n'est pas de l'ampleur du docteur Villard en 1973, la victoire
est confortable et le ministre de Giscard de déclarer
que nous devons "sortir de la crise". Il devient Vice
président du Conseil général du Cher, un
poste qui doit logiquement le propulser vers la Présidence
qu'il acquiert en 1981
puis vers la mairie aux élections
municipales de 1983.
L'ambiance en France et à Bourges
ne s'arrange pas, ainsi, le 24 janvier 1980, le Conseil municipal
est réunit afin de protester contre " la hausse de
l'énergie en France ". Bernard Gourdon pour les socialistes
signale qu'il participe à ce Conseil suite à la
convocation du maire, mais surtout pas "parce qu'il a été
convoqué par le Parti Communiste" alors que Edmé
Boiché, se lève et déclare : "En vérité
c'est le Parti Communiste, par la voix de Charles Fiterman, qui
a invité les élus communistes à élever
une protestation sur la hausse du prix de l'énergie".
Et de développer ses arguments, en signalant qu'il ne
participe pas au débat, car "en francs constants,
le pétrole ne vaut pas plus cher qu'en 1974, ce qui ne
veut pas dire qu'il ne faut pas s'élever contre les bénéfices
scandaleux des pétroliers".
Après un débat assez court, et des explications
de Jacques Rimbault, une motion est adoptée, pour :
" Refuser l'alibi du Gouvernement
tendant à faire croire qu'il s'agit des conséquences
inéluctables de la facture pétrolière.
Considérer que cette politique néfaste du gouvernement
permet à l'Etat de se procurer de l'argent frais à
bon compte
. " .
Les élections présidentielles
sont dans un an et demi, et la campagne électorale est
lancée !
1981 : la rose au poing
Le 13 avril 1981 alors que la campagne
électorale bat son plein, le candidat Mitterrand est en
Berry sous le chapiteau du Printemps de Bourges, est situé
place Séraucourt.
La campagne électorale est très
âpre, à cette époque les campagnes d'affichages
fleurissent sur les murs, chacun remarque les immenses affiches
de Giscard avec ses filles, alors que Mitterrand, sa " force
tranquille " et son petit village au loin, fait un tabac.
Le sommet de la campagne se situe à la télévision,
le 5 mai avec, pour la première fois un grand débat
télévisé entre les deux finalistes.
Comme le titre la Nouvelle République : " 2 Politiques,
2 Langages ".
Le jeudi 7 mai à Bourges, un grand meeting du Parti Communiste
se déroule à la Chancellerie, Jean Claude Sandrier
secrétaire fédéral prend la parole : "Battre
Giscard et la politique des patrons" et ajoute tout de même
: "voter Mitterrand mais compter avec les communistes".
A droite, d'autres meetings, et des Comités de soutien
à Giscard se forment comme le Comité de soutien
des professions de santé du Cher.
Le 10 mai à 20 heures, les résultats
apparaissent sur toutes les chaînes de télévision
: " François Mitterrand est élu Président
de la République ", le score ne prête pas à
contestation, il obtient 51,75% des suffrages, Giscard, amère
est battu.
Dans le Cher, l'écart est un peut plus prononcé,
puisque Mitterrand obtient 52,8%. Quant à la ville de
Bourges, elles vote de la même manière que le reste
du pays, à 51,47%. Les réactions à Bourges
sont faibles, les uns exultent, d'autres sont désespérés
..
Le maire fait une courte déclaration le 15 mai, "l'espoir
est au présent", dit-il, et il fait remarquer en
guise de revanche "que Giscard d'Estaing est minoritaire
dans le canton de Bourges IV détenu par Jean François
Deniau", quant à la droite elle est sonnée
et
. muette.
Le 10 mai 1981 marque donc la consécration de François
Mitterrand. C'est un peu du Berry et de Bourges qui entre à
l'Elysée. L'arrière grand père du président,
Charles est en effet né en 1810 en face du Moulin de La
Chappe dans le quartier d'Auron, et il se souvenait qu'en 1929
il allait patiner sur le canal gelé, en face de la maison
de ses grands parents.
Il écrira dans "ma part de vérité",
les mots sur le Berry de sa famille : "Il n'y a de Mitterrand
que du Berri. Ce nom de famille est lui-même du terroir.
Il signifie pour certains des miens "milieu des terres",
et un champs qui se trouve, en effet, au centre géographique
de la France
. S'appelle le champs des Mitterrand".
Le Président prendra beaucoup de plaisirs à revenir
à Bourges au cours des deux septennats. Les visites seront
souvent privées, comme à Ainay-le-viel en 1985
ou l'année suivante à la Maison de la Culture en
plein mois d'août pour voir une exposition sur Alain-Fournier.
En 1986, il sera cette fois à Epineuil le Fleuriel, écoutant
Henri Luillier lui raconter l'histoire du Grand Meaulnes
..
Et puis à quelques jours de la fin de son
. Second
mandat, en 1995, il vient à Bourges inaugurer le nouvel
Hôpital.
La victoire de mai 81 à Bourges
!
Après la victoire de François
Mitterrand, deux événements diamétralement
opposés se déroulent à Bourges. Le premier,
c'est la fête de " la victoire de l'espoir "
qui est organisée le 21 mai, le jour de l'investiture
du nouveau Président.
Puis ce sont les législatives .
Au premier tour, le 14 juin 1981, c'est pourtant Jean François
Deniau qui devance largement Jacques Rimbault qui a 28,6% des
suffrages (17151) et dépasse d'assez peu Bernard Gourdon
le socialiste qui obtient 25,2% (15120) des voix.
Seulement M. Deniau a fait le plein des
voix à droite, il a 42,9% des suffrages (25 773).
Au second tour, une semaine plus tard, avec 33440 voix, c'est
à dire près de 52%, des suffrages, Jacques Rimbault
l'emporte face à Jean François Deniau, il conforte
de manière éclatante sa position à Bourges
et prend sa revanche sur 1978
.
La séance du conseil municipal du 1er juillet est historique
et émouvante, le maire Jacques Rimbault devenu député
parle en ces termes :
" Cette séance intervient immédiatement après
des évènements de très grande portée,
le résultat dans notre ville a confirmé la volonté
des Berruyers de placer leur cité dans la majorité
nouvelle, avec l'ambition de la faire pleinement participer au
changement nécessaire".
Jacques Rimbault a tout lieu d'être satisfait, pour la
première fois depuis la Libération, la France va
être gouvernée à gauche, avec la présence
de 4 ministres communistes, dont Charles Fiterman ministre d'état,
ministre des Transport
Puis le député -maire évoque les changements
à venir, avec une discussion franche et tranquille avec
le pouvoir, car nous étions "harcelés hier
et encore aujourd'hui, par une tutelle préfectorale d'un
autre temps, en butte hier à l'arrogance d'un pouvoir
sectaire
.". Il passe en revue les futurs projets de
décentralisation, la suppression du contrôle à
priori des préfets, les pouvoirs nouveaux accordés
aux collectivités.
Le maire attend beaucoup des lois de décentralisation,
elles vont en effet modifier de manière très profonde
certaines pratiques. C'est à partir de ces lois que la
Région devient responsable des Lycées, et le Conseil
Général des Collèges, la Ville ne prenant
désormais en compte que les écoles primaires et
les maternelles.
Mais Jacques Rimbault reste maire, et il rappelle les principaux
dossiers en cours. C'est la Cuisine Centrale des Restaurants
Scolaires, chemin Tortiot, en construction, elle est prévue
pour janvier 1982. Puis il parle de la seconde tranche de l'école
primaire des Machereaux, le chantier de l'Enclos des Jacobins,
le Hall des Congrès qui devrait commencer à l'automne,
le Parc Paysager et Educatif de Bourges Nord avec l'arrivée
prochaine d'une subvention.
Enfin les dossiers sur la réalisation de la nouvelle gare
routière, du Centre Commercial du Val d'Auron, de la nouvelle
avenue de Robinson, et "d'un important programme de travaux
d'eau et d'assainissement".
Le 16 septembre 1981, le maire ajoute à
ses projets de l'été, la préparation du
dossier d'un Centre Hospitalier neuf, ainsi que l'obtention du
versement Transport permettant la mise en uvre d'un réseau
de transports urbains digne de ce nom.
Si 1981 marque un important tournant politique, c'est la poursuite
des Assises pour Bourges, quatrième édition, avec
" le forum des associations " qui doit réunir
vers la fin du mois de novembre l'ensemble des associations de
Bourges, aussi bien dans le domaine de la culture que du sport
ou de l'humanitaire, le tout au Parc Saint Paul.
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1982, dans le monde, c'est la fin de
l'ère Brejnev, c'est aussi la guerre des Malouines entre
la Grande Bretagne et l'Argentine, avec la présence des
armes françaises fabriquées à l'Aérospatiale
et qui font connaître Bourges, capitale de "l'Exocet",
au monde entier.
Au début de l'année, en France, le gouvernement
de Pierre Mauroy approuve l'ordonnance sur la semaine de 39 heures
et les 5 semaines de congés payés.
Les ministres communistes sont au travail, c'est Fiterman, Rigout,
Ralite et Le Pors, leur présence est très importante
pour la vie locale de l'équipe municipale de Jacques Rimbault.
Au fil des mois, on les verra tous à Bourges, apporter
leur soutien à la municipalité de gauche.
Les problèmes et questions pour Bourges
Jacques Rimbault en 1982 est à un
an des prochaines municipales et la visibilité de son
bilan n'est pas évidente. Beaucoup de projets, beaucoup
de discussions et de concertation, mais peu de réalisation.
En France la situation de l'emploi est préoccupante. A
Bourges ce n'est pas le cas, et Jacques Rimbault annonce qu'en
février et mars 1982, on enregistre un premier recul du
nombre de demandeurs d'emplois. Le maire de Bourges déplore
les pré-retraites et les licenciement à la F.A.B,
mais note avec satisfaction les 141 embauches de la SNIAS. Il
ajoute : "Je crois au plan Rigout sur la formation professionnelle",
et note "les premiers résultats positifs de l'action
du gouvernement et des forces vives du pays".
Au cours des " Assises pour Bourges
" qui se tiennent d'octobre à décembre 1982
la municipalité développe ses principaux thèmes.
Les propositions pour la ville sont éternelles : Quelle
croissance envisager ? Quels sont les retards à combler
? Quels équipements sont à moderniser et à
promouvoir ?
D'autres questions sont posée par Marguerite Renaudat
: "comment reconquérir le Centre Ville ?" ou
"comment vivre mieux à Bourges Nord" et enfin
pour résumer les milles et une autres questions : "comment
faire de notre ville une cité dynamique, tout en restant
à l'échelle humaine ?"
Mais les problèmes de financement,
dans tous les domaines sont de véritables casse-tête.
La vie culturelle à Bourges avec la Maison de la Culture
et le festival du Printemps sont budgétivores.
La campagne électorale de
1983
Au mois de janvier 1983, Jean François
Deniau annonce qu'il ne sera pas candidat pour conduire la liste
municipale de l'opposition à Jacques Rimbault. Il évoque
une incompatibilité entre le fait d'être Président
du Conseil Général du Cher et la fonction de maire
d'une grande ville comme Bourges. Il signale en outre qu'il soutient
Camille Michel, pour l'UDF, qui devient chef de file de l'Opposition
de droite.
Camille Michel est bien connu à Bourges, il fut préfet
du Cher de 1978 à 1981 et sa démission alimenta
de bien nombreuses conversations.
Il aimait à répéter ce que disait Napoléon
1er qui avait écrit "que les préfets étaient
chargés d'assurer le bonheur des Français. C'est
ce que j'ai essayé de faire, dans toutes mes fonctions".
Il connaît bien Bourges, un physique tout en rondeur, le
visage souriant, il est jovial, c'est un débatteur de
première. Et les différentes listes électorales
apparaissent.
A droite, Camille Michel emmène la liste, il a à
ses côté des gaullistes du RPR comme Jean Claude
Péan et François Deschamps, à gauche, pas
de surprise, les vainqueurs de 77 sont présents, autour
de Jacques Rimbault, Gilbert Camuzat, Jean Pierre Saulnier, Marguerite
Renaudat et Edmond Boiché mais aussi un nouveau, Jean
Claude Sandrier.
Le 23 février 1983, le Conseil Municipal se réunit
en pleine campagne électorale à 10 jours du premier
tour, Jacques Rimbault en profite pour évoquer les aspects
financiers de la ville entre la situation actuelle et ce qu'il
a trouvé 6 ans auparavant :
"Je veux rappeler simplement deux éléments
de l'héritage trouvé à cette époque.
Nous avons trouvé un milliard 737 millions d'AF de travaux
ou d'acquisitions
.sans financement. Par ailleurs la situation
des opérations confiées par la Ville à la
SOBEREM faisait apparaître une déficit de un milliard
517 millions d'AF.
Nous sommes loin de cette mauvaise passe. La situation financière
de la Ville est saine et nous maîtrisons une politique
budgétaire de croissance et de rigueur
.".
Les dossiers qui passent en Conseil Municipal
ce jour là sont dans la continuité des travaux
des six années passées, c'est la convention avec
la SO BER E M pour la réalisation du Centre d'Intérêt
Touristique Victor Hugo dont les travaux vont bientôt commencer.
Sont évoquées aussi la mise en voie piétonne
de la partie haute de la rue d'Auron et l'attribution d'une forte
subvention (110 000 F) pour les prochains relais d'athlétisme
Jacques Cur.
A ce dernier Conseil du mandat, pas de remerciements ni d'au-revoir,
du maire pour son équipe, comme si les jeux étaient
faits et que l'on doive se revoir dans quelques semaines après
la victoire de mars
.
La campagne électorale est un duel
entre deux hommes. Dans un article du Berry Républicain,
du 1er mars 1983, le journal local interroge chacun des candidats.
Jacques Rimbault est confiant, car pour lui, "Bourges n'a
jamais répudié un maire qui, avec son Conseil,
a fait son travail". Et lorsqu'on lui demande ce qu'il regrette
le plus depuis 1977, il répond :"c'est d'avoir subit
au cours des 4 premières années de mon mandat,
un préfet autoritaire qui nous a fait perdre un temps
considérable", il prend pour exemple la mise en cause
de la subvention municipale au Comité des uvres
Sociales de la Ville
et ce préfet avait pour
nom Camille Michel.
Dans ce premier mandat, il n'y a pas eu
de "grands travaux spectaculaires", aussi le maire
de Bourges insiste sur les actions en matière piétonnière,
avec le Haut de la rue d'Auron et Gordaine qui seront bientôt
traités.
Pour les logements, Jacques Rimbault veut " agir au sein
de l'Office HLM pour une accélération des travaux
d'entretien et de rénovation des logements".
Enfin, devant la grogne et l'inquiétude des commerçants
de la rue d'Auron, il réplique de manière assez
optimiste, et défend son projet. En conclusion, lorsque
qu'est évoqué son adversaire de droite, il utilise
cette formule " Tout ce qui est excessif est insignifiant
".
Lorsque le journal se tourne vers le candidat
de droite, pour le même type d'interview, c'est un Camille
Michel particulièrement offensif et plus anti communiste
que jamais qui répond : "Une municipalité
communiste n'attire pas les entreprises, si elle ne les fait
pas fuir", et il ajoute sur un autre terrain, "et il
y a des " ardoises " cachées". Il développe
ce thème évoquant une gestion réalisée
dans l'intérêt du Parti Communiste, sur le personnel,
le choix des entreprises, la subvention aux associations. Et
Camille Michel critique "la propagande autour de la plus
petite réalisation, même lorsque la municipalité
n'y est pour rien".
Il admet comme positif, les rues piétonnes
et le boulevard de l'Avenir, mais ajoute "grâce aux
subventions que j'ai obtenu lorsque j'étais préfet".
Dans ses nombreuses critiques, le chef de file de la droite demande
l'élimination du trafic des poids lourds en ville, la
réalisation d'un troisième parking, et il trouve
que l'on a acheté des autobus trop grands qui contribuent
à ralentir la circulation par des manuvres difficiles.
En conclusion Camille Michel affirme :
"qu'il n'attaque pas Jacques Rimbault personnellement, mais
il est membre du Comité Central du Parti Communiste, il
applique à Bourges les procédés habituels
des communistes, c'est le sommet qui décide, la base discute
dans le secret et approuve à l'unanimité, les socialistes
l'ont dit à haute voix".
Tel est le style Camille Michel et de la
droite de l'époque. Ce discours plaisait à une
petite minorité un peu extrémiste et en attente
de revanche, mais ne permettait pas de rassembler une forte majorité
de la population, surtout en 1983, avec une gauche triomphante
et porteuse de beaucoup d'espoirs.
Le triomphe de Rimbault
aux municipales
A la veille du scrutin, la confiance règne
dans les deux camps. L'équipe de gauche se sent soutenue
par ses partisans, et pense que son travail de dialogue et de
concertation va " payer ", et entraîner des Berruyers
qui votent davantage pour une équipe fut-elle communiste
ou socialiste que pour une étiquette. Chacun se dit persuadé
que la liste de droite, conduite par un ancien préfet,
particulièrement hargneux n'est pas un atout, les Berruyers
n'aiment pas ce type d'attitude.
Inversement, chez Camille Michel, beaucoup pensent que 1977 a
été un accident, que les Berruyers ont voté
contre Boisdé et pas pour des communistes. Les "stratèges"
se disent persuadés que "la bourgeoisie du Centre
Ville" va revenir au bercail et voter à droite.
Le 6 mars 1983, c'est le premier tour de ces municipales avec
trois listes en présence : l'Union pour Bourges de Jacques
Rimbault, à droite, Camille Michel, et enfin Colette Cordat
est leader de la liste Lutte Ouvrière.
A 19 heures, à la permanence de Camille Michel, rue Messire
Jacques, " on y croit ". Le journaliste Alain Fourgeot
retrace cette soirée pour le Berry Républicain,
il constate que certains les pronostics : une droite à
56%,et pour les plus pessimistes, un score un peu au dessus de
50%!
Vers 19 heures 15, Jean François Deniau rentre sur Paris,
afin d'assister à une émission de télévision
sur Antenne 2. Il n'a pas les chiffres et dit simplement "je
suivrais les résultats à la radio".
A même moment, à gauche, c'est la sérénité.
Marguerite Renaudat calcule qu'en Centre Ville c'est le même
écart qu'en 1977, c'est bon signe
.. Mais à
Auron, Camille Michel est en tête
très
vite d'autres chiffres sont donnés. Les militants passent
par toutes les couleurs, ils ne se prononcent pas, puis "
c'est foutu " dit l'un d'entre eux.
A 20 H 15, les chiffres tombent, la liste de Jacques Rimbault
obtient 54% des suffrages, le nom du maire de Bourges est scandé,
alors qu'à 21 heures, l'Internationale éclate dans
les salons de la Mairie.
Les chiffres précis sont communiqués, ils sont
sans bavure :
Rimbault 18 537 voix 54,04%
Cordat 733 voix 2,13%
Michel 15032 voix 43,83%
Il y a davantage d'électeurs inscrits,
mais globalement, les résultats ce ces élections
sont proches de ceux du second tour de 1977.
Jacques Rimbault est heureux et satisfait, et en annonçant
le prochain Conseil Municipal pour le dimanche suivant à
11 heures, il poursuit :
" Nous serons à quelques jours de 2 printemps, celui
des saisons et celui de la chanson".
Premier Conseil municipal
Le 13 mars 1983, se déroule la première
séance du Conseil municipal issu des élections.
Pour la première fois depuis des lustres, il y a une opposition
suite à la loi électorale de Gaston Deferre et
désormais l'ambiance des Conseils municipaux ne sera plus
comme auparavant. Le système est relativement simple et
sain. Il s'agit d'accorder une place à l'opposition tout
en permettant à la majorité de diriger une ville
sans problème.
La première séance va rapidement opposer Jacques
Rimbault et le leader de l'opposition, Camille Michel. Après
l'ouverture de la séance par le doyen d'âge, Bernard
Lelarge, c'est l'élection sans surprise de Jacques Rimbault
comme maire de la ville par 38 voix face à Camille Michel
qui n'en recueille que 11. Les maires-adjoints sont ensuite élus
sans surprise : Marguerite Renaudat, Bernard Gourdon, Edmé
Boisché, Gibert Camuzat
etc.
Lorsque Jean Claude Péan pour la
droite a proposé le nom de Camille Michel, le public a
montré une " hargne belliqueuse" comme l'écrit
un quotidien qui poursuit " d'habitude, les partisans se
battent sur le front de la liberté, pour la tolérance.
Mais ceux-ci n'avaient rien à voir avec ceux là
: épiciers d'une haine venimeuse qui sent sa petite boutique".
Camille Michel demande la parole, bien que cette déclaration,
lui fait remarquer le nouveau maire ne soit pas inscrite à
l'ordre du jour. Le chef de file de la nouvelle opposition municipale
signale qu'avec ses amis ils ne sont que 11 élus représentant
15000 électeurs ce qui fait 1400 électeurs par
élu alors que la majorité n'a obtenu que 18500
électeurs et se retrouve avec 38 élus soit un élu
pour 500 électeurs. A cet instant, le ton est donné,
et le public réagit à ces propos qui sont d'un
goût douteux en un pareil jour. Jacques Rimbault est obligé
d'intervenir pour laisser parler l'orateur UDF, qui poursuit
:
"Monsieur le maire, il est d'habitude que lorsque l'on parle
dans une assemblée démocratique, cette assemblée
ne soit pas troublée par le public qui n'a droit ni à
la parole, ni à manifester ses sentiments".
Et Jacques Rimbault de répliquer
:
"Monsieur Michel, les discours provocateurs n'étaient
pas inscrits à l'ordre du jour".
Ce type de relations est désormais la règle pour
une opposition très présente, ce qui, le plus souvent
met Jacques Rimbault dans un profond agacement..
Et puis c'est le traditionnel discours
du maire après sa royale intronisation. Jacques Rimbault,
très à l'aise, commence ainsi son propos :
"Soyons dignes de Bourges, de ceux qui l'on construite,
de ceux qui la font. C'est à cela que nos concitoyens,
non seulement nous jugeront, mais nous donneront la force de
continuer, de perfectionner le travail entrepris depuis 6 ans.
Dimanche dernier, ils nous ont dit "faites et faites mieux".
Nous y sommes prêts avec eux."
Il poursuit d'une manière lyrique
:
"Eh bien, à l'uvre pour faire de Bourges une
ville encore plus belle, encore plus digne de la France
.
"
et de conclure
" Avec le gouvernement de la France, nous allons faire entrer
dans la vie le projet qu'ont approuvé nos concitoyens.
Oui cette ville a une âme ! Elle est faite des nôtres".
Ce discours largement applaudi évoque
le dynamisme économique, la richesse des idées
des uns et des autres, le nécessaire développement
de la vie associative
etc . Aucune trace de polémique,
le maire de Bourges est "sur un petit nuage".
L'opposition au Conseil
Municipal
Après cette séance inaugurale,
le travail se poursuit. Le Conseil municipal, c'est toujours
un long propos du maire de Bourges. Il fait généralement
le point de l'ensemble des dossiers, ainsi que la liste plus
qu'exhaustive des actions en cours.
Petit à petit, se mettent en place
les modes de fonctionnement entre la majorité et l'opposition.
Le député-maire répondant à une question
de Camille Michel sur l'information que doivent recevoir les
conseillers municipaux conclut ainsi :
"Vous avez soulevé en effet un certain nombre de
points de détails. Je crois que la pratique va nous rendre
savants : mais ce n'est pas notre faute si nous n'avons pas connu
la proportionnelle pour les élections municipales depuis
1959 et évidemment, il y a de nouvelles habitudes à
prendre, aussi bien pour la Majorité que pour l'Opposition
pour trouver les moyens de "cohabiter" et participer
ensemble à la gestion municipale".
Au fil des années, les relations entre Jacques Rimbault
et Camille Michel seront en permanence conflictuelles. Ainsi
ce dialogue entre les deux hommes, en mars 1984, est symbolique
de ce qui se passera jusqu'en 1989 :
Jacques Rimbault :
" Cela m'ennuie de (vous) répondre à chaque
fois, mais je ne peux pas laisser dire des choses comme celles-ci.
Est-ce que c'est le démon du mensonge qui vous tient ?"
Camille Michel :
" Je vous défends de me traiter de menteur !"
Jacques Rimbault :
" je ne vous ai pas traité de menteur ; je vous ai
dit que vous aviez le démon du mensonge en vous".
. Et ainsi de suite, ce dialogue
souvent stérile, permet à Jacques Rimbault, la
plupart du temps de répondre, avec beaucoup plus de bon
sens que d'éléments techniques, prenant souvent
le dessus sur son adversaire, en argumentant sur ce qui est fait
à Bourges, pour les Berruyers, et avec toute la concertation
voulue.
Dans les propos du maire, au début
de chaque Conseil municipal, on trouve pèle mêle
des sujets très forts comme la mise en service du groupe
scolaire Jean Macé au Val d'Auron, ou le dossier du parking
souterrain de Saint Bonnet, et des thèmes de plus faible
importance comme la pose de feux au carrefour Félix Chédin
/ rue Camille Desmoulins, sans oublier la liste des manifestations
: la fête foraine de la Chancellerie prévue en mars
1984 ou le salon de l'informatique en mai
.
Après la victoire de 1983, Jacques
Rimbault étant élu jusqu'en 1989, plusieurs projets
sont élaborés pour cette période. Ce "plan"
de 5 ans entre 1985 et 1989 comprend : la nouvelle aile de la
mairie pour 15 MF, l'achèvement pour 10 MF du parc paysager
des Gibjoncs, le complexe sportif des "Grosses Plantes"
avec un chiffre annoncé de 8,64 MF qui ne correspond pas
à grand chose. L'installation du Musée Estève
chiffrée à 9,7 MF et la modernisation du parc Saint
Paul à 32 MF.
Pour ce dernier projet, les études
et la réalisation vont très vite, c'est la construction
à la place des hangars, d'un vaste hall, appelé
"Pavillon", comportant sur 4 piliers métalliques
dans une architecture moderne et audacieuse un rez-de-chaussée
de 2000 M2, un étage de 2500 M2 et une mezzanine de 1900
M2. L'objectif affiché est de "permettre des animations
permanentes au parc Saint Paul et notamment la mise en place
d'une véritable vitrine technologique et économique,
une sorte de SIRITT permanent dont la ville a besoin".
Un parc d'agrément et un paysage rénové
accompagneront ce nouvel hall au Hall des Congrès
..
En 2001, ce nécessaire paysage est toujours dans les cartons.
Les problèmes d'environnement commencent
à intéresser les élus locaux, au premiers
rangs desquels, on trouve Edmé Boiché et Paul Ganes,
bien qu'il ne s'agisse, à cette époque, que de
traiter les espaces verts
En février 1982, Edmé Boiché expose au Conseil
municipal le projet d'aménagement d'un parc paysager aux
Gibjoncs :
" Ce parc concerne la partie située à proximité
du foyer des migrants, route de Saint Michel, et représente
une surface de 12 000 mètres carrés", affirme
l'adjoint au maire. Mais cette première tranche est encore
timide, elle concerne des jeux d'enfants, une pyramide et une
aire gravillonnée avec des bancs publics.
Deux ans plus tard, les Berruyers notent
la présence de ministres dans le département. Huguette
Bouchardeau, ministre de l'Environnement signe le 16 décembre
1984, un protocole d'accord entre la ville et le ministère.
Il s'agit de participer à des travaux d'aménagement
dans les marais, la trouée verte et le parc paysager des
Gibjoncs. Et c'est ainsi que ce dimanche matin de décembre,
dans le froid et la pluie, madame le ministre fut entraînée,
avec ses petits talons, dans la " gadoue des marais ",
suivie par le maire et le préfet, ce dernier, éternuant
tous les deux pas.
Bourges, depuis 1982, obtient le trophée
des villes fleuries, et le 23 janvier 1985, Paul Ganes et Daniel
Lejeune reçoivent des mains du président Alain
Poher, au Palais du Luxembourg, le précieux trophée.
Les Berruyers sont très fiers des efforts réalisés
pour égayer les espaces publics de la ville, avec de véritables
créations florales.
Le social, une priorité
C'est au début des années
1980, que la municipalité met les bouchées doubles
dans le domaine du " social ", ayant été
élus sur ces thèmes de la chance pour tous et de
la prise en compte des plus défavorisés. D'un autre
côté la crise commence, c'est la fin des "
trente glorieuses ", c'est à dire du boum économique
de l'après guerre.
La crise du pétrole doublée d'une crise économique
accentue le chômage et les personnes en grande difficulté
sont de plus en plus nombreuses. Le gouvernement, quant à
lui, lance diverses opérations en faveur des personnes
âgées, avec en particulier les circulaires de la
loi Veil.
A Bourges cette crise économique
survient avec un léger décalage, les nouvelles
propositions pour des personnes sans emplois s'appelleront au
fil du temps, " TUC ", ou " Emploi jeune ".
Diverses structures sont mises en place, et le C.C.A.S., c'est
à dire le Centre Communal d'Action Social voit ses prérogatives
accrues. En 1983, les effectifs sont doublés compte tenu
de l'augmentation de ses activités.
Le C.C.A.S. était situé depuis 1955 rue Mayet Génétry,
il emménage au printemps 1982 dans de nouveaux locaux
situés à l'Enclos des Jacobins, puis en mai 1995,
il prend ses quartiers avenue du 11 Novembre, à l'emplacement
des bureaux de la Caisse d'Epargne.
Comme le rappelle Marie Paule Prot, élue
de Bourges et responsable de l'action sociale, "le travail
du CCAS s'est particulièrement développé
en direction du 3e âge, de la petite enfance , des chômeurs
et des familles ou personnes seules en difficulté".
C'est ainsi qu'après l'ouverture
d'une halte garderie en 1978, rue Paul Duplan, ce sont 2 mini-crèches
qui sont créées au val d'Auron. Enfin, en 1985,
pour répondre aux besoins du Centre-Ville un équipement
polyvalent avec halte garderie et crèche est mise en place
au Nouveau Prado.
Entre le Stade Jean Brivot et la rue de
Mazières, à la Sente des Carrières, une
résidence voit le jour, le 20 septembre 1980, sur un terrain
cédé par la ville. Cette structure est chargée
d'accueillir des personnes handicapées moteurs souvent
gravement atteintes, et qui nécessitent la présence
d'une tierce personne dans leur environnement. C'est ainsi que
naît Gîte et Amitié. A cette époque,
alors que la situation des handicapés n'est pas toujours
la priorité des pouvoirs publics, une association sous
l'égide des Paralysés de France est constituée
avec comme présidente, Geneviève Brunet, assistée
de René Robert. Cette réalisation est toute nouvelle,
et dans la région Centre, c'est un exemple. Il n'existe
alors aucune norme pour ce type d'établissement, et il
faut tout créer.
Le 26 avril 1985, son directeur, Pierre Houque fête les
5 ans de l'ouverture de cette résidence qui accueille
alors 55 locataires dans 52 logements. C'est une des grandes
réalisations de Bourges qui passera le siècle dans
les mêmes conditions.
Pour le troisième âge, plusieurs
structures sont prévues, ainsi, le 23 février qu'est
posée la première pierre du foyer-logement pour
les personnes âgées de la rue Gilbert Bailly.
Dans le quartier Saint Bonnet, c'est la construction d'un autre
foyer de personnes âgées, l'ouverture est prévue
au début de l'année 1983.
Sur un autre plan, une Cuisine Centrale
des Restaurants scolaires a été créée
et inaugurée au début de cette année 1982
largement consacrée aux aspects sociaux de la ville, et
c'est au mois de mars qu'elle commence à fonctionner.
Enfin, en direction des jeunes, l'Association
" Loisirs et Plein Air " procède à la
mise en place d'un Bureau d'Information Jeunesse, que beaucoup
appèleront " le BIJ ", dans un premier temps,
au début de l'année 1982, L'Informateur est rémunéré
par l'Etat avec une participation de la Ville. Il s'agit d'apporter
pour chaque jeune en difficulté ou en simple recherche
d'informations les éléments qu'il peine à
trouver dans les dédales des administrations.
1986, la France se passionne, s'oppose
et s'injurie : pour ou contre les colonnes de Buren dans la cour
du Palais-Royal. C'est une querelle qui éclipse la guerre
Iran-Irak ou la visite du polonais Jaruzelsky chez François
Mitterrand suivie du trouble de Laurent Fabius.
On se querelle sur le futur gouvernement, car les législatives,
prévues à la proportionnelle, sont pour mars et
si Raymond Barre est contre, Jacques Chirac est pour " la
cohabitation ", un mot tout nouveau dans le paysage politique
français.
Mais 1986 commence aussi avec la mort de Daniel Balavoine dans
un Paris Dakar.
Les élections législatives
de mars 1986
Les élections législatives
se déroulent le 16 mars 1986 et elles inaugurent une grande
première en France, la cohabitation. En effet, François
Mitterrand dans son désire de "limiter la casse"
lors des législatives selon le mode de scrutin habituel
sous la Ve République, qui aboutirait selon les sondages
par un raz de marée de la droite, a décidé
que le scrutin serait réalisé à la proportionnelle
à un tour.
Alain Calmat arrive en Berry pour ces élections
législatives avec une étiquette "apparenté
PS", c'est un sportif de haut niveau dont la carrière
professionnelle fut exemplaire.
Il est entré récemment en politique et occupe la
fonction de ministre délégué à la
Jeunesse et aux Sports depuis 1984 dans le gouvernement socialiste
de Laurent Fabius.
Alain Calmat, en France, est une référence. Il
est né en 1940, et a su concilier des études supérieures,
il sort médecin de la faculté de Paris, et sportives,
il est au plus haut niveau du patinage artistique dans le monde
pendant 10 ans, de 1955 à 1965, date à laquelle
il quitte la compétition, devenu Champion du Monde de
patinage artistique.
C'est un des hommes les plus populaires du pays et son arrivée
à Bourges est assez bien perçue car il s'agit d'un
personnage sympathique, qui exerce encore la chirurgie au centre
hospitalier Pitié-Salpétrière. Pourtant,
comme Boisdé ou Deniau, ce " parachutage " en
terre berrichonne d'un ministre n'est pas bien perçue
par tout le monde
surtout chez les socialistes locaux.
Il était venu au Printemps de Bourges l'année précédente,
en 1985, et avait découvert la cité berruyère.
La campagne n'a pas la pugnacité
d'autrefois, dans le Cher, les trois leaders des partis politiques,
Jean François Deniau, Alain Calmat et Jacques Rimbault
sont, par le mode de scrutin, " presque certains d'être
élus". C'est ainsi que le 2 février 1986,
ils sont présents tous trois à la pose de la première
pierre de la " Maison du Baciste ", au stade Jean Brivot,
à l'invitation de Jean Michel Récapet, président
du BAC, Bourges Athlétique Club, le " club omnisports
de l'Aérospatiale ", comme le répètent
les Berrichons.
Ainsi, ce dimanche matin, sous une fine pellicule de neige, les
trois postulants se trouvent ensemble devant trois pierres, avec
truelle et ciment. Et nos trois maçons occasionnels de
poser trois premières pierres ce qui est assez exceptionnel
!
Ce jour-là, la représentante du préfet est
en petite chaussures basse, il s'agit de Marie Hélène
Bahisson qui défrayera la chronique nationale dans "
l'Affaire du carrefour du Développement ".
Les résultats modifient la couleur de la majorité
gouvernementale puisque, la coalition RPR-UDF obtient la majorité
absolue avec 291 sièges sur 577. La conséquence
immédiate, c'est la nomination de Jacques Chirac comme
premier ministre, il s'entoure de Pasqua, Balladur et Léotard
Dans le Cher, le changement de type de scrutin change peu les
élus qui vont aller au parlement. Jacques Rimbault est
réélu sans problème, avec 41400 voix, il
est accompagné par Jean François Deniau, 64 642
voix et par Alain Calmat, 39700 voix.
Par la victoire de la Droite et de Jacques Chirac, le nouvel
élu du Cher, Alain Calmat perd son portefeuille de ministre.
Ainsi, au printemps 1986, le paysage berruyer
se recompose. Jacques Rimbault reste en place plus solide que
jamais. La victoire nationale de la droite de Jean François
Deniau, présent à Bourges depuis une dizaine d'année
ouvre des perspectives. Il semble promis à un retour au
plus haut niveau, ne parle-t-on pas régulièrement
de lui comme d'un possible Premier ministre. Quant à la
présence d'Alain Calmat elle pose problème. Le
Parti Socialiste rêve de reprendre la ville de Bourges,
et une personnalité comme Calmat, c'est l'espoir des socialistes,
agacés par l'hégémonie du Parti Communiste
dans une ville qui est perçue comme "très
bourgeoise".
Alain Calmat sera élu Conseiller régional de la
région Centre en 1992, puis quittera Bourges après
son échec aux législatives de 1993. Deux ans après
il est élu maire de Livry-Gargan puis député
de Seine Saint Denis en 1997.
Le golf municipal de Bourges
Au cours du Conseil municipal du 23 octobre
1986 le projet de golf municipal à Bourges est exposé
devant les élus par Jean Claude Sandrier qui développe
son argumentation.
Le secteur du Plan d'eau du Val d'Auron fait l'objet d'une urbanisation
sur le " hameau de Lazenay " avec une surface de 120
hectares. Pour maintenir un cadre de vie intéressant,
il est apparu que la présence d'un golf serait un élément
essentiel. Le maire-adjoint " justifie l'opportunité
de la réalisation dans notre ville d'un golf" par
plusieurs arguments :
En premier lieu, l'Association sportive
de golf est très intéressée, car aucune
installation de ce type n'existe dans le Cher, ensuite, l'agglomération
comprend 100 000 habitants et le double dans un rayon de 50 kilomètres,
enfin, la vocation touristique et culturelle de Bourges représente
un attrait pour les golfeurs et leur famille.
La SEMIC a rédigé un programme d'aménagement
d'un golf de 18 trous, avec un practice de 240 m par 140 m pour
accueillir une quarantaine de personnes. Suit un atelier d'approche,
un atelier bunker, un large putting green et trois trous d'entraînement.
Enfin, pour la première tranche " une première
boucle de 9 trous par 36 d'une longueur sensiblement égale
à 300 m chacune".
Dans la suite du programme, une seconde boucle de 9 trous est
prévue au delà de la rocade franchie par une passerelle.
Les études et travaux sont chiffrées à 18
millions de francs auxquels il faut ajouter 4 millions de club
house et 1,2 millions d'équipements. Le total avoisine
les 23 millions de francs, des subventions sont sollicitées
de l'Etat, de la Région et du Département.
Le projet surprend à la fois la
population et les conseillers municipaux d'opposition. Pour beaucoup,
et en particulier pour les plus modestes des Berruyers, le golf
est un sport de riches. Créé par une municipalité
communiste cela apparaît comme surréaliste.
L'opposition municipale pour sa part est
" favorable à la réalisation d'activités
sportives et de loisirs", comme l'affirme Yvon Mautret,
Conseiller Municipal d'Opposition. Mais il s'interroge sur le
lieu, puisque le parcours " sera entouré de fort
prés par les 900 pavillons à construire, ce golf
sera parcouru par les circuits piétons et par une voie
empruntée par les bus, et par la suite, il faudra franchir
la rocade".
Et Y. Mautret de " s'interroger sur
le danger que peut représenter ces balles qui voyagent
à 180, voir 200 kilomètres heure sur un circuit
qui va être ouvert à la circulation piétonne
..".
Jacques Rimbault, devant la contestation monte au créneau,
il affirme que "nous nous sommes entourés des meilleurs
spécialistes du golf. Et quant je parle des meilleurs
spécialistes, je ne parle pas de moi, je n'y connais rien".
Et de citer le président de Fédération Française
de Golf qui a eu connaissance du dossier, et l'architecte est
celui qui travaille pour la Fédération. Enfin,
une touche politique à l'encontre de Camille Michel, qui
" soutient au Conseil général un projet de
golf à Nançay qui n'existe pas, tout cela pour
essayer de nuire à l'initiative que Bourges avait".
Mais le projet se concrétise et Bourges aura son golf
municipal.
La réalisation va assez vite puisque
dès le 2 juillet 1988, les premiers "coups de clubs"
sont donnés par les spécialistes avec l'inauguration
du practice, et du club house, alors que le parcours comprenant
les 9 premiers trous est inauguré en septembre 1988.
Le Nouvel Hôpital
de Bourges
Dans le cadre de la construction du nouvel
hôpital, une des premières phases est l'acquisition
des terrains d'un coût de 1,5 MF, payés avec une
subvention de l'Etat et un prêt de la Sécurité
Sociale de 450 000 Francs. Le 4 novembre 1983, le Conseil d'administration
de l'Hôpital apprend que la Caisse Régionale d'Assurance
Maladie se désengage de ce type de participation financière
suite à des directives gouvernementales
Pendant des années, les élus
de Bourges se battent contre les administrations pour obtenir
les financements. Le coût du projet est considérable,
au moins 400 millions de francs.
Le maire de Bourges lance une pétition auprès de
la population pour relancer le projet et l'activer. L'arrivée
en terre berrichonne d'un ministre, Alain Calmat, chirurgien
de surcroît est un espoir pour l'hôpital. Cet homme
doit pouvoir ouvrir des portes auprès des ministères
et du gouvernement. Il était attendu sur ce projet.
C'est en septembre 1988 que les Berruyers
découvrent de manière très précises
avec des photos-montages et des plans ce que sera leur futur
hôpital. Comme cela est rappelé par le maire, même
s'il n'est pas " de responsabilité municipale, le
nouvel hôpital intéresse et concerne tous nos concitoyens",
aussi l'Avant Projet Sommaire est en cours alors que les crédits
pour l'Avant-Projet Détaillé et la construction
sont toujours en attente.
A la suite d'un concours d'architectes,
c'est le projet de Paul Phelouzat qui est choisi. Le site retenu
est situé à " La Folie Bâton ",
une entrée de ville sur la route de Nevers à deux
pas de l'Yèvre. On définit les différentes
parties, dont les département " femme et enfants
", viscéral, moteur et sensoriel, " mère
et enfants "
etc.
Il faudra attendre encore quelques années.
1988 : année difficile
pour la droite
L'année 1988 ne restera pas un "
grand cru " pour les hommes de droite. C'est tout d'abord
la Présidentielle tant attendue, et dans laquelle, si
François Mitterrand est un candidat hésitant qui
se déclare très tard, il fait figure de favori.
Car en face, la droite se divise, et Jacques Chirac, Premier
ministre n'a pas encore une stature suffisante
..
" Tonton, laisse pas béton ", pour reprendre
la formule attribuée au chanteur Renaud fleurit sur les
murs des grandes villes, car le Président, on le saura
plus tard, souffre d'un cancer de la prostate, et en son for
intérieur, il aurait peut être voulu goûter
le calme de Latché. Mais le l'appétit du pouvoir
est souvent le plus fort que la sagesse.
Au premier tour, les résultats tombent
ce dimanche 24 avril 1988 :
Mitterrand = 34 %
Chirac = 20%
Barre = 16,5%
Le Pen = 14%
Lajoinie = 6,8%
C'est une belle victoire de François
Mitterrand, alors que Jacques Chirac, déçu déclare
que " ce ne sont pas les résultats que j'attendais",
quant au Parti Communiste, son score est médiocre, car
Le Pen sort vainqueur, aux yeux des médias de ce premier
tour.
le traditionnel duel télévisé " d'entre
les deux tours " n'est pas un grand moment, c'est la phase
terminale de la cohabitation qui vole en éclat.
Au second tour, le 8 mai 1988, Mitterrand l'emporte largement
, avec 54% Chirac est à 46%. Il commence son second septennat.
Rocard devient le premier ministre de Mitterrand, et en signant
les accords de Matignon pour la paix en Nouvelle Calédonie,
il renforce sa popularité. La gauche est bien accrochée
au pouvoir. Quant à la droite, elle commence une nouvelle
traversée du désert.
Les législatives suivent, comme en 1981, la présidentielle,
et après un premier tour à gauche, les électeurs
remettent le balancier un peu plus au centre, et Mitterrand n'a
qu'une très faible majorité pour commencer le septennat.
La loi électorale a remis en place le scrutin uninominal
par circonscriptions à deux tours.
Jean François Deniau est réélu,
il bat Jean Pierre Saulnier (27 400 voix contre 25 400). Jacques
Rimbault est réélu largement face à Pierre
Le Coq (27 200 voix contre 18 200) et Alain Calmat est lui aussi
réélu face à Serge Vinçon ( 32 900
voix contre 28900).
Que ce soit en 1986 ou en 1988, rien n'a changé dans le
Cher.
Prochain rendez vous législatif : 1993.
A Bourges, vers la fin de l'année
1988, la droite se met en ordre de marche afin de conquérir
la Mairie de Bourges. La gauche est en place depuis bientôt
une douzaine d'années, et l'alternance doit jouer, c'est
le sentiment des équipes de l'UDF et du RPR, respectivement
emmenées par Jean François Deniau et François
Deschamps.
Pour reprendre la mairie, les " jeunes
loups " de l'UDF aimeraient bien changer quelques têtes,
et la première au niveau municipal, c'est à dire
celle de Camille Michel. Comme en 1983, beaucoup pensent que
seul Jean François Deniau en 1989 peut emporter les Municipales
face à Jacques Rimbault. Mais le président du Conseil
général, une fois encore décline "
l'offre de ses amis ", et certains élus de son entourage
sont persuadés qu'il y a un " discret contrat "
entre J.F. Deniau et le maire de Bourges : le terrain entre les
deux hommes est parfaitement délimité, la Ville
pour l'un, le département pour l'autre
. une coexistence
pacifique. Mais est-ce bien la réalité ? Nul ne
le saura jamais.
C'est dans cette ambiance qu'Alain Tanton
" monte à Paris " pour dénoncer la défaite
programmée de Bourges pour l'UDF, et la nécessité
de changer le chef de file. Camille Michel devant cette offensive,
décide de se retirer
.. et il quitte la ville de
Bourges. Les tractations suivent pour choisir entre A. Tanton,
Y. Mautret, de son côté, le RPR veut trouver sa
place, la première, avec François Deschamps. Cela
donne une belle cacophonie et Camille Michel est "rappelé".
Il revient pour conduire la liste de droite comme en 83 !
A gauche, c'est plus simple, la prédominance
de Jacques Rimbault est telle que les socialistes suivent sans
broncher. Leur tentative de "petit putsch" quelques
années plus tôt en 1985, à la veille des
élections législatives de 1986, où ils refusèrent
de voter le budget reste un mauvais souvenir, comme cela est
noté dans l'ouvrage sur Jacques Rimbault, "l'incident
de 1985 ne se renouvellera pas. L'Union pour Bourges a duré.
Elle durera".
Jacques Rimbault, démocratie j'écrits
ton nom par J.P. Léonardini et M. Renaudat
Mémorial de notre temps 1988 (Quillet)
Chroniques tragiques
L'année 1986 avait commencé
par une vague de froid, et au milieu de l'année, l'été
fut chaud. Le 17 août, alors que les orages menaçaient
Bourges, comme c'est courant en Berry à cette époque.
Mais cet orage se transforme en quelques minutes en tornade.
Avec des vents de 200 kilomètres à l'heure et des
grêlons dont le poids avoisinait 300 grammes, cette tornade
ravage tout sur son passage. Sur une bande de 20 kilomètres,
vers Baugy, c'est la désolation, et ce sont plus de 600
habitations qui sont endommagées. A Bourges, des arbres
vers le Val d'Auron ont été déracinés,
mais les dégâts dans la ville sont faibles, par
rapport à la force des éléments.
Dans les faits divers, le Cher et Bourges
sont bouleversé en 1988 par la mort de deux jeunes gens
tués en Grèce sur le navire "City of Poros",
victimes d'une attaque du bateau par des terroristes. Les familles
Audejean et Vigneron pleurent leurs enfants.
Et dans les premiers jours de l'année suivante, en janvier
1989, c'est un autre drame qui se déroule à Bourges,
dans une tour de la Chancellerie. La petite Céline Millérioux
est retrouvée assassinée. Ce meurtre relance les
partisans de la peine de mort, mais la dignité de la famille
et l'aide de Jacques Rimbault permettent d'éviter les
débordements qui suivent ce crime odieux. L'assassin est
retrouvé, c'est un voisin, Vincent Kerr. Il sera jugé
quelques mois plus tard et sera condamné à 30 ans
de réclusion criminelle par la cour d'assises du Cher.
On reparlera à Bourges de cet individu, lorsqu'il cherchera
un jour, en vain, à s'évader du Bordiot.
Le style Jacques Rimbault
En 1988, cela fait 12 ans que Jacques Rimbault
est à la tête de la mairie de Bourges. A l'exception
de 1978, il traverse les crises et les élections sans
aucune difficulté.
Il règne sur Bourges.
Le 15 décembre 1983, alors que l'année a été
faste, lors d'un Conseil municipal, c'est l'euphorie pour l'équipe
en place et son maire qui déclare :
"Notre cité a encore une fois montré sa grandeur
et son originalité. Les temps de l'audace et du dynamisme
industriel viennent, les temps viennent où il faut savoir
investir, mesurer les enjeux, leur grandeur, leur difficulté
.
Tout nous permet de passer à une deuxième phase
de notre activité : celle de la percée vers l'avenir".
Dans Bourges, il est incomparable pour
parler aux gens, il sait dire les choses simplement, et chacun
sent qu'il aime sa ville. Il est de la trempe de Laudier autre
Grand Maire qui s'est identifié à "sa"
Ville de Bourges. Il est à l'aise dans la rue, sur les
marchés et aussi dans les "Assises pour Bourges"
où, pendant de nombreuses années, il calme les
demandes de chacun, promettant souvent, expliquant parfois, se
fâchant rarement.
retour
haut de page
1989, au début de cette année,
la France entre dans ce que chacun appelle "les Affaires",
et pendant plus de dix ans, elles ne quitteront plus la première
page des journaux et des magazines. C'est à cette époque,
"l'affaire Péchiney" et les délits d'initiés
qui ont permis à des proches du pouvoir socialiste d'acquérir
à bon prix des actions pour s'enrichir de manière
illégale. Roger-Patrice Pelat, un ami de Mitterrand est
bientôt inculpé.
Mais chacun attend le verdict des urnes
aux municipales qui se dérouleront en France les 12 et
19 mars 1989. A Bourges, la campagne électorale commence
en tout début d'année, mais sans véritable
enjeux, Jacques Rimbault ne peut pas être battu.
La campagne des municipales
de mars 1989
Pour les élections municipales de
1989, c'est presque un " remake " de celles de 1983.
En effet, si la majorité municipale retourne devant les
électeurs avec l'équipe qui fait son succès
depuis 12 ans, à droite, " on reprend les mêmes,
ou presque et on recommence"
. à perdre.
Surprise toutefois avec l'arrivée de deux autres listes,
l'une emmenée par Jacques Grégoire pour les Ecologistes
et la quatrième représente le Front National avec
Jean d'Ogny. Ce dernier intitule sa liste " Bourges ville
française " il affirme : "grâce à
la proportionnelle, nous aurons des élus". Camille
Michel conduit la liste " Un nouvel essor pour Bourges ",
alors que Jacques Rimbault propose la sienne " Bourges union
pour notre Ville " .
En préliminaire à la campagne, Camille Michel interpelle
le Maire de Bourges sur la fraude électorale et M. Rimbault
réplique : " Il n'est pas besoin d'être préfet
de police honoraire pour condamner toutes les fraudes électorales
d'où qu'elles viennent" et de terminer à l'usage
de tous qu'il ne faut pas cultiver la suspicion
..
La Nouvelle République publie dans les jours précédent
le scrutin, une série de reportages et d'articles sur
les principaux thèmes de la campagne.
Gilles Bigot traite la Culture, titrant
sur " la bonne image culturelle de la Ville, avec son Printemps,
sa Maison de la Culture, mais certains équipements ont
été négligés".
Pour les Berruyers, le point noir, c'est la bibliothèque
municipal qui est indigne d'une cité de 80 000 habitants,
cette situation apparaît vraiment comme critique. Quant
aux locaux pour l'Ecole de musique et de danse, ils sont trop
exigus pour les 1200 élèves inscrits. Enfin, le
manque de personnel, aussi bien dans les musées que dans
les bibliothèque est inquiétant. Pourtant, le pourcentage
du budget municipal consacré à la Culture est d'environ
12%, ce qui est considérable. Les succès sont analysés,
comme les Echevins, le CRC, le Muséum, et même les
Ballades à Bourges, " bien que les succès
de ces dernières, de 1988, ont été mitigées".
Le résultat des municipales
: Rimbault " facile "
Les derniers jours de la campagne sont
consacrés aux grandes réunions publiques, celles
de la dernière heure. Au Palais des Congrès, près
de 2000 personnes écoutent et applaudissent la liste de
gauche.
A 5 jours du scrutin, Jacques Rimbault déclare en conclusion
de ce grand meeting :
" Bourges, c'est la cité aux 80 000 acteurs, dimanche,
ce sera un grand enjeu, celui de choisir entre le développement
économique et social, contre l'austérité
et la rigueur".
A droite, devant leurs militants, à la salle des fêtes
de La Chancellerie, Christine Branchu monte au créneau,
" il faut que Bourges brise son isolement économique"
alors que Jean François Deniau veut "mettre fin à
la mainmise du Parti Communiste sur Bourges".
Enfin, Camille Michel l'affirme : "Nous sommes partis pour
gagner", quant il parle de Jacques Rimbault, il le peint
ainsi :
" c'est un homme qui administre Bourges seul, qui décide
de tout".
Au soir du premier tour, le 12 mars, les
résultats tombent, la surprise est considérable
à droite. Si la liste de Jacques Rimbault l'emporte facilement,
un peu comme en 1977 et 1983, c'est l'écroulement de la
liste de Camille Michel, il n'obtient que 27,9%, c'est à
dire 16% de moins que six ans plus tôt. Ce n'est pas une
gifle, c'est une correction. Dans un bureau du Centre Ville il
n'a recueilli que 260 voix contre 708 en 1983.
Les chiffres sont en effet triomphants pour la gauche et consternants
pour la droite :
Jacques Rimbault 15071 voix 54,11% 38 sièges
Camille Michel 7773 voix 27,9% 7 sièges
Jacques Grégoire 2554 voix 9,16% 2 sièges
Jean D'Ogny voix 8,81% 2 sièges
Sur le plan national, c'est le rose et
le vert qui l'emportent, le Front National jouant les troubles
fêtes en entrant, comme à Bourges dans de nombreux
conseils municipaux.
Le nouveau Conseil municipal se réuni
comme prévu le 17 mars 1989 à 18 heures. On remarque
tout de suite l'absence de Camille Michel, le leader de la liste
de droite. Les élections se déroulent sans trop
de surprise, Jacques Rimbault est réélu maire,
et son premier adjoint, le " dauphin " se nomme Jean
Claude Sandrier, alors que beaucoup pronostiquaient Gilbert Camuzat
ou Marguerite Renaudat, ils seront respectivement 4e et 6 adjoint.
Il faut faire en effet une place aux socialistes, Jean Pierre
Saulnier et Bernard Gourdon, ainsi qu'à Edmé Boiché
qui devient troisième adjoint.
Le lendemain, Camille Michel réapparaît
et s'explique face à la presse :
" Je ne suis pas venu à la séance du Conseil
Municipal, car je ne voulais pas être soumis à une
séance humiliante comme en 1983",
il poursuit par ce qui est une petite bombe
, le leader de la droite locale annonce en effet sa démission
:
" Je considère les résultats obtenus par la
liste que j'ai conduite comme un désaveu personnel. En
démocrate je me retire du combat. La politique menée
par le Parti Communiste à Bourges entraîne la ville
sur la voie du déclin, comme c'est le cas de Vierzon depuis
30 ans, Bourges sera vierzonnalisée".
Il est aussitôt remplacé par le suivant de la liste,
un entrepreneur en travaux public, Serge Lepeltier, peu ou pas
connu des Berruyers. Quant au successeur dans le leadership de
la droite, C. Michel dit simplement " je ne peux empêcher
d'autres de prendre le relève", c'est une question
importante que se posent les Etats Major d'une droite encore
sonnée.
Lorsque Jacques Rimbault reçoit la lettre de démission,
il n'est pas très content, Camille Michel va lui manquer,
les joutes oratoires en Conseil municipal étaient de grands
moments pour l'un et l'autre. J. Rimbault déclare à
ce moment : " Cette démission n'est pas un encouragement
pour la démocratie car une semaine après l'élection,
on ne doit pas dire à son électorat " débrouillez-vous,
je me retire "".
Et puis, Jacques Rimbault s'accommodait fort bien d'un Camille
Michel anti communiste souvent primaire, et il devait redouter
la relève, et l'arrivée d'un vrai " parachuté
", un ministre ou celle d'un homme plus local mais qui saurait
s'imposer avec patience et pugnacité, c'est ce second
cas qui se produira avec Serge Lepeltier.
Dans un coin du journal apparaît en effet la photo floue
de ce nouveau conseiller municipal, âgé de 35 ans.
Il est diplômé de HEC, habite le Val d'Auron et
possède l'étiquette RPR.
L'Hôpital: première
pierre!
Le 2 novembre 1990 est posée la
première pierre du nouvel hôpital de Bourges, afin
de remplacer les bâtiments de la rue Gambon. Sont présents,
l'architecte Paul Phelouzat, Jacques Rimbault, le préfet
Roland Hodel, le député Alain Calmat, et Christiane
Coudrier directrice du Centre hospitalier et véritable
" maître d'uvre " de l'opération.
Chacun a conscience du chemin fait, en particulier au niveau
des financements, mais il reste encore beaucoup à faire
: 5 années de travaux, et quels travaux !
Deux années plus tard, la construction
de l'hôpital de Bourges avance. Le préfet Roland
Hodel fait une visite de chantier le 10 juin 1992, en compagnie
de la directrice Christiane Coudrier. C'est pour le ministère
de la santé, le plus gros chantier de France, rappelle
le préfet, le gros uvre à lui seul représente
30 000 M3 de béton. Par contre, la directrice s'inquiète
des aspects financiers. M. Hodel est confiant, "Si l'Etat
a subventionné les deux phases de la première tranche
de 110 MF, il sera au rendez-vous pour la deuxième et
troisième tranche qui se termineront en 1994
."
Il balaie ainsi les craintes du maire Jacques Rimbault alors
que Mme Coudrier demande " d'avoir rapidement l'arrêté
de subventionnement afin qu'il n'y ait pas rupture de continuité
dans le chantier. La tranche suivante devant débuter en
janvier 1993".
L'ensemble du coût de l'hôpital représente
la somme astronomique de 500 MF.
Le mur de Berlin tombe,
Bourges tremble
La fin de l'année 1989 marque un
tournant du monde avec l'éclatement de l'URSS. Le symbole
le plus visible est la chute du mur de Berlin, le 10 novembre
1989. C'est un bouleversement géo politique que peu de
gens ont prévu, et nul ne mesure les conséquences
pour la vie de tous les jours dans nos pays démocratiques.
Plus tard les Berruyers comprendront l'influence de la fin de
la guerre froide sur l'économie locale. La mono-industrie
de l'agglomération berruyère avait donné
du travail pendant 120 ans à des familles qui entraient,
de père en fils dans les "Etablissements Militaires",
c'est à dire, l'EFAB, l'ETBS, EX. Luchaire, le MCRO ou
l'Aérospatiale.
La chute du mur, avec la fin de la guerre froide débouche
sur un bouleversement radical du marché de l'armement.
Les fabricants de chars d'assaut ou de missiles perdent une grande
partie de leurs clients. Progressivement, les Russes "bradent"
pour des pays d'Afrique ou d'Asie, les matériels de guerre
qu'ils avaient en surplus.
Mais ces industries étatiques avaient "les reins
solides", et chacun pense que rien ne se passera de négatif.
Sur le plan politique, lorsque l'on demande aux Berruyers, à
l'automne 1991 : "compte tenu de l'effondrement du système
communiste dans les pays de l'Est, votre opinion sur M. Jacques
Rimbault, maire communiste de Bourges, s'est-elle plutôt
améliorée ou plutôt dégradée
?", la réponse est sans ambiguïté, 17%
répondent que leur opinion s'est améliorée,
14 % dégradée et 69% déclarent que rien
n'a changé.
A la mi-1990, c'est à dire six mois
après la chute du mur, un autre événement,
loin de Bourges porte le glas de nos industries triomphantes.
Le 2 août 1990, les troupes irakiennes envahissent le Koweït,
son voisin. Pays de pétrole pouvant mettre en danger l'économie
mondiale, c'est sous le couvert de l'ONU, une réplique
organisée et forte des Etats Unis, avec l'assistance des
pays de l'Europe dont la France.
Cette crise majeure, avec toutes les rumeurs sur la guerre chimique
ou bactériologique touche la population. Ainsi, parmi
les otages, prisonniers à Bagdad, figurent plusieurs technicien
de l'Aérospatiale de Bourges. Ils seront relâchés
par Saddam Hussein à l'automne.
Beaucoup, à Bourges, connaissent bien l'Irak et la Koweït,
ce sont " nos meilleurs clients ". Saddam Hussein a
beaucoup acheté : des canons, des camions et surtout des
missiles. L'Irak possède des "Milan", des "Gazelle"
équipées du missile Hot, mais aussi des systèmes
d'armes "Roland" depuis la guerre Iran - Irak, et enfin,
des Exocet et des AS30. L'Irak fait vivre la division missiles
d'Aérospatiale depuis une dizaine d'années, et
les bénéfices réalisés ont permis
de développer et de fabriquer à Toulouse
..
les Airbus !
La guerre du Golfe se termine au début
de 1991 par les bombardements massifs de l'Irak. Les conséquences
pour les industries d'armement de Bourges sont redoutables. La
France perd un "très bon client", quant aux
américains, ils ont gagnés la guerre et restent
sur place pour faire du commerce. Après le temps de la
guerre, c'est celui du business, ils vendent leurs matériels
de guerre à bas prix
. Et la France ne vend plus
grand chose.
Les industries d'armement locales souffrent,
c'est la perte des emplois et les plans sociaux qui se succèdent.
Ainsi Aérospatiale passe à Bourges, en 10 ans de
3000 à moins de 2000 employés. Le refus pour cette
firme de poursuivre la construction de sous ensembles d'avions
est alors une erreur grave. Sur le plan syndical et politique,
c'est le temps des motions, des interventions, des défilés,
mais rien de très efficace.
Le mirage de la diversification qui a de
nombreux partisans du côté de la municipalité
de gauche est un leurre. Les chariots élévateurs
du GIAT ne sont pas concurrentiels. La ville s'enfonce dans la
crise, avec le départ des jeunes qui ne trouvent plus
d'emplois sur place.
Il faut attendre 1995 pour que les Berrichons prennent conscience
que les industries d'armement n'ont plus d'avenir, il sera possible
d'en conserver une partie, car il y a des moyens, des bâtiments
et des compétences, mais un développement est désormais
exclus. En attendant, la municipalité de Jacques Rimbault,
reste sur le petit nuage du résultat des élections
municipales de 1989 et JR est au sommet.
Le 1 er sondage local,
J. Rimbault super star
L'année 1991 est particulièrement
faste pour le maire de Bourges, le sport, avec le FCB est au
sommet, après avoir battu les Girondins de Bordeaux en
Coupe de France, le 3 avril, par le score de 1 à 0, le
but étant marqué par Meudic. La presse va titrer,
" Bourges dans la légende de la Coupe ", et
ce sont des milliers de Berruyers qui vont sillonner les rues
de Bourges, avec champagne et klaxon, un grand moment de bonheur.
les 1/16 ° de finale se déroulent au Parc des Princes
où le FCB affronte le Paris Saint Germain, et c'est la
fin de la belle aventure. Les Boudouen, Chafretoux, Lestrade
et Chavanon ont vécu une belle et superbe année,
l'entraîneur Alain Michel est fier de tous ses joueurs.
L'inauguration du stade des Grosses plantes prévue quelques
semaines plus tard, le 29 juin est un sommet du foot local.
Le mois d'avril 91 est particulièrement
chargé en inaugurations avec la bibliothèque du
Val d'Auron, l'Hôtel de Bourbon, la base d'aviron sur le
lac d'Auron, la Maison pour tous des Pressavois et le 28 avril,
l'inauguration du marché couvert de la place St-Bonnet.
C'est dans cette période faste que JR devient " la
star de Bourges ", toutes opinions politiques confondues.
Il est assez rare que des sondages locaux soient menés
de manière sérieuse, tout simplement parce qu'ils
sont très onéreux. Fin octobre 1991, le quotidien
"La Nouvelle République" commande à la
société ARSH un sondage sur 500 personnes de plus
de 18 ans dont la résidence principale est située
à Bourges, selon la méthode des quotas.
Les résultats montrent une ville
en totale adéquation avec son maire. 61% des réponses
affirment qu'ils ont une bonne opinion du maire et 16 % mauvaise,
et parmi ceux qui ont voté pour Camille Michel en 1989,
ils sont 53% à avoir une bonne opinion de Jacques Rimbault
contre 38% plutôt mauvaise. Même à droite,
les Berruyers plébiscitent JR !
Sur le plan de la notoriété,
Jacques Rimbault arrive largement en tête des hommes politiques
locaux les plus cités avec 77% contre seulement 24% à
Jean François Deniau et 15% à Alain Calmat. Il
bat largement ses alliés et amis puisque Jean Pierre Saulnier
ne recueille que 6%, Gilbert Camuzat et Marguerite Renaudat 4%.
Cela signifie qu'il n'y a pas grand monde derrière le
maire, Jean Claude Sandrier, ne recueille que 2%, le futur chef
de file de la gauche locale, et futur maire de Bourges n'est
pas encore très connu.
Sur l'action municipale, c'est un sondage instructif, la culture
arrive largement en tête de la satisfaction des sondés,
puis c'est l'écologie, avec le fleurissement de la ville
et l'embellissement du lac d'Auron, en fin de liste et donc au
dessous de la moyenne figure la circulation avec 41% et la fiscalité
qui obtient 29% ce qui est assez courrant dans ce type de sondage.
Chiffre plus surprenant, les 45% obtenu avec le social, c'est
"assez consternant pour une municipalité de gauche"
note le journaliste dans ses commentaires. C'est sans doute le
résultat du contexte économique général
qui n'est pas très favorable et de Bourges avec ses industries
d'armement.
Populaire, super star, mais sans dauphin
proche, Jacques Rimbault est bien le chef incontesté,
le patron de Bourges et le titre de la page est évocateur
:
Dans ces années 1990, les projets
de la municipalité sont nombreux, le succès de
1989 permet toutes les initiatives et les idées fusent.
On retrouve ainsi, en vrac des projets qui se réalisent
assez vite comme la salle d'escrime du Complexe Sportif ou le
projet immobilier de la Place Malus, d'autres qui seront réalisés
10 ans plus tard, par une autre équipe municipale comme
l'aménagement de la rue Henri Laudier, ou de la place
Etienne Dolet, d'autres qui sont encore dans les cartons, c'est
le cas de l'aménagement des entrées de Ville, ou
la construction de la nouvelle école de Musique. Enfin
des projets qui mourront de leur belle mort comme la réflexion
sur la place Cujas avec un projet de parking souterrain ou les
Thermes du Val d'Auron
.
C'est dans le domaine du développement
économique que la municipalité subit le plus de
critiques. C'est l'époque, dans les années 1990,
où les "grosses entreprises locales" commencent
"à dégraisser", c'est à dire à
se séparer de leur personnel sans nouvelle embauche. Le
maire de Bourges, Jacques Rimbault consacre un numéro
de " Bourges notre ville ", dans lequel, il affirme
"que le rôle d'une municipalité est forcément
limité et qu'elle n'a pas tous les pouvoirs".
Il revient sur les problèmes du moment, à savoir
l'implantation à venir d'un hypermarché Mammouth
sur la zone du PIPACT, à la fureur des commerçants
du Centre Ville. Rimbault s'en prend au Ministère du Commerce
"qui accorde à Mammouth le droit de s'implanter au
PIPACT avec, certes, une surface beaucoup moins importante que
celle prévue au préalable
."
..
et la bataille du Mammouth fait rage. Le Maire avance des arguments
en répétant "qu'une municipalité ne
peut malheureusement pas tout", il répond à
ses détracteurs qui affirment qu'une municipalité
peut retarder ou empêcher des projets : " c'est faux,
dit le maire, à plus forte raison lorsque les règles
de l'urbanisme sont respectées". Et de prendre l'exemple
de la transformation de Aubrun-Meuble, avenue Henri Laudier en
bureaux du secteur tertiaire. Finalement Mammouth s'en ira ailleurs
après des recours auprès du ministre et une belle
résistance des commerçants du Centre Ville.
Parmi les grands projets de cette époque, figure celui
de la réfection de la rue Moyenne, avec pour conséquence
un nouveau Plan de circulation. Toucher à ce symbole de
la rue Moyenne est toujours un exercice risqué. En 1990,
un sondage local montre qu'une faible majorité de la population
et des commerçants sont favorables à une rue Moyenne
" semi-piétonne à circulation montante ",
beaucoup étant partisans d'une rue semi-piétonne,
mais à circulation descendante ! Certains étant
aussi d'accord pour une rue totalement piétonne, et d'autres
enfin, favorables pour " ne rien changer ". Bref, autant
d'avis que de Berruyers, et aucun projet ne semble l'emporter
à une forte majorité. Il faut donc que la ville
tranche, et le projet d'une rue Moyenne semi-piétonne
est retenu, avec de larges trottoirs, comportant un axe pour
les voitures et les bus, dans le sens de Cujas vers Séraucourt
avec une interruption rue Victor Hugo, c'est à dire ne
débouchant pas sur la place André Malraux, ce qui
sera une erreur, rattrapée plus tard.
Les travaux se déroulent dans l'été
1991, et c'est particulièrement impressionnant. Pour beaucoup,
" c'est Beyrouth au lendemain des bombardements". La
gêne est certaine, et comme toujours mal vécue par
les commerçants, mais il n'y avait pas d'autres solution,
il faut bien que les travaux se fassent, quant à la période
d'été, c'était un choix.
Pour le maire " 1992 restera marquée par le chantier
du siècle concernant la première rue du département,
il fallait tout de même un sacré culot pour entreprendre
cette transformation en confort piétonnier", et de
s'opposer à Jacques-Louis Tabare qui lance une polémique,
au milieu de l'été sur les délais non tenus
suite au manque d'approvisionnement en pavés.
L'inauguration se déroule le 3 octobre 1992. Et le résultat
est diversement apprécié, le confort piétonnier
est unanimement applaudit. Par contre, les matériaux en
granit gris donnent une esthétique sombre, peu en rapport
avec la ville qui est construite à base de calcaire clair.
Le mobilier urbain, avec les candélabres fleuris font
généralement l'unanimité. L'absence de piste
cyclable est regrettée par les amateurs du vélo
en ville.
Paradoxalement c'est le manque de parking en Centre Ville qui
reste la préoccupation numéro un des Berruyers.
Le parking Mairie à peine terminé, il manque encore
du stationnement tant l'accroissement du nombre de voitures est
important. L'opposition, et en particulier Serge Lepeltier plaide
pour un parking sous la place Cujas. En mars 1991, à la
surprise générale, Jacques Rimbault qui évoque
de futurs parking à Saint-Bonnet et à Avaricum
trouve que faire un parking sous Cujas, " ce n'est pas idiot",
et il ajoute "c'est possible surtout quant on est en train
de faire le tunnel sous la manche
. Et d'en faire la relation
avec Avaricum". Sur cette affaire de Cujas, Gilbert Camuzat
est plus prudent que son chef de file, il ajoute à l'attention
des commerçants "et je le dis sans animosité,
que, s'il y avait un si grand besoin de places de parking en
centre-ville, il me semble que les unions commerciales auraient
pu utiliser un peu plus d'un point de vue proportionnel, ces
330 possibilités de stationnement".
Parmi les difficultés de l'époque, se situe l'épisode
de la construction de l'hôtel de Bourbon. Il s'agissait
d'une ruine, régulièrement squattée et qui
appartenait à la Ville, laquelle ne savait trop qu'en
faire.
Lorsque se précise le projet pour en faire un hôtel,
ce fut le scepticisme général, comment tirer quoi
que ce soit de ces quelques murs encore en place ? le débat
va provoquer une colère de l'adjoint à la Culture,
Philippe Goldman qui s'insurge, non pas contre une réhabilitation
de l'édifice, étant " très favorable
à la réutilisation du bâtiment", mais
sur le fait que "le site aurait mérité une
fouille archéologique, il contient un substrat de l'époque
gauloise. Il a été ensuite occupé par l'abbaye
Saint-Ambroix." et comme historien local, il terminera son
propos par ces mots sans nuance : "c'est un saccage archéologique
et un ratage architectural".
La Nouvelle Mairie et les
critiques
Dans les grands travaux de Jacques Rimbault
figure en bonne place la construction d'une nouvelle mairie,
le palais des archevêques étant devenu trop petit.
Dans un premier temps, les Berruyers découvrent en guise
de mairie, d'impressionnantes fouilles archéologiques.
Dans le haut de la rue Moyenne, c'est un trou immense sur les
restes de la "Grosse Tour de Bourges", démolie
par Louis XIV. Ce chantier dure 2 ans, il est exemplaire par
son aspect didactique, des panneaux permettent aux passants de
voir l'avancement des fouilles et les premières découvertes
archéologiques. Quelques années plus tard, un livre
racontera " La vie à l'époque de La Grosse
Tour ". Et bientôt les fouilles laissent la place
à la construction de cet édifice dont la modernité
surprend.
C'est un vendredi 13, au mois de mars 1992 qu'est inaugurée
la nouvelle mairie de Bourges. De l'avis du rédacteur
d'un journal local, jamais, la rédaction n'avait autant
reçu de lettres de lecteurs mécontents de ce nouvel
édifice.
Les critiques portent essentiellement sur l'emplacement choisi
pour cette bâtisse à l'architecture futuriste dans
un environnement proche de la cathédrale. La contestation
est générale, les rares partisans admettent que
l'architecture en cargo n'est pas laide,
"mais ailleurs,
et surtout pas si prêts de la cathédrale".
Deux étages, des formes en lignes courbes, beaucoup de
verre, quatre niveaux de parking en sous-sol, un intérieur
très volumineux, c'est un ouvrage comme on en voit
à Paris.
Un sondage réalisé montre que 50% des personnes
interrogées sont d'accord pour une nouvelle mairie, mais
81% estiment qu'elle n'est pas en harmonie avec le centre-ville
et presque autant qu'elle ne s'intègre pas avec le site
de la cathédrale.
Quant au bâtiment lui même de l'architecte Claude
Vasconi, 53% trouvent l'architecture belle et seulement 20% l'estiment
laide. Enfin, 70% des personnes affirment qu'elle donne une allure
plus moderne au centre ville.
Le 31 mars 1992, se tient pour la première
fois dans le nouvel Hôtel de Ville le Conseil Municipal.
Il suit une élection cantonale, c'est l'occasion pour
Jacques Rimbault de fustiger ses adversaires, qui doivent "
être beaucoup plus en permanence, sur le terrain, et moins
ailleurs" , le terrain, c'est sans doute la recette du succès
de JR. Il ajoute : " Et puis, Bourges n'est pas une fille
de joie que l'on prend. Bourges est une grande dame que l'on
respecte et que l'on sert, contrairement à tous ceux qui
voudraient s'en servir" .
La Mairie contestée, entre au fil du temps, dans le cadre
de vie des Berruyers.
Bourges
Démocratie
C'est en octobre 1991 que plusieurs opposants
à Jacques Rimbault commencent à faire entendre
leur voix, et autour de Jean Pierre Saulnier et Alain Philippe
se constitue une association qui prend pour nom "Bourges
Démocratie", afin de réfléchir et proposer
davantage de démocratie dans les décisions à
prendre.
Très vite, cette association se
structure avec des réunions thématiques et elle
est en mars 1992 composée de plus de 300 adhérents.
Il y a des socialistes dont le pouvoir
communiste du maire et de sa garde rapprochée commence
à être trop pesante, comme Irène Félix,
mais aussi des personnes de la société civile comme
Jean Yves Ribault. Pour ma part (Roland Narboux), je vais participer
à de nombreuses réunions de débats sur les
sujets les plus divers concernant la vie de la cité.
Jacques Rimbault malade
En ce début d'année 1992,
Bourges va bien, la vie tranquille de tous les jours. C'est alors
qu'une information inquiétante traverse la Ville, "JR"
est à l'Hôpital.
Le 14 janvier 1992, Jacques Rimbault est hospitalisé dans
le service de neuro chirurgie de la Pitié Salpétrière
à Paris dans les services du professeur Denis Fohanno.
Le 21 janvier, un communiqué précise que "l'état
du patient est stable", puis que " les jours de M.
Rimbault ne sont pas en danger" et enfin "qu'il n'y
a aucune raison de l'alarmer".
C'est en début d'après midi à l'issue d'une
réunion de travail que le maire de Bourges, a été
victime, dans son bureau, d'un malaise.
Quelques jours plus tard, comme toujours
à cette époque avec les hommes politiques malades,
c'est le silence, pour ne pas dire plus. Rémy Perrot déclare
" Jacques n'est pas en danger
A ce jour, les examens
succèdent aux examens. Ils n'ont rien révélé
d'alarmant. Le comble depuis qu'il est hospitalisé, c'est
qu'il a une légère affection pulmonaire
.".
Chacun se veut plus rassurant que son voisin, alors que de nombreux
élus, de la majorité comme de l'opposition "déplorent
le manque d'information sur l'état de santé du
maire de Bourges".
Plus tard Jacques Rimbault évoquera les premiers instants
de son malaise :
"Une fois sur le brancard, je ne me suis aperçu de
rien. Ca a été le trou noir. Je ne me souviens
pas de mon transport à l'hôpital de Bourges, du
tubage, ni de mon évacuation vers La Pitié-Salpétrière.
J'ai repris vraiment connaissance que le dixième jour".
Sur le plan municipal, c'est le premier
adjoint qui remplace le maire dans toutes ses fonctions en cas
d'empêchement du maire, selon l'article L122 13. Et c'est
ainsi que Jean Claude Sandrier prend provisoirement la fonction,
en attendant le retour "du patron".
Après des moments difficiles, et
contre l'avis de ses médecins, Jacques Rimbault reprend
avant l'été 1992 ses activités municipales.
Le samedi 13 juin 1992, c'est l'inauguration de la Foire de Bourges,
avec un " échange musclé " entre le maire
Jacques Rimbault et le préfet Roland Hodel, ce dernier
faisant remarquer qu'il n'avait pas été invité
à la manifestation
.
Le député-maire, évoque la future médiathèque
en chantier en réclamant "des moyens suffisants"
pour résoudre la "crise profonde qui marque notre
société".
Les législatives
de mars 1993
Au niveau national, le Président
de la République, François Mitterrand, en "fin
de règne", est malade, il souffre d'un cancer de
la prostate ce qui fait dire à beaucoup qu'il ne terminera
pas son second septennat. Le gouvernement est aussi à
bout de course. Pierre Bérégovoy ? s'empêtre,
lui aussi, dans des " d'Affaires politico financières
"
Le département du Cher est découpé
en trois circonscriptions. La ville de Bourges aussi. On a Bourges-Vierzon
avec Jacques Rimbault pour député, un tracé
sur mesure pour la gauche et le Parti Communiste. Inversement
Bourges, le pays Fort et Sancerre, sont tracés pour la
droite, c'est le fief de Jean François Deniau que Maxime
Camuzat veut conquérir. Enfin, Bourges, le Boischaud et
Saint-Amand, est plus indécis. Le siège est détenu
par le socialiste Alain Calmat, il est visé par Jean Claude
Sandrier pour le Parti Communiste et Serge Lepeltier pour la
Droite.
Premier tour, qui se déroule le
21 mars 1993, et première surprise. La NR Titre "Coup
de tabac dans la Cher". Le Parti Socialiste s'effondre,
avec en premier lieu Alain Calmat qui est dans une situation
désespérée avec 20% des suffrages face au
RPR Serge Lepeltier qui a 34% des suffrages, quant à Jean
Claude Sandrier, il n'obtient que 14%.
Il n'a manqué de 221 voix pour Jean François Deniau
afin d'être élu au premier tour, et la grande surprise,
c'est le "mano à mano" de Frank Thomas Richard,
et de Jacques Rimbault, tous deux à 28% alors que Jean
Rousseau, maire de Vierzon ne fait pas 10%.
Le second tour est rude, mais le Cher envoie au Palais Bourbon
trois députés de droite, Deniau, Lepeltier et Thomas
Richard,
Le pays se retrouve dans les derniers jours
de mars 1993 avec un Président de gauche, François
Mitterrand, et un gouvernement de droite, le premier ministre
étant Edouard Balladur. Parmi les "poids lourds",
Juppé, Léotard, Sarkozy et Bayrou. Jean François
Deniau n'est pas ministre contrairement aux pronostics
"il a donné, beaucoup donné".
Le premier Conseil municipal qui suit ces
élections est intéressant. Jean Claude Sandrier
remplace Jacques Rimbault et commence son propos "en saluant,
au nom de la Majorité municipale le courage de notre maire,
Jacques Rimbault, d'avoir voulu tenir et d'avoir tenu sa place,
malgré sa santé, dans une bataille toujours difficile.
Les Berruyers sauront, je le sais, apprécier son courage".
Et le premier adjoint de rappeler l'action
de député du maire, avec l'autoroute A 71, l'hôpital,
une rue Moyenne rénovée, et la poursuite du Printemps
de Bourges.
Puis il se tourne vers le nouveau député du Cher,
conseiller municipal, Serge Lepeltier :
"Parce que nous devons, plus que jamais faire vivre la tolérance,
parce que pour nous la démocratie doit être partout
et en tout, j'adresse mes félicitations au nom du Conseil
municipal, à notre collègue S. Lepeltier pour son
élection".
Et chacun en ce printemps 1993 est à
l'affût de l'évolution de la santé de "JR",
un il rivé sur les municipales prévues en
1995.
1993, c'est pour la France une année
électorale, avec des législatives qui pourraient
marquer le retour à une nouvelle cohabitation. Les temps
sont difficiles pour le pouvoir socialiste en perte de vitesse.
Les " affaires " se succèdent et la santé
du Président Mitterrand n'est pas bonne, il est atteint
du cancer et beaucoup pensent qu'il ne terminera pas son septennat.
Dans le monde, Georges Bush est président des Etats Unis
et Boris Elstine maître de la Russie. Une opération
"mains propres" se développe en Italie et l'Algérie
commence une dérive Islamique.
La fin de Jacques Rimbault
Depuis plusieurs mois, chacun savait que
leur maire ne reviendrait plus aux affaires, mais les progrès
de la médecine sont tels que certains pensaient qu'il
"s'en sortirait".
La mort de Jacques Rimbault intervient le mercredi 19 mai 1993
à 2 heures du matin, un an et demi après son premier
malaise cérébral. L'annonce est ressentie avec
peine par la population. L'événement n'est pas
une totale surprise, " on s'y attendait " et la majorité
des Berruyers ont du chagrin. Ils pleurent leur maire, cet homme
était si proche d'eux, si actif, et il avait travaillé
jusqu'au bout pour sa cité. Ils sont des milliers à
venir se recueillir devant sa dépouille mortelle.
Les obsèques se déroulent
le samedi 22 mai 1993, place Etienne Dolet, en face de la mairie.
Tout le milieu politique local est présent, le Conseil
municipal au grand complet, emmené par Jean Claude Sandrier,
Marguerite Renaudat et Gilbert Camuzat, le préfet Victor
Convert mais aussi les députés de droite, comme
Jean François Deniau, Serge Lepeltier et Frank Thomas-Richard,
ainsi que les deux sénateurs, Serge Vinçon et Jacques
Genton. Sur le plan national, Georges Marchais représente
le Parti Communiste, il est accompagné d'une forte délégation
comprenant Robert Hue et Jean Claude Gayssot.
"Des obsèques sobres, dignes
et recueillies".
Jean Claude Sandrier élu maire de
Bourges
Jean Claude Sandrier se retrouve maire
de la ville le 2 juin 1993. Son premier adjoint est Gilbert Camuzat,
le second, Jean Pierre Saulnier, puis suivent une dizaine d'adjoints
tels Edmé Boiché, Bernard Gourdon, Marguerite Renaudat
etc
Dans une interview donnée à
La Nouvelle République, le 30 novembre 1990, à
la veille du congrès nationale du Parti Communiste, le
maire de Bourges évoque le communisme, son unique voyage
à Moscou, et les dogmes qui s'effacent les uns après
les autres :
"En 20 ans, on s'est débarrassé de la dictature
du prolétariat, aujourd'hui, c'est le centralisme démocratique
que l'on efface. La société française a
changé et le Parti s'est greffé sur ce tissu en
mutation".
Dans ce portrait de Dominique Hérault,
Jean Claude Sandrier se confie sur des sujets très personnels,
comme la religion, " pour moi, il n'y a rien avant ni après
la vie mais je respecte la liberté de penser", et
il ajoute comme pour s'excuser : " je possède tout
de même une bible ". Dans ce portrait, apparaît
Claudette sa compagne, qui est souvent à ses côtés.
Il parle de ses loisirs, aime les émissions de variétés
à la télévision, et possède une belle
collection de disques des Beatles. Sa couleur préférée
est le
bleu et il n'aime ni les carottes ni les concombre
!
Jean Claude Sandrier discute beaucoup sur le moyen de faire face
à la baisse des marchés d'armement. Il suggère
en août 1993 que 1% du budget de la Défense soit
affecté " à la conversion des sites"
et il demande un directeur de projet pour le Centre de sécurité
civile.
Lorsqu'il prend les fonctions de premier
magistrat de la commune de Bourges, Jean Claude Sandrier commence
à être véritablement connu. En homme discret,
dans l'ombre de J. Rimbault, il ne s'est jamais mis en avant.
Il travaille beaucoup ses dossiers, et comme tout ancien des
Etablissements militaires, il en prône la reconversion.
Ses interventions concernent souvent le Pôle de la Sécurité
civile, Sécure et la diversification.
Pour lui, " Bourges digère mal la délocalisation
ratée de l'ONF
. Pas question de se laisser faire
! Il s'agit de récupérer les 250 emplois de l'ONF"
. Il propose de délocaliser les services de la Sécurité
civile et, " pourquoi pas, la direction de la Musique et
de la danse", qui dépend du ministère de la
culture.
Jean Claude Sandrier prend
les rênes
Dans son premier discours comme maire,
Jean Claude Sandrier, évoque la mémoire de son
prédécesseur à qui le 22 mai, "la municipalité
a prêté un serment : celui d'être fidèle
à Jacques Rimbault, à sa ville, à son action
comme il voulait que nous le restions
"
Puis le nouveau maire parle de Bourges, de la démocratie,
et des projets qui sont en train de se finaliser comme "un
nouvel hôpital, une médiathèque moderne,
des équipements sportifs et de loisirs performants
.
Ces atouts et ce dynamisme confortent la place de notre cité
et de son agglomération comme troisième pôle
Régional".
Il ajoute :
"Nous continuons sur ce chemin de la démocratie.
Pas seulement celle qui donne la parole à chacun d'entre
nous une fois tous les 5 ou 6 ans, mais celle plus riche, plus
féconde qui donne la parole à chacun tous les jours
et sur tout".
Il termine en proposant au Conseil municipal,
au nom de la majorité : "de donner au Stade dit "des
Grosses Plantes" le nom de Jacques Rimbault, de plus, une
artère de Bourges portera le nom de Jacques Rimbault et
une autre, celle de Pierre Bérégovoy".
L'opposition, par la voix de Serge Lepeltier signale pour commencer
qu'elle ne propose pas de candidat, puis le député
et conseiller municipal évoque "la légitimité
de Jacques Rimbault qui dépassait largement celle du seul
Parti Communiste, uni à ce qui reste du Parti Socialiste.
Le maire d'une ville est en quelque sorte le "rassembleur"
qui prend en compte l'ensemble des préoccupations des
habitants de la ville".
Au fil des mois, Jean Claude Sandrier développe ses projets,
et c'est ainsi que le 24 juin 1993, il parle du Plan régional,
dans lequel on note " la réalisation dans les 5 ans
d'un tronçon autoroutier Bourges- Nevers permettant d'accéder
à l'autoroute Auxerre Troyes
." un projet capital
pour Bourges, mais en attente
. en 2001 !
Un an après la disparition de son
prédécesseur, Jean Claude Sandrier présente
à la presse quelques uns des grands dossiers de la ville,
la campagne électorale des prochaines municipales de 1995
est lancée.
Dans les projets, le financement à mi-temps d'un Directeur
de projet pour Sécure est obtenu. Il s'agit de la reconversion
des industries d'armement, avec l'élaboration d'un grand
projet sur "la sécurité". Des rencontres,
réunions, accords avec des villes européennes sont
réalisées, mais cela apparaît pour beaucoup
comme un leurre, car il n'y a pas de concrétisation, autres
que des emplois et postes de fonctionnaires.
Il évoque aussi le tourisme avec la nomination, pour la
première fois à Bourges d'un poste de Directeur
du Tourisme. Puis c'est le projet, de la création d'une
classe chanson à l'Ecole Nationale de musique, du lancement
du musée des Meilleurs Ouvriers de France et de constater
que " Malgré les difficultés économiques,
le dynamisme de Bourges ne se dément pas".
C'est à cette époque qu'une
structure "extra- municipale", "Bourges Démocratie",
avec comme leaders Jean Pierre Saulnier et Alain Philippe travaille
et réfléchit sur les grands problèmes de
la ville. Ce "club de réflexions" comprend des
gens du Parti Socialiste, du centre gauche et de " la société
civile ". Ils ont la volonté de présenter
aux prochaines municipales une liste entre le Parti Communiste
et la Droite.
Cette aventure de Bourges Démocratie, c'était la
troisième voie, plus conforme selon leurs adhérents
aux attentes des Berruyers, las de la politique politicienne
et des "affaires".
Ce n'était qu'une vue de l'esprit.
Quant à la Droite locale, lors des
Conseils municipaux de 1993 et 1994, elle monte en permanence
au créneau et la disparition de Jacques Rimbault change
le contexte politique. Les duels entre Jean Claude Sandrier,
maire, conseiller général et Serge Lepeltier député
et conseiller régionale depuis l992, sont de plus en plus
fréquents.
Le 24 juin 1993, les deux hommes s'affrontent
sur le Plan régional. Pour le maire de Bourges, "tout
est vague et flou", son opposant se dresse comme un défenseur
de la politique de la région. Quelques mois plus tard,
on retrouve les propos du maire de Bourges fustigeant la politique
nationale du gouvernement de droite.
En mars 1994, se déroulent à
un an des prochaines échéances municipales, le
renouvellement de plusieurs canton du Cher. Se présentent
les deux chefs de files du RPR et de l'UDF, tous deux députés,
Serge Lepeltier et Frank Thomas Richard. Dans un premier temps,
ils sont tous deux candidats sur le même canton, Bourges
2, situé dans la circonscription du député
UDF, Jean François Deniau. Face au désordre que
ce duel fratricide aurait engendré, Frank Thomas Richard
s'en va dans un canton "sans problème", mais
loin de Bourges, Lury sur Arnon. Serge Lepeltier quant à
lui, ne se présente pas, comme cela semblait logique sur
le canton de Bourges 3, tenu par Marguerite Renaudat, ne voulant
pas abîmer son image dans un combat plus que difficile.
Serge Lepeltier se présente et l'emporte à Bourges
2, mais à Lury, Frank Thomas Richard se retrouve en face
d'un candidat local "sans étiquette", soutenu
par le RPR, Rémy Pointereau. Le combat est rude et la
faconde du député ne suffit pas à convaincre
les électeurs berrichons
.. qui envoient à
l'Hôtel du département R. Pointereau qui s'est maintenu
au second tour, alors qu'il était devancé de 14
voix par Frank Thomas Richard.
A cette époque, à l'automne
1993, Denis Daumin de La Nouvelle République écrit
:
" la rumeur attribue à Serge
Lepeltier un strapontin ministériel à la faveur
d'un prochain remaniement du gouvernement. "
L'hôpital de Bourges
est inauguré
S'il est une structure intéressant
potentiellement tous les Berrichons, et qui était attendu
depuis plusieurs décennies, c'est bien le nouvel hôpital
de Bourges. Quelques jours avant l'arrivée des premiers
malades transférés de l'Hôtel Dieu, un difficile
exercice de logistique qui s'étale sur la seconde quinzaine
de novembre 1994 se déroule une porte ouverte à
laquelle le public est invité en avant-première
les 5 et 6 novembre 1994. Ils seront 15000 personnes à
faire la visite de la porte ouverte " d'un monument impressionnant
".
Les personnalités locales, avec Jean Claude Sandrier en
tête, visite l'édifice durant deux longues heures.
Le maire de Bourges déclare :
"
. Je veux rendre hommage à Jacques Rimbault,
à sa ténacité passionnée, qui a su
vaincre ce qui retenait, qui a su anticiper les décisions
à venir. Merci à Alain Calmat qui contribua à
obtenir de l'Etat les financements intermédiaires si nécessaires
pour la continuité de l'opération ; merci à
Paul Phelouzat, aux deux directeurs, au corps médical
et au personnel qui ne ménagèrent pas leur soutien".
Parmi les artisans qui ont "faits et construit" ce
magnifique édifice, la directrice Christiane Coudrier
fut en première ligne. Femme exemplaire et compétente,
rigoureuse et humaine, elle marquera de son empreinte jusqu'à
la date de son départ de Bourges pour le CHU de Reims
en juillet 2000, la ville de Bourges.
Elle parle ainsi de " son " hôpital :
" Les locaux mis en service en novembre 1994 répondent
à la volonté de regrouper sur un même site,
dans un établissement fonctionnel et esthétique,
tous les moyens susceptibles d'améliorer l'accueil des
patients et la qualité des soins ainsi que les conditions
de travail du personnel. Ils sont par ailleurs conçus
de façon suffisamment souple pour garantir l'adaptation
du cadre bâti aux évolutions technologiques. Aussi
moderne soit-il, un Hôpital vit et se transforme".
Paul Phelouzat a été l'architecte
de l'édifice, assisté du cabinet Acanthe, il est
largement applaudit, lorsque son nom est prononcé par
Jean Claude Sandrier dans son discours, et c'est vrai que le
bâtiment est tout à fait remarquable sur le plan
de l'esthétique, de la lumière et surtout de la
fonctionnalité.
L'hôpital a une capacité globale de 914 lits dont
668 dans le nouvel hôpital, les 246 autres étant
à "Taillegrain" pour les personnes âgées
dépendantes. Au total, sur 53 000 mètres carrés,
les activités sont regroupées en 3 pôles,
le hall principal et ses 4 étages, puis l'hôpital
de jour, les urgences et les laboratoires, enfin le département
Mère et Enfant.
Le financement a été effectué à 40%
par l'Etat et les 60 autres % par un emprunt du Centre Hospitalier.
Il aura coûté 455 Millions de francs auxquels il
faut ajouter 72 MF de matériel, tout n'étant pas
récupéré de l'Hôtel Dieu.
L'inauguration très officielle,
le vendredi 24 mars 1995, est l'occasion d'un des derniers voyages
du président François Mitterrand quelques semaines
avant de quitter le pouvoir. Une occasion de revenir au pays
d'une partie de sa famille, et de donner sa préférence
à Bourges en vue des prochaines échéances
électorales.
Le Président arrive vers 11 H 30 en avion, accueilli par
le préfet Victor Convert, il rejoint à l'hôtel
de ville, le maire Jean Claude Sandrier, les élus et les
parlementaires du Cher. Après la signature du livre d'or
et la présentation du Conseil municipal, il repart vers
le nouvel hôpital de Bourges.
Sur le Livre d'Or
Selon l'avis de toutes les personnes présentes,
François Mitterrand parait très fatigué,
la maladie le ronge
.. il quitte le pouvoir dans quelques
jours.
Il est accueilli par Christiane Coudrier, directrice de l'hôpital,
et c'est le temps des discours, très courts en la circonstance.
L'hôpital de Bourges qui prendra le nom de Jacques Cur
comprend un effectif de 1600 personnes dont 160 médecins.
Municipale de 95 : droite
et gauche sur des stratégies opposées
La mort de Jacques Rimbault a plus que
fortement déstabilisé la gauche municipale. La
stratégie était depuis le début des années
1980 basée sur le charisme du maire. "JR" était
devenu incontournable, c'était "le patron" incontesté,
menant depuis 1978 élection après élection
ses troupes à la victoire. Les socialistes, malgré
quelques velléités étaient deux rangs derrière,
bien au garde à vous.
La disparition de J. Rimbault, et sans doute, quelques querelles
internes, n'ont pas facilité la constitution de la liste
pour les municipales de juin 95. Jean Claude Sandrier devient
le nouveau leader, alors que s'efface la fidèle Marguerite
Renaudat, pour cause d'âge, alors que Gilbert Camuzat commence
à prendre quelque distance avec le local. Le Parti Socialiste
est redevenu très faible. La presse rapporte le 5 octobre
1994 que le chef de file des socialistes au Conseil municipal,
Jean Pierre Saulnier "décroche et ne se représente
pas". Dans ces conditions, Pierre Houques revient, lui qui
avait été "évincé" par
Olivier Thiais en octobre 1993
Quant à Alain
Calmat, il a eu un temps des visées sur la Ville de Bourges,
mais il retourne en région parisienne, après 7
années passées en Berry.
Comme il le dira souvent, Jean Claude Sandrier a manqué
de temps. Deux ans pour s'affirmer après 16 années
de J. Rimbault, c'est trop peu. Sa stratégie vis à
vis des Berruyers sera basée uniquement "sur le souvenir
du père", c'est à dire sur Jacques Rimbault,
avec des symboles très forts. Le nom de la rue de la mairie
ou le stade des Grosses Plantes, la référence continue
à JR, joue sur l'émotion, c'est bien vis à
vis des fidèles, mais cela n'entraîne pas de troupes
nouvelles.
A droite, la stratégie est inverse. Il y a toujours Jean
François Deniau, député, Président
du Conseil général, homme de grande stature, présent
sur de nombreux pays de par le monde. Les Berruyers le voient
souvent à la télévision, plus rarement de
leur point de vue à Bourges.
La classe politique locale est à la recherche d'un vrai
leader capable "de reprendre la ville aux communistes".
Elle trouve en la personne de Serge Lepeltier une possible opportunité.
Les notables "bourgeois" de la cité de Jacques
Cur ont beaucoup souffert de l'absence de leader à
droite dans les précédentes consultations. Cette
fois ils ont le choix entre Franck Thomas Richard, le représentant
de l'UDF, qui joue la convivialité et la tape amicale
sur l'épaule, et Serge Lepeltier, un pur produit RPR,
plus froid, mais qui fait sérieux et déterminé.
Il y a chez les Berruyers, une volonté
de changement, comme cela s'est fait dans les années 1975
avec la fin de Raymond Boisdé. Trois fois 6 ans, avec
la même équipe, c'est beaucoup. Il y a une panne
d'idées originales et un trop faible renouvellement des
personnels politiques.
Beaucoup de Berruyers n'assistent plus aux "Assises pour
Bourges", car " ce sont toujours les mêmes têtes
et le même discours". Il y a une certaine lassitude
..
Et Jacques Rimbault, avec son charisme n'est plus là.
Mais passer de gauche à droite n'est pas évident
pour les Berruyers. Ils restent légalistes et fidèles.
Les gens en place, bénéficient d'un préjugé
favorable. La droite devra se battre et surtout proposer un vrai
projet pour les 6 ans à venir. C'est ainsi que les équipes
de Lepeltier, "Bourges Projet " et celles de Thomas
Richard "Atout Cur" se mettent au travail, avant
de se retrouver dans un même combat avec la liste "Bourges
plus fort".
Jacques Chirac vient soutenir Serge Lepeltier
Article et photo du Berry Républicain
Les élections municipales sont prévues
par le calendrier électorale en juin 1995. Les Etats majors
se mettent en ordre de marche de manière assez différente.
A gauche, c'est le temps des inaugurations, du bilan, de l'action
passée et du succès de l'équipe de Jacques
Rimbault. A droite, dès 1994, les militants sont sollicités
pour réfléchir au projet pour Bourges. Puis c'est
l'automne, les négociations entre partis politiques sont
délicates, pour constituer la liste. Chacun veut en être.
Serge Lepeltier fixe, en organisateur hors pair, les règles
du jeu, il y aura un tiers de RPR, un tiers d'UDF et un tiers
pour des personnes venant "de la société civile",
sans appartenance politique.
La campagne se déroule sans anicroche particulière
entre les différentes listes. Des réunion publiques,
des distributions de tracts, un débat sur une radio locale
entre les deux têtes de listes
.. et l'attente du
résultat des élections présidentielles qui
auront sans aucun doute une influence sur le scrutin local.
Printemps de Bourges, présidentielles
et municipales
Les relations entre le Printemps de Bourges
et la municipalité ne sont pas toujours au beau fixe,
ainsi, le 23 juin 1994, le chef de file des socialistes, Jean
Pierre Saulnier signale " qu'il est anormal qu'un Elu soit
interdit d'entrer dans les bâtiments publics appartenant
à la Ville de Bourges, ces bâtiments n'étant
même pas loués mais seulement mis à disposition".
Il s'agit d'un rude conflit opposant le directeur du Printemps,
Daniel Colling, et le maire adjoint socialiste à la culture.
En relation étroite avec le Printemps
de Bourges, c'est la fin d'une structure intéressante,
l'Espace Printemps. Dans l'idée des promoteurs du projet,
à la tête duquel se trouvait François Deschamps,
chef de file du RPR depuis une dizaine d'année, et élu
du Conseil Régional, c'était d'avoir un lieu représentatif
du Printemps pendant toute l'année. La quincaillerie Chapier
située en plein Centre Ville devient disponible et l'Association
de l'Espace Printemps, achète le lieu, fait des travaux
considérable et ouvre en "grande pompe". Pour
certains, comment cette structure portée par des subventions
sans recettes propres pourra-t-elle survivre ? C'est un lieu
de rencontre autour de la musique et de la chanson, avec vente
tout de même de certains objet et gadgets du printemps
de Bourges.
Mais l'Espace Printemps trouve difficilement
sa cible et à la fin du mois de juin 1994, malgré
les essais de sauvetage de la part de la Mairie de Jean Claude
Sandrier et les projets de Daniel Colling, François Deschamps
dépose le bilan de l'Association.
Les élections présidentielles
prévues fin avril et début mai 1995 font la "une"
des journaux, locaux comme nationaux. Les candidats s'affrontent
pour succéder à François Mitterrand. Ce
dernier, n'a pas prévu, comme souvent les grands hommes,
un successeur. Il a rejeté Rocard, Bérégovoy
s'est donné la mort, et il est en froid avec Jospin
..
Les "Affaires" après 14 ans "de règne"
ont miné le régime. Les français recherchent
un président très différent. A gauche Jospin
entre en lisse. Il a le caractère austère du milieu
protestant, mais chacun a le sentiment, qu'il est un homme politique
irréprochable. A droite, c'est une bataille "au couteau"
entre Balladur et Chirac, "les amis de 30 ans".
Chirac est en Berry pour le Printemps de
Bourges. Ce 19e Printemps, est très coloré avec
"l'autruche au tambour" qui succède au pingouin
de l'année précédente comme image fétiche.
Le programme est attrayant, sont présents, Bashung, Souchon,
Simple Minds, le fidèle Thiéfaine et surprise,
les Chippendales à la Maison de la Culture, les berruyères
vont, avant beaucoup d'autres, découvrir ces "beaux
mâles" dont on a beaucoup parlé depuis. Autre
grand moment, la présence dans la cathédrale, un
peu froide, de Julia Megenes le mercredi 26 avril, un concert
inoubliable.
Jacques Chirac va-t-il apprécier
la programmation ? Rien n'est moins sûr. Il est en campagne
et les jeunes ne sont pas très sensibles à ce type
de présence. Le maire de Paris lorsqu'il fait le tour
des salles de spectacle est parfois sifflé, c'est dans
l'ordre des choses.
Mais devant la Maison de la Culture, il est tout simplement bousculé.
Il "ne doit son salut qu'à une porte dérobée
située dans le bâtiment", la pomme ayant été
son emblème pendant la campagne, les jeunes gauchistes
de Bourges bien organisés et le service d'ordre du Printemps
complètement dépassé lui envoient ces fruits
en quantité non négligeable.
Un mauvais moment à passer. Serge Lepeltier, député
et candidat à la mairie, accompagne Jacques Chirac, il
sort de la bousculade avec une aggravation d'une hernie discale
qui le conduit dans les jours suivants à la clinique Guillaume
de Varye pour subir une opération qui ne fut pas anodine.
Et ceci en pleine campagne électorale !
La campagne des Présidentielles se poursuit, mais la vie
municipale aussi. Lors de ce qui sera la dernière réunion
du Conseil municipal de l'équipe en place, le 30 mars
1995, il est question des taux qui sont augmentés de 1,9%
par rapport à l'année précédente,
puis du Centre de Secours, c'est à dire la nouvelle caserne
des pompiers. Le Conseil municipal approuve le programme de Jean
Claude Sandrier pour le lancement du concours d'architectes.
Cette opération importante est faite avec précipitation
une veille d'élection, disent ses adversaires, alors que
le maire joue la continuité, persuadé d'être
élu.
Des élections aux
scores serrés
Alors que se poursuivent les réunions
des listes Bourges Plus Fort d'un côté et Bourges
Union de l'autre, avec distribution de tracts sur les marchés
ou devant les super et hypermarchés, les tracts dans les
boîtes aux lettres, c'est la Présidentielle qui
occupe la scène au plan national. La gauche ne semble
pas avoir beaucoup de chances, et Lionel Jospin, fait l'effet
d'un "revenant", l'équipe Mitterrand est au
plus bas.
A droite, Edouard Balladur doit l'emporter, c'est un premier
ministre apprécié, et Jacques Chirac semble un
peu "dépassé". Mais une campagne électorale,
c'est aussi une grande bagarre et sur ce terrain, le Maire de
Paris est au mieux.
Les résultats du premier tour surprennent, Jospin fait
un excellent score : 23,7% des suffrages, il est en tête
des candidats et certains pensent qu'il va même l'emporter.
A droite, Chirac est à 20,4 % ce qui est décevant,
Balladur le suivant de prêt, avec 19,1%. Chirac, mathématiquement
a de bonnes chance de devenir président.
Le second tour se fait sans trop de passion, le débat
télévisé tant attendu est frustrant et Jacques
Chirac passe de la Mairie à l'Elysée
.. avec
pour la ville de Bourges un score de 52,6 pour Chirac et 47,4
pour Jospin.
A Bourges, ces résultats sont épluchés
à la loupe par les Etats Majors des candidats aux municipales
prévues dans 2 mois. La gauche est en bonne position pour
gagner, alors que Serge Lepeltier pense que " les résultats
de Bourges sont de bon augure".
L'équipe de Jean Claude Sandrier multiplie les "effets
bilans" et les inaugurations. Serge Lepeltier calcule. Il
trouve que la droite "classique" ne lui permettra pas
de l'emporter, c'est trop juste, il faut élargir la liste,
non pas sur l'extrême droite, il a le parti et les idées
de Jean Marie Le Pen en horreur, mais au contraire vers la frange
écologique. Il prend rapidement contact avec Alain Philippe
qui est marqué par "Bourges Démocratie",
mais aussi par Génération Ecologie. Après
un dîner chez Patrick Dorie entre Serge Lepeltier et Alain
Philippe, il réussit à convaincre ce dernier de
figurer en bonne place sur la liste.
Le premier tour des municipales du 11 juin,
est serré, la liste Lepeltier est en tête avec 45,45%
des suffrages, mais le maire de Bourges, Jean Claude Sandrier
est à quelques voix derrière, il obtient 45,17%.
Le Front National n'obtient que 5,8% et l'extrême gauche
1,8%.
Les huit jours entre les deux tours sont tendus, mais d'une extrême
correction de part et d'autre. Le sommet est un débat
organisé par le Berry Républicain et retransmis
sur les ondes d'Europe 2 le 14 juin 1995. Pour les militants
de "Bourges Plus Fort", " Serge Lepeltier était
plus à l'aise", alors que les partisans du maire
de Bourges répliquent : " Jean Claude Sandrier prend
le dessus".
Second tour, un 18 juin, les résultats arrivent dans les
permanences, bureau par bureau. Les uns favorables à la
gauche, les autres à la droite, c'est très indécis.
La défaite se déplace d'un camp à l'autre
en quelques minutes : alternativement, c'est l'abattement et
la joie. Et puis c'est le résultat, la droite l'emporte
que quelques centaines de voix, très exactement 869 voix
d'avance pour " Bourges Plus fort ", 51,36% contre
48,64%, et Serge Lepeltier sera élu dans quelques jours
maire de Bourges.
Jean Claude Sandrier, sans tristesse excessive
est déçu, il analyse à chaud sa défaite,
" Un contexte particulièrement difficile, juste après
la présidentielle, la présence sur la liste adverse
de deux députés de droite et la femme du troisième,
et le fait que je ne sois pas vraiment un maire sortant".
Battu, Jean Claude Sandrier sera conseiller
municipal, et il reste conseiller général.
Dans l'autre camp, la victoire à l'arraché, est
d'autant plus appréciée. La nouvelle majorité
comprend 37 élus contre 12 à l'Opposition.
Serge Lepeltier à la permanence de la rue Jean Jaurès
est pressé par les siens. On note la présence de
Jean François Deniau, Serge Vinçon et " d'un
Jean Rousseau radieux aux côtés de Frank Thomas
Richard " note un journaliste. Le prochain maire de Bourges
a du mal à s'exprimer dans le brouhaha, " Bourges
a changé de majorité, Merci au 38ième de
notre liste qui n'est pas élu
. Je dédie cette
victoire à mon petit fils" et Serge Lepeltier montre
cet enfant, Romain, symbole de l'avenir de Bourges.
Quelques instants plus tard, il déclare que " c'est
un très grand honneur de devenir maire. J'y mettrai toute
mon énergie.". Il a quelques mots pour son adversaire
:
" Je comprends la déception de Jean Claude Sandrier
.
S'il vous plait
.. je vais vous demander de rester digne
et sérieux et ne pas aller insulter les perdants comme
on l'a vu en 1977. Je veux dire qu'il ne s'est pas agi pour moi
de renier le passé de la ville, mais d'écrire une
nouvelle page de son histoire".
La Nouvelle République titre au lendemain de ce 18 juin
:
" une victoire célébrée
sans débordements ".
Serge Lepeltier a alors 42 ans, il est
né au Veurdre, dans l'Allier, à la limite du Cher
le 12 octobre 1953. Ses études le conduisent à
Moulins au pensionnat Saint Gilles, puis à Clermont Ferrand
et enfin au collège Stanislas à Paris. Diplômé
de HEC, les Hautes Etudes Commerciale, il ne parvient pas à
franchir les portes de l'ENA, trahi au concours par la langue
de Shakespeare.
Il commence une carrière professionnelle dans le commerce,
chez Quelle en 1979, puis dans une coopérative de vignerons,
à Rasteau dans le Vaucluse, il en est le directeur général
de 1980 à 1986. C'est à cette époque qu'il
revient en Berry dans l'entreprise familiale de travaux publics
François Lepeltier, son oncle.
Gaulliste de toujours, c'est en 1975 qu'il
entre à l'UDR, le futur RPR de Jacques Chirac à
qui il sera fidèle en toute circonstance. En 1978, il
s'essaie aux législatives en Moselle, est battu, mais
rencontre son épouse Viviane.
Sur d'autres plan, le maire de Bourges est passionné de
plongée sous-marine, et chaque année, il s'en va
visiter les eaux profondes de notre globe.
Dans le Cher, il brigue tous les mandats qui s'offrent, conseiller
régional, conseiller général, député
du Cher, il est vainqueur à chaque élection, et
cela continuera, avec pour seul faux pas, les législatives
à venir de 1997.
C'est un peu avec de la chance qu'il devient conseiller municipal
de l'opposition en 1989, à la suite de la défaite
puis de la démission de Camille Michel.
Son parcourt, pour l'historien est voisin
de celui de Henri Laudier avant guerre, et il est à classer
dans les " grands maires " de Bourges au même
titre que Raymond Boisdé et Jacques Rimbault. Seul l'avenir
..
Serge Lepeltier et son
équipe
L'équipe qui arrive au pouvoir municipal
semble cohérente. Entre les leaders des formations de
droite, il n'y a pas à proprement parler de concurrence.
Frank Thomas Richard est député et ses fonctions
dans le domaine social lui vont comme un gant. Frédérique
Deniau est très à l'aise dans les dossiers difficiles
de l'enseignement supérieur. Sa connaissance du milieu
parisien et la présence de Jean François Deniau
à la tête du département sont des atouts
non négligeables.
Beaucoup des adjoints comme Roland Chamiot, Josette Csorgei ou
Philippe Gitton sont des fidèles envers leur maire et
travaillent beaucoup avec d'application.
D'autres cherchent leur marque, c'est le cas d'Alain Philippe
et sa rigueur souvent critiquée, c'est Laurent Van Damme
qui veut "rentrer dans le lard de l'opposition en permanence",
quant à Jean Marie Nunez, c'est un théoricien,
il voudrait pouvoir posséder un plan global du Bourges
futur, en particulier sur le plan de l'urbanisme.
Il faut dire que les premiers dossiers portent sur des thèmes
qui découlent de la campagne électorale. C'est
ainsi que le manque de sécurité nécessite
l'étude délicate de l'installation d'une police
municipale. C'est aussi les soubresauts des industries d'armement
et les pertes d'emploi continues. Enfin des questions plus philosophiques
et plus difficiles font les joies des premières réunions
baptisées "Bourges plus fort" avec l'ensemble
des personnes de la liste qui avait remporté les élections.
La gauche est sonnée, Jean Claude Sandrier, avec beaucoup
de détermination prend en main la nouvelle opposition
municipale. Habitué aux dossiers, il argumente face aux
tergiversations de la majorité, marquant des points dans
les premiers mois. A ses côtés, Pierre Houques,
Philippe Goldman, et Yann Galut, pas encore très à
l'aise.
retour
haut de page
1996, la France est présidée
par Jacques Chirac, son Premier ministre, Alain Juppé,
malgré son sourire, ne brille pas par sa popularité,
il est perçu comme un technocrate "made in ENA",
et sa formule " droit dans ses bottes" n'a pas eu un
franc succès.
A Bourges, les nouvelles lois sur le cumul des mandats imposent
aux hommes politiques des choix. Ainsi, il devient difficile
d'avoir plusieurs mandats locaux, et la loi interdit à
un conseiller général d'être maire d'une
grande ville. Serge Lepeltier quitte le Conseil général
le 6 juillet 1995, et son siège d'élu du canton
II est remis en jeu. Frank Thomas Richard se présente,
est élu, puis, pour une bévue administrative, de
non production des comptes de campagne dans les délais,
il est invalidé en décembre 1996 et le siège
est à nouveau remis en jeu. Jacques Fleury, dynamique
président du quartier Emile Martin et conseiller municipal
est élu
La prise en charge des premiers dossiers
Après les élections de juin
1995, la mise en place de l'équipe municipale et les relations
avec les différents services de la mairie s'opèrent
rapidement. Rien n'est simple, seuls Serge Lepeltier et Yvon
Mautret ont connu la précédente municipalité
dans l'opposition, les autres conseillers et adjoints de la majorité
ont tout à apprendre.
Le problème principal est de trouver ses marques. Quelles
sont les fonctions et prérogatives des adjoints et conseillers
municipaux. Comment se comporter avec les services municipaux
? Le maire donne quelques conseils et en particulier il demande
que les adjoints ne se substituent pas aux directeurs ou chefs
de service de la mairie.
De plus, après 18 années de gestion par une même
équipe, tout changement doit être réalisé
avec précautions. Ne pas heurter, mais dire les choses
et faire ce qui a été décidé. Le
maire Serge Lepeltier agit avec beaucoup de considération
pour le personnel municipal au fils des mois, par son attitude
très à l'écoute, sans démagogie,
et il n'y aura pas plus de problème avec le personnel
municipal que lors des 18 précédentes années.
Dans une certaine euphorie, la prise en
compte des dossiers commence. Les premières études
sont lancées, elles portent la marque de l'équipe
précédente. Il y a une prise de connaissance des
coûts, des délais, de ce qui est engagé et
de ce qui peut être modifié.
Ainsi, le projet Huet sur l'environnement de la cathédrale,
après plusieurs réunions avec ce grand architecte
se poursuit, par tranche, assez lentement mais sûrement.
Parfois parmi des dossiers qui semblent simples, c'est "
La " surprise, comme pour l'Office municipal des HLM dont
la situation financière est catastrophique, l'Office est
tout simplement en faillite.
Quelques projets sont purement et simplement arrêtés,
comme les halls du parc Saint Paul qui devaient être réalisés
devant le Pavillon. Le coût et le manque de visibilité
sur l'avenir du parc et de la Foire Exposition dans les dix ans
à venir solde ce sujet.
Deux projets largement promis lors de la campagne électorale
prennent beaucoup de temps à l'équipe municipale
:
- l'Hôtel Dieu avec la possibilité de réaliser
la patinoire
- le parking souterrain sous la place Cujas.
Mais la préoccupation du Maire,
qui n'a pas fait HEC pour rien, et connaît la gestion et
les chiffres, c'est la situation financière de la Ville.
Les emprunts, les dettes, le budget prévisionnel, tout
est mis sur la table. Il s'agit de redonner sur le plan financier
une marge de manuvre à la ville. Chacun, dans la
nouvelle équipe, s'aperçoit que les investissements
posent rarement de problème à une commune raisonnable,
mais qu'il est facile de se laisser déborder par les conséquences
des investissements en terme de budget de fonctionnement, en
particulier en terme de coût de personnel. Les travaux
des dernières années, comme la médiathèque,
le Grand Stade, le musée des MOF, ont provoqué
une augmentation considérable des emprunts et de la dette.
L'endettement de la ville, dit le maire le 8 février 1996
" est passé de 555 millions en 1990 à plus
de 800 millions en ce début d'année 1996, soit
près de 10 000 francs par habitant. Bourges ne peut plus
continuer ainsi, la charge de la dette est alors de 134 millions
de francs. Il faut réduire les dépenses"
.
Et augmenter les impôts de 9,5%, avec promesse de ne plus
les augmenter durant les six prochaines années.
Un audit financier commandé, ne révèle aucune
anomalie, et en particulier, le vieux reproche d'une pléthore
de fonctionnaires travaillant à la Ville, est balayé.
A Bourges, les effectifs sont cohérents avec les villes
de même importance. Par contre beaucoup de personnes sont
en situation précaire.
Les débats entre Serge Lepeltier et Jean Claude Sandrier
sur les finances de la ville vont occuper de nombreux moments
en Conseil municipal. Au début de 1996, M. Sandrier interpelle
le maire sur le budget : " Vous présentez des orientations
budgétaires
. Vous ne proposez rien, rien sur l'emploi
qui était votre priorité numéro un, rien
sur l'action sociale, rien sur la culture, le sport" et
d'ajouter que " les raisons d'une dérive des finances
des villes est due à une récession économique
générale".
Mais Serge Lepeltier ne cherche pas la polémique et s'il
argumente un peu, c'est souvent en termes mesurés.
La préoccupation du maire reste l'économique, point
faible de l'équipe précédente, et ce fut
la création d'une structure "Bourges Développement",
constituée par les apports de la CCI, la Ville et l'Etat.
Cette unicité d'interlocuteur à Bourges pour un
industriel intéressé par une éventuelle
implantation est un " plus " considérable.
Une mise en jambe difficile,
et un logo contesté
Parmi les premières décisions
et réalisations concrètes, figure le refus du maire
Serge Lepeltier de signer les certificats d'hébergement.
Lorsqu'un étranger veut venir dans une ville avec un visa,
le maire certifie et cautionne sa présence et son départ.
Mais il n'avait aucun moyen de s'assurer de ce départ,
avec la rigueur qui le dépeint , il refuse de signer des
certificats " de complaisance ", Par contre, il signe
s'il a toute assurance quant au respect de la loi. Cette décision
va déclencher au niveau local comme au niveau national
une levée de boucliers de toutes les associations de Droits
de l'Homme et de défense des " sans papiers "
.
Cette crise aura pour mérite de faire modifier la législation
au plan national, même si elle n'aura pas servi l'image
de Bourges et de son maire.
Le second " faux pas ", c'est le choix du nouveau logo
de la Ville présenté à la population pour
les vux de 1996. Après un appel d'offre et une large
consultation des élus, le logo de Bourges est dévoilé,
c'est une fleur de lys avec des couleurs " à la Estève
".
Sur le plan de l'image et du tourisme, le logo est remarquable.
Il faudra plusieurs années pour habituer les Berrichons
à cette " signature de haut niveau ". Par contre,
la fleur de lys, symbole de la royauté, ne passe pas dans
une partie de la population.
La gauche mettant de l'huile sur le feu,
comme le veut la tradition locale entre majorité et opposition.
Le directeur d'un quotidien local affirme qu'il n'a jamais reçu
autant de courrier des lecteurs, la plupart très négatifs,
depuis la construction de la nouvelle aile de la mairie.
Serge Lepeltier n'a pas vu venir cette affaire
Désormais,
il sera plus prudent sur des sujets qui ne sont pas essentiels,
mais qui peuvent lui faire beaucoup de mal.
Les grands projets et discussion
: multiplex, parking souterrain et trottoirs.
Parmi les nombreux projets de la campagne
électorale le parking souterrain de la place Cujas tient
la vedette. C'est le premier thème pris en main par Serge
Lepeltier, car depuis des années, il est persuadé
que rien n'évoluera en Centre-ville sans la présence
d'un grand parking. Son expérience d'entrepreneur en BTP
lui permet d'envisager l'aspect technique sans trop de problème.
un parking sous la place Cujas, c'est un peu comme à Reims
devant la cathédrale.
Les études commencent, à la fois sur le plan archéologique
et architectural avec les notions de coûts et de planning.
La population reste assez partagée, beaucoup craignent
la longueur des travaux et le blocage du Centre Ville durant
plusieurs années. Quant à l'opposition municipale,
elle s'en donne à cur joie, parlant de la concentration
des voitures en Centre-ville, de l'arrivée d'une "équipe
municipale de bétonneurs", et des travaux pharaoniques
du député-maire.
Plusieurs réunions de concertation se déroulent
avec la population et les commerçants, mais les Berruyers,
dans l'ensemble attendent pour voir.
Les milieux économiques sont sensibles et favorables à
la multiplication des places de parking en Centre Ville.
Les plans sont faits, le planning existe, et le dossier complet
des équipes d'archéologue est présenté
en septembre 1996 à la population dans l'amphithéâtre
de l'Ecole des Beaux Arts.
Cette réunion, pour beaucoup, fait
l'effet d'une douche froide. En effet, la DRAC indique que cette
partie de la ville est majeure en terme de possibilités
de découvertes et qu'il faudra compter au moins 4 ans
de fouilles archéologiques, et un coût pour la ville
variable, mais de plusieurs dizaines de millions de francs.
C'est fini, à la fin de l'année 1996, avec la diffusion
du rapport de la commission nationale d'archéologie, le
projet est remis dans les cartons. Ainsi, ce parking, en étages
avec Boisdé, souterrain avec Rimbault, ne verra pas le
jour avec Lepeltier. Une ville ne peut pas se permettre de laisser
un lieu aussi stratégique en travaux pendant plusieurs
années.
Un peu dépité, le maire Serge Lepeltier esquisse
d'autres solutions pour le Centre Ville, alors que l'opposition
pavoise, ayant déclenché une pétition contre
le parking envisagé.
La municipalité, avec Paul André Aubrun, recherche
des lieux où il sera possible d'avoir quelques places
de parking, parfois en achetant puis en démolissant des
maisons à vendre, comme rue Jean Baffier ou rue Jean Jaurès.
Il réfléchit pour mettre en uvre des navettes
gratuites allant du parking de Séraucourt au Centre-Ville
: un beau succès.
Fin juin 1997 est évoqué
pour la première fois le multiplex, c'est à dire
la construction à Bourges de 12 salles de cinéma
comme cela se fait dans les grandes villes. C'est la société
belge Bert qui est à l'origine de la proposition, elle
demande à s'installer à l'embranchement de l'Autoroute
A 71, puisque la clientèle espérée doit
passer de 300 000 avec les cinémas existants à
750 000 personnes avec un multiplex.
Les différents problèmes techniques sont passés
en revue, il n'y a pas de contrainte majeure. Le problème
qui surgit concerne la réaction de plusieurs adjoints
qui ne veulent pas que des activités de loisirs s'en aillent
vers le PIPACT par crainte de vider le centre ville. La presse
dévoile le projet par des fuites
. bien orchestrées
et c'est une levée de boucliers. A-t-on besoin de cinémas
nouveaux ? Pour certains, " ceux qui existent sont bien
suffisants ".
Finalement, le projet végète. En coulisse, le maire
n'a pas laissé tombé le projet, mais il le dit
: " je n'en parle plus car il y a toujours des fuites, alors
j'en reparlerais la veille du jour de la signature".
Le temps passe, le 15 décembre 1997 le maire qui a traité
ce dossier en petit comité avec Jean Llari, le Directeur
Général des Services
..dévoile l'évolution
du projet, le multiplex pourrait être aux Prés Doulet
et la société devrait être CGR (Cinéma
Georges Raymond), celle qui gère les Concordes de la rue
Pelvoysin. La solution n'est pas mauvaise. Elle offre même
beaucoup d'atouts, la proximité du centre ville, la possible
réalisation en quelques mois, et surtout le fait que l'exploitant
ne change pas. Le multiplex se construit rapidement en bordure
d'Yèvre sans contestation de la population. Seul fait,
le refus de la socialiste Irène Félix, elle vote
contre les cinémas en Commission Départementale
d'Equipements Commerciaux (CDEC), participant au recul des délais,
suivant en cela la Chambre des Métiers. Un combat d'arrière
garde pour ceux qui ne comprennent pas les aspirations de la
jeunesse.
A la question de savoir pourquoi ce dossier
a été traité avec CGR avec tant de discrétion,
Serge Lepeltier répond que plusieurs exploitants étaient
sur les rangs pour le construire et en cas de difficulté
avec la ville de Bourges aux Prés Doulet, les cinémas
seraient allés au Subdray ou à La Chapelle, à
côté de l'échangeur de l'Autoroute, loin
du centre-ville et les Berruyers ne l'auraient pas pardonné
au maire !
La sécurité
et la Police municipale
Parmi les points forts de l'équipe
de Serge Lepeltier développée durant la campagne
électorale, figurait le parking Cujas, la patinoire à
l'Hôtel Dieu, et la Police municipale.
Ce thème de la Police municipale ne fait pas l'unanimité
dans une partie de la population. Les gens de gauche en particulier
n'en veulent pas, préférant obtenir de la part
du gouvernement des effectifs supplémentaires pour la
police nationale, ce qui était bien
mais n'arrivait
jamais.
Quelques années auparavant, le maire Jacques Rimbault
avait déjà demandé " dix auxiliaires
effectuant leur service militaire
. on avait même
réussi à les loger et à les faire manger
j'ai même demandé des CRS" mais rien n'est
jamais venu.
L'insécurité à Bourges,
même si elle est à un moindre niveau que d'autres
villes, devient un vrai sujet de discussion et d'inquiétude.
En 1996, il est courant, que les grands magasins de la rue Moyenne,
symboles de Bourges, soient perturbés, le samedi après
midi par de petites " bandes de loubards " qui agissent
en toute impunité semant parfois la panique parmi les
clients.
La Police municipale, se forme progressivement,
elle prend possession de ses bâtiments en juin 1997. Elle
comprend alors 24 agents, les derniers étant en formation
et devant rejoindre leur poste à la fin de l'année
97. Parmi les missions, l'îlotage du Centre Ville, la surveillance
des marchés, l'aide aux personnes âgées et
des accords avec la Police nationale sont érigés,
et les deux structures deviennent complémentaires.
Les policiers municipaux ne sont pas armés ce qui est
important vis à vis de la population. Et Bourges, depuis
ce temps, sans aspirer à un calme angélique, vit
moins dans l'insécurité.
Pour Philippe Gitton qui s'est beaucoup impliqué dans
la mise en place concrète de cette Police, " elle
a un rôle social très important, elle va s'occuper
des personnes âgées, des sorties d'écoles
et des collèges, créer des liens dans les quartiers".
L'opposition est toujours contre la mise en place de cette Police
municipale et en Conseil municipal, , le 28 novembre 1996, Pierre
Houques dit "En ce qui nous concerne, nous avons déjà
fait un certain nombre de remarques sur le fond, sur notre opposition
par rapport à la mise en place de cette Police municipale".
Inversement, la population, en recherche constante de sécurité
est très satisfaite de cet accroissement de policiers.
La mise en place de " mamans trafics
", va aller dans le même sens, c'est un élément,
sans doute marginal, mais concret. Des dames sont placées
à la sortie des écoles primaires, pour aider les
enfants à traverser la rue en toute sécurité.
L'étape suivante touche la création d'une police
nationale de proximité avec des agents affectés
à certains quartiers, Bourges-Nord, le Val d'Auron et
l'Aéroport,.
Premières réalisations
sous le signe de la Qualité .
Les deux premières années
de la gestion Lepeltier ne brillent pas par des réalisations
très concrètes, cela rappelle assez les débuts
de l'équipe Rimbault entre 1977 et 1979. Le maire est
à l'écoute de ses concitoyens et les réunions
de quartier rebaptisées "Rencontres pour Bourges"
à la place des "Assises pour Bourges" sont souvent
"au raz du trottoir" pour reprendre l'expression d'un
journaliste local. C'est ce qui fait dire au Maire en direction
de son adjoint responsable des travaux, Roland Chamiot, qu'il
" faut mettre le paquet " sur l'amélioration
des trottoirs de la ville en triplant le budget qui leur était
consacré. Il va atteindre 10 millions de francs par ans,
1 milliard de centimes !
Ainsi la rue Edouard Vaillant est-elle la première rue
"requalifiée" par l'équipe Lepeltier,
les Berruyers découvrent une qualité de réalisation
avec l'utilisation de matériaux très esthétiques
dont ils sont très fiers, car ce n'est qu'une première
réalisation datée de 1997.
Suivent d'autres réalisations parfois
plus ambitieuses comme la place de la Nation en avril 1998, avec
le transfert du nud des bus de la ville qui quitte Planchat
pour cet espace, puis la place des Marronniers et c'est l'étude
du plan de circulation de la ville et les conséquences
en terme de travaux.
Le CETE, Centre d'Etudes Technique de Rouen, spécialisé
dans les études de circulation et déjà utilisé
par la municipalité précédente propose un
nouveau plan de circulation avec la mise en sens unique de la
rue des Arènes et de la rue Jacques Cur, ainsi que
la réalisation de deux ronds points place André
Malraux, en face de la Maison de la Culture.
Les réactions négatives de l'opposition, d'une
partie de la population et d'un organe de presse sont souvent
excessives. Pourquoi faire des travaux aussi coûteux ?
Une différence fondamentale guide l'action du maire de
Bourges, un peu comme son prédécesseur Henri Laudier.
Plutôt que de mettre des rustines sur chaque trottoir,
à chaque coin de rue, l'équipe de Roland Chamiot
sous l'impulsion du maire va "requalifier" des rues
entières, c'est à dire les refaire en totalité,
avec des matériaux de haute qualité.
Le résultat, en 1998 est largement
plébiscité par la population. La qualité
de la réalisation des ronds points, des jets d'eau et
des fontaines descendantes de la place André Malraux ainsi
que l'accoutumance des automobilistes à utiliser les ronds
points lèvent tous les doutes. Les visiteurs et touristes
sont subjugués par la beauté du site.
La politique, législatives,
sénatoriales, cantonales
Serge Lepeltier le répétera
à plusieurs reprises, il garde un très mauvais
souvenir des deux premières années de son mandat.
Les projets n'avancent pas et certaines promesses électorales,
comme le parking Cujas ou la patinoire à l'Hôtel
Dieu sont tout simplement rejetés aux oubliettes. D'autres
projets en cours sont simplement brocardés par beaucoup.
Mais le plus grave, c'est le manque de
cohésion de l'équipe, ce qui se traduit par des
démissions au niveau des adjoints, ce qui fait toujours
désordre.
La première crise, éclate à la fin de l'année
1995 avec Laurent Van Damme ! Le 9 décembre, au Bureau
municipal du lundi soir, le maire expose la situation : il retire
à Laurent Van Damme la délégation qu'il
lui avait donné pour " indiscipline " dans le
cadre d'une représentation du maire visant à sanctionner
un employé municipal condamné par un tribunal pour
"travail au noir". C'est la première crise de
la municipalité. Le maire affirme qu'il faut avant tout
une solidarité sans faille. Boisdé n'avait pas
perdu à cause de son action ou de son bilan mais suite
à des dissensions avec ses propres amis.
La seconde crise, se déroule dans les jours qui suivent
le Conseil municipal de mars 1996. A droite de Frédérique
Deniau, Alain Philippe a la tête des mauvais jours. Le
visage fermé, il trépigne, visiblement agacé,
et ne prend pas la parole, et après avoir laissé
ses dossiers, il quitte le Conseil municipal. Il y a un problème
du côté d'Alain Philippe.
Le mardi 1er avril 1996, au Bureau municipal le maire arrive
en retard, ce qui est rare et les dossiers sont " rapidement
expédiés". Le maire montre une lettre manuscrite
signée d'Alain Philippe : la démission de l'intéressé.
Le motif évoqué ne comporte pas de point précis.
C'est un désaccord sur les notions de " gauche-droite
" et sur ce combat incessant entre le maire et son opposition.
Alain Philippe n'admet pas que la vie politique ne soit faite
que relations conflictuelles, sans nuance. Il en voulait au système
expliquant sa position :
" Bien que lié à Serge Lepeltier par une amitié
forgée autour de ses qualités humaines, il m'est
difficile de continuer à intervenir dans un environnement
politique général phagocyté par les partis
politiques".
Le départ d'Alain Philippe fut diversement
commenté. Pour les uns, c'était inéluctable,
il n'était pas un politique et n'aimait pas les critiques.
Pour d'autres, sa gestion du milieu sportif était devenue
trop rigoureuse, il avait mis en place des principes, se coupant
de certaines associations sportives peu habituées à
ce type de raisonnement.
La crise de la majorité à
Bourges atteint une premier sommet à la suite de la défaite
de la droite aux élections législatives de juin
1997, le maire de Bourges étant battu par un jeune socialiste
inconnu de la majorité des Berruyers,
Dans un premier temps, la décision de Jacques Chirac de
dissoudre l'Assemblée Nationale est fort mal perçue.
Beaucoup, à droite comme à gauche ne comprennent
pas ce qui apparaît comme une "manuvre politicienne"
du Président.
A Bourges, Serge Lepeltier, dubitatif, fini par croire qu'au
plus haut niveau, il ne peut pas y avoir de faute stratégique.
De plus, il a beaucoup travaillé dans sa circonscription,
et le fait d'être maire de la plus grande ville du département
est un atout incontestable. Pour conforter cet optimisme, ses
adversaires ne semblent pas de taille, un socialiste inconnu,
Yann Galut et un communiste qui a peu de chance. Enfin, jusqu'à
la veille du scrutin, les "Renseignements Généraux"
donnent le maire de Bourges largement vainqueur.
Yann Galut est conseiller municipal de Bourges, connu comme avocat
à Paris des "sans papiers", il commence à
entamer sa première campagne, c'est pour lui "une
mise en jambes" tant ses chances de l'emporter sont faibles.
Au soir du premier tour, 5 mai 1997, c'est
la surprise à gauche et la consternation à droite.
Pour Serge Lepeltier, la situation semble perdue, mais pas encore
désespérée, il obtient 32,3% des suffrages,
contre 25,2% à son jeune challenger, mais le candidat
du Parti Communiste fait 15%.
La vague "rose" s'amplifie et au soir du second tour,
Yann Galut est largement élu, avec près de 54%
des voix contre 46% pour le maire de Bourges.
Dans le Cher, Jean Claude Sandrier reprend à Frank Thomas
Richard un fief communiste comprenant une partie de Bourges et
Vierzon, autrefois conquise par Jacques Rimbault. Il revient
au premier plan, sa présence a "payée",
une première revanche après 1995 !
La droite sauve, avec le charismatique Yves Fromion le siège
de député de Bourges-Aubigny-Sancerre face à
l'ancien préfet du Cher Roland Hodel.
Ces législatives marquent la défaite
de Chirac et de toute la droite, et commence une nouvelle cohabitation,
Lionel Jospin devenant Premier Ministre d'une gauche victorieuse.
La circonscription de Bourges-Sancerre est tenue par Jean François
Deniau. Il ne se représente pas, certains évoquent
sa prochaine candidature au Sénat, chambre qui lui irait
parfaitement bien. C'est ainsi que le maire d'Aubigny, Yves Fromoin
franchit "le Rubicon", se présente le 2 février
1997 sous l'étiquette RPR contre le candidat officiel,
l'ancien ministre Yves Galland, lequel fait équipe avec
Frédérique Deniau, premier maire adjoint de Bourges
et épouse du député. C'est le début
d'une belle guerre interne, qui abouti au retrait de M. Galland,
la guerre à droite fait rage et va laisser des traces.
La gauche pavoise et songe que la mairie est à portée
de la prochaine élection municipale.
La première déclaration du
maire de Bourges au soir de la défaite, dans sa permanence
est sobre :
" J'assurerai ma fonction de maire de Bourges, le résultat
de Bourges est conforme à celui de la circonscription,
à nous adjoints et conseillers de travailler au service
des Berruyers, on verra si les promesses qui ont été
faites, mais c'est un choix des français".
Le Conseil municipal de Bourges comprend
toujours 2 députés, Mrs Sandrier et Galut, ont
remplacé Mrs Lepeltier et Thomas Richard, la situation
ne manque pas de sel !
Ainsi, Serge Lepeltier, en quelques semaines voit sa situation
basculer de manière imprévisible et inquiétante.
La droite gagnante, en juin 1997, comme les sondages le prévoyaient,
et le maire de Bourges pouvait se retrouver ministre ou secrétaire
d'Etat, et le lundi suivant, devant les membres de la liste "Bourges
plus fort", il n'est qu'un perdant, battu par un jeune inconnu,
et il doit faire face à l'opposition de son propre camp
mettant en cause sa façon de diriger la ville, et son
comportement face aux Berruyers. Perçu comme un technocrate
froid et peu souriant, " il manque de charisme" soutiennent
quelques plusieurs membre de la liste.
Les crises au sein de la majorité
municipale ne sont pas terminées, le 19 décembre
1998 c'est le départ discret de Jean Marie Nunez, "
uniquement motivée par des considérations d'ordre
personnel", écrit l'ancien adjoint chargé
du commerce. Il est remplacé par Andrée Depond.
Enfin, c'est le retour sur Paris de Frédérique
Deniau, après un long bras de fer avec Frank Thomas Richard
à la suite des cantonales de mars 1998 et de difficultés
personnelles assez graves.
Ces cantonales des 15 et 22 mars 1998 n'ont
pas arrangé la situation, Jean François Deniau
Président du Conseil général se représente
sur Bourges IV, mais les conflits internes à l'UDF sont
tels que Frank Thomas Richard se présente lui aussi dans
ce même canton
.. et c'est lui qui arrive en tête
au premier tour, pour être battu au second par la socialiste
Irène Félix !
Une situation et un scénario "pire que pire"
pour la droite locale. Dans le canton V, après la déroute
de Camille Michel au premier tour, Jean Pierre Saulnier l'emporte
face au RPR Philippe Gitton. La droite à Bourges va mal,
deux cantons perdus par deux maires-adjoints et des dissensions
graves suite à la défaite de Jean François
Deniau.
Ce dernier n'est plus conseiller général, ni président
de cette instance qu'il affectionnait. Il quitte le Berry d'une
manière discrète, sans marque de considération
de la part des Berrichons. Il y avait de l'admiration pour l'homme,
pour son brio, pour son action internationale, ses voyages, son
courage face à la maladie et ses livres. Mais pour le
Berry, beaucoup restent sur leur faim. Chacun considérait
qu'il n'était pas suffisamment présent. Frédérique
Deniau quitte aussi Bourges, elle abandonne ses délégations
municipales qui sont réparties entre Alain Tanton et Michel
Verdier.
Une page se tourne à Bourges après
20 ans de présence, Frédérique et Jean François
Deniau regagnent Paris.
Le PS sort grand vainqueur de ces confrontations
et c'est " une nouvelle donne à Bourges ", certains
à gauche pensent à un possible rééquilibrage
pour les futures municipales, avec une tête de liste socialistes
.
Ce ne sera qu'un rêve.
Et puis, après avoir touché le fond, comme s'il
avait fallut 3 ans pour bien mettre en place le système,
recevoir pas mal de corrections, et joué dans les élections
à la politique politicienne, la majorité municipale
devient plus cohérente et durant les 3 années suivantes,
il n'y aura plus de problème politique grave, les élus
sont au travail, et cela fini par se savoir et se voir !
Politique, Députés
et Sénateurs
En 1998, le gouvernement de Lionel Jospin
en place depuis juin 1997, marque des points. Le chômage,
avec Martine Aubry commence à diminuer, profitant d'une
conjoncture internationale de relance favorable. La gestion du
pays est bien expliquée et bien comprise par les français,
la cohabitation est courtoise, un état de grâce
qui dure.
Après la défaite aux législatives
de 1997, Serge Lepeltier se consacre en totalité à
sa charge de maire. C'est un virage pour lui, car il se doit
de rebondir, et pour l'instant, c'est sur les projets de la ville
qu'il travaille. Ainsi les études dont certaines sommeillaient
sortent des cartons. A partir de cette date, ce sont de véritables
et concrètes réalisations qui sont effectuées.
"Bourges Avance" et "titre la municipalité.
Face aux deux députés Jean Claude Sandrier et Yann
Galut, le maire de Bourges ne peut pas rester en dehors du jeu
politique national. Tous les maires de Bourges ont eu cette attitude,
Laudier, tout comme Boisdé et Rimbault. Il n'est pas possible
de gérer une ville moyenne comme Bourges sans avoir un
mandat national. Il faut sans cesse être dans les antichambres
des ministères ou dans les couloirs de l'Assemblée
Nationale ou du Sénat.
Alors, contrairement à ce qu'il avait déclaré
publiquement, le Maire de Bourges fait état de sa candidature
aux prochaines élections sénatoriales de septembre
1998. Dans le Cher, deux places de sénateurs sont prévues
par la loi, et si Serge Vinçon se représente, Jacques
Genton né en 1918 à Bourges, ne retourne pas au
Palais du Luxembourg, il laisse sa place. Il est sénateur
depuis octobre 1971. En politique, tout est prévu et le
siège de M. Genton est "normalement" dédié
à Alain Tanton, maire adjoint de Bourges.
A l'annonce de la candidature du maire de Bourges, les explications
entre Mrs Tanton et Lepeltier sont orageuses. La "machine
RPR" se met en route en mai 1998, avec la visite des 330
communes du Cher par Serge Lepeltier, discutant, expliquant sa
démarche..
pour finalement se retrouver sénateur
le 27 septembre 1998 au cours du scrutin réalisé
par "les grands électeurs".
A 21 heures, ce dimanche soir, il est heureux, une joie intérieure,
c'est un vrai retour sur la scène nationale, il dit alors
" Si je n'avais pas été reconnu par mes pairs,
ça aurait été un véritable drame
personnel par rapport au travail que j'ai fait à Bourges".
De son côté, Serge Vinçon président
du Conseil général est réélu sans
difficultés et il conserve sa présidence. Les relations
entre le maire de Bourges et son adjoint malheureux se normaliseront
assez vites.
La bataille pour l'emploi
Depuis 1990, l'emploi à Bourges
se dégrade au niveau des entreprises d'armement. Les commandes
de chars, de missiles, de grenades, diminuent de manière
drastique et les principaux établissements non seulement
n'embauchent plus mais elles " débauchent pour ne
pas dire licencient".
L'évolution semble inéluctable et toutes les solution
de reconversion sous forme de diversification échouent.
En 1996, le directeur d'Aérospatiale, très dynamique,
Daniel Dubreuil met en place un service chargé de la diversification
et comme le mot n'est pas très porteur, cela s'appelle
"les affaires nouvelles". Malgré la qualité
des ingénieurs, comme Gilles Grenier, et les sommes d'argent
libérées, les projets comme "visupack"
pour la logistique des entreprises de transport ou les équipements
pour le médical ne percent sur le plan de la vente, l'économie
une fois encore ne suit pas. Quelques années plus tard,
au départ de D. Dubreuil, nommé Directeur à
Toulouse, ce service est dissout.
Une embellie survient en 1996 et l'année
suivante avec la délocalisation d'une importante partie
des activités d'Aérospatiale à Châtillon
pour venir à Bourges et au Subdray. En l'espace de deux
années, plus de 430 personnes viennent en terre berrichonne,
beaucoup avec leur famille. La Ville de Bourges, mais aussi le
Département et la Région, tout comme l'Etat "mettent
le paquet" pour rendre Bourges attractive. Les emplois délocalisés
sont essentiellement des ingénieurs et des techniciens.
L'expérience de l'ONF quelques années auparavant
sert de leçon, et c'est le tapis rouge qui est déployé
devant ceux que l'on appelle " les châtillonais ".
Réception des familles en voyage de reconnaissance à
Bourges avec déjeuner salle du duc Jean, mise en place
d'une société chargée de trouver du travail
à Bourges, aux conjoints, édition de plaquettes
et documents sur Bourges qui souffre d'un déficit d'image.
A des réunions tenues à Châtillon
pour expliquer ce qu'était la Ville de Bourges, il fallait
répondre à des questions du type " il y a-t-il
un lycée à Bourges ? ", c'était vexant,
mais fort utile
..
L'Etablissement de la rue Le Brix se conforte, avec la construction
en un temps record, quelques mois, de deux Bâtiments, le
numéro 30 consacré à l'électronique,
et le numéro 31 pour les fabrications de composites.
Mais si Bourges pouvait rester un important pôle de fabrication
d'armement, et tirait bien son épingle du jeu, l'avenir
n'était plus à ce type d'industrie, et aux grosses
entreprises de 2000 ou 3000 salariés.
Le futur, serait dans l'implantation de
PME / PMI et dans ce domaine, Frank Thomas Richard, alors parlementaire
uvre beaucoup pour que Bourges possède une zone
franche, c'est à dire des surfaces et des bâtiments
susceptibles d'accueillir des petites entreprises dans le Nord
de Bourges. Cette zone franche est validé par l'Etat en
1997. L'avantage pour les entreprises est d'ordre fiscal, et
c'est ainsi qu'avec l'aide de la structure " Bourges Développement
", des entreprises s'installent rue Félix Chédin
sur un lieu réhabilité et baptisé COMITEC.
Même si les emplois crées
ne contrebalancent pas les emplois industriels perdus dans l'armement,
c'est un bonne compensation. Ainsi au niveau des chiffres, ce
sont plus de 250 emplois, la plupart de haut niveau qui sont
ainsi créés en zone franche avec 18 petites entreprises.
Dans cette dure bataille, la firme Auxitrol dont le directeur,
Georges Neuviale, particulièrement dynamique, accepte
de rester sur Bourges en quittant l'avenue de la Prospective
pour rejoindre le PIPACT, faisant construire une superbe usine.
La firme de Seattle ayant un instant pensé retourner aux
USA. Le créneau d'Auxitrol, est le capteur, ustensile
indispensable sur un Airbus, un Missile ou Ariane, et le développement
de la firme est intéressant, une PME/PMI dynamique avec
près de 400 employés.
Et le chômage à Bourges décroît à
partir de 1996.
Des Conseils municipaux
qui se musclent
Les Conseils municipaux représentent,
face à la presse, un moyen d'expression très efficace
pour l'opposition. Elle reproche en effet au journal mensuel
de Bourges qui traite des réalisations de la municipalité
de ne pas donner pas la parole à l'opposition, ce qui
est assez conforme à la tradition berruyère depuis
des lustres. Certains remarquent que ce journal ne prend aucune
publicité
. Ce qui est un gage d'indépendance.
De 1995 à 1997, les leaders à
gauche sont Jean Claude Sandrier et Pierre Houques, ce dernier
laissant la place à Yann Galut après sa victoire
comme député. A chaque Conseil, après un
propos assez court du maire Serge Lepeltier, inexorablement,
la parole est donnée à Jean Claude Sandrier qui
lit, lui aussi son texte, suivi de Yann Galut qui en fait de
même. Le ton est généralement courtois, et
rares sont les envolées de ces trois protagonistes. Par
contre, les " seconds couteaux " ont des propos souvent
redondants et parfois outranciers.
Jusqu'en 1997, à plusieurs reprises
les Conseils sont perturbés par des manifestations. Des
jeunes, puis des syndicalistes du GIAT en février 96 et
le 10 octobre 1996, ce sont des retraités qui envahissent
bruyamment la salle, proférant des paroles particulièrement
insultantes à l'égard du maire. Le huis clos est
voté par la majorité municipale, au grand dame
de l'opposition. En effet les Conseils municipaux constituent
une formidable tribune pour la gauche puisque leurs déclarations
sont largement reprises dans la presse du lendemain. Un Conseil
sans public, ni presse, c'est surréaliste
. Et comme
par hasard, il n'y aura plus aucune manifestation durant le reste
du mandat.
L'environnement prend place
à Bourges
Au plan national, l'environnement devient
un enjeu essentiel et Bourges ne reste pas " à la
traîne ". La ville a de nombreux atouts, en particulier
un domaine de vert assez unique, les Marais de Bourges sur 132
hectares constituent la partie la plus visible
Par opportunisme politique d'abord et par goût ensuite,
Serge Lepeltier se lance dans la lutte pour l'environnement,
devenant au Sénat, et au RPR, le " spécialiste
de l'effet de serre ", avec un rapport sénatorial
sur l'influence des gaz à effet de serre et sur le réchauffement
de la planète. Dans cette fonction, il assiste à
des débats internationaux, comme à La Haie en 2000,
et il a souvent des convergences de vue avec la ministre de l'environnement
du gouvernement Jospin, Dominique Voynet.
A Bourges, le maire entre de manière
naturelle dans la logique gouvernementale de Dominique Voynet,
en participant avec la Ville de Bourges à " la journée
sans voiture ", qui se déroule à partir de
1998 chaque 22 septembre en centre-ville. Plusieurs rues se parent
d'une magnifique pelouse verte, à la grande joie des Berruyers
qui sont conquis par ces initiatives. Les commerçants,
sont plus partagés sur ce type d'initiative dont le but
est de créer un choc psychologique et de montrer les effet
du " pas de voiture en centre ville " sur le bruit,
la mesure de la qualité de l'air
. et la qualité
de vie tout court.
Dans la même lignée, plusieurs actions fortes de
la municipalité vers l'environnement se déroulent.
Chaque fois que c'est techniquement possible, la ville achète
pour ses services des voitures électriques, et après
plusieurs années, il s'avère que la fiabilité
est bonne, et pour de nombreuses tâches c'est un excellent
moyen de transport non polluant. Seule restriction, la voiture
électrique est plus coûteuse à l'achat que
celle à essence et son autonomie est faible. Ce qui fait
dire au maire de Bourges qu'il est paradoxale que financièrement
parlant, il soit plus intéressant de rouler " sale
que propre ".
Le responsable municipale de l'environnement, Paul André
Aubrun s'investit beaucoup dans le tracé au sol des pistes
cyclables et de nombreux panneaux signalent la présence
possible de vélos. Le geste est intéressant, mais,
il ne rencontre pas toujours le succès escompté.
Le cycliste veut une piste pour lui tout seul, avec impossibilité
pour une voiture de le gêner. A Bourges, c'est du domaine
du rêve, sinon d'interdire les voitures en Centre Ville,
ce qui est loin de faire l'unanimité dans la population.
Le second, moins visible à court
terme est le remplacement d'une quinzaine de bus de la CTB, par
des véhicules neufs propulsés au GPL, c'est à
dire au gaz non polluant. Avec cette initiative concrète,
Bourges est en avance sur de nombreuses autres villes. Ainsi,
Serge Lepeltier marque des points dans un domaine où il
n'était pas du tout attendu. Les " Verts " de
l'opposition, sont " dépités qu'on leur prenne
leur fond de commerce" !
Quant au lac d'Auron, qui datait de 1977,
chaque année, des tonnes de sédiments se déversaient
et diminuaient sa profondeur, accentuant la présence d'algues.
Il fut décidé en mai 1998 de le vider pour retirer
les boues, un chantier monumental, mais indispensable. Lors des
appels d'offre, une société proposa de faire le
même travail sans vider le lac, en utilisant un système
d'aspiration avec des barges navigant sur le lac. Le coût
était plus élevé, mais la municipalité
évitait une querelle avec les amis des bêtes et
les pêcheurs ! Et puis vider le lac et extraire les boues
avec des bulldozers pouvait apporter des fissures dangereuses
et difficiles à réparer.
Au cours de l'année 1999, et cela se poursuivi en 2000,
sans tambour ni trompettes, les boues alluviaires du lac furent
enlevées, et un bassin de rétention fut construit
à l'arrivée de l'Auron dans le lac, afin d'éviter
dans le futur un retour à de tels travaux et dépenses.
Ainsi sur le lac, Serge Lepeltier marque des points face à
son opposition municipale qui avait laissé le lac s'envaser,
sans rien entreprendre
. Sinon des études.
Quant au dossier des marais, c'est, comme toujours, un casse-tête
pour la municipalité. Ce lieu est avant tout la propriété
de près de 1500 petits propriétaires qui cultivent
et entretiennent leur lopin. Après le travail du soir,
"le Berruyer", depuis un siècle " va au
marais ", là, il s'oxygène, bine les légumes
de son potager, et se repose ou discute avec ses voisins et amis.
La gestion de l'eau, l'entretien des " coulants ",
la protection du site est du ressort de chaque maraîcher.
Il devint nécessaire de faire " classer ces marais
", surtout pour éviter des constructions sauvages.
Le dossier est donc lancé, et le classement qui dure en
général entre 5 et 10 ans commence son périple.
Mais pour assurer l'entretien, l'association des maraîchers,
présidée par Yves Chéron, puis Claude Csorgei,
avec l'Etat et la Préfecture cherchent des solutions ;
la ville ne reste pas neutre.
C'est ainsi que fut décidée
la constitution de l'ASA, Association Syndicale Autorisée,
une structure capable " rassembler tous les maraîchers
dans une vaste opération de sauvegarde du site. "
car pour beaucoup, les marais de Bourges sont en danger. L'ASA
permet de recevoir de l'argent des pouvoirs publics, pour effectuer
le gros entretien, qui se chiffre à 500 000 francs annuellement
.
Une somme que ne peut pas apporter la ville, pour des aspects
juridiques, et les bénéfices de la fête annuelle
des marais, en septembre de chaque année ne sont pas à
la bonne échelle.
L'ASA va donc se constituer, avec en première ligne, l'AUMYVB,
Association des Usagers des Marais de l'Yèvre et de la
Voiselle, d'Yves Chéron, avec le soutien de la Préfecture
et de la Ville. Le parcourt administratif et juridique ne pose
pas de problème.
Et chacun se met au travail pour informer les maraîchers,
produire les documents administratifs et procéder au vote
de constitution de l'ASA. Une enquête publique, placée
sous la responsabilité de Bernard Rossignol nommé
commissaire enquêteur se déroule. On note beaucoup
de questions, des inquiétudes
.. de nombreux usagers
des marais sont déconcertés par ce projet d'ASA,
un "zinzin "de plus, et ils n'en comprennent pas l'utilité,
" chacun a qu'a nettoyer sa parcelle et son coulant
", entend-on dire le plus souvent. Bientôt, ce qui
ne devait être qu'une formalité se révèle
un casse tête inextricable. Des maraîchers opposés
au projet se forment en nouvelle association, sous la férule
de Christian Lamaire, avec pour certains, quelques arrières
pensées politique, " la mairie encourageant l'opération".
Bientôt, c'est la fronde généralisée
et le refus de l'ASA qui se traduit par un vote très négatif
sur cette nouvelle structure. Sur 240 suffrages exprimés,
29 sont favorables à l'ASA, 190 refusent, c'est bien l'échec.
Et les marais reviennent comme avant, sans structure centrale,
mais avec deux associations rivales, et l'entretient n'est toujours
pas traité. Quelques mois plus tard, certains maraîchers,
ne voyant plus de solutions en viennent à regretter le
choix de ce refus de l'ASA, avec des " on ne nous avait
pas bien expliqué
".
L'environnement concerne aussi la qualité
de l'eau à Bourges et dans ce domaine la ville, depuis
de nombreuses années n'est pas au hit parade, au contraire.
De par la nature du sous sol, et l'épandage des nitrates
par les agriculteurs du département, l'eau de Bourges
peut atteindre une teneur en nitrate de 70 mg par litre, cas
du prélèvement de juin 1998 à la station
de captage de la rue Henri Sellier, alors que les normes européennes
exigent une teneur en nitrate inférieure à 50 mg/l.
La situation qui n'est pas récente est inacceptable pour
la population et les élus.
Déjà, avant l'arrivée de Serge Lepeltier,
la municipalité avait travaillé ce dossier, et
une première étude montrait qu'une solution serait
d'aller chercher l'eau dans la Loire, à l'île du
Lac situé sur la commune de Herry à plus de 50
kilomètres de Bourges. Après Gilbert Camuzat vers
1990, ce projet très complexe, est poursuivi par Roland
Chamiot en 1995, il faut désormais entrer dans le concret
et ce n'est pas le plus simple. Les travaux à faire sont
considérables et les aspects administratifs inattendus.
Ainsi, l'appel d'offre doit être européen, pour
une somme de près de 150 millions de francs. Quant au
prix de l'eau, il continue d'augmenter, passant de 1994 à
1999, de 11 à 16 francs le mètre cube.
Le résultat, à la fin de 2001, doit être
qualitatif, avec une teneur en nitrate prévue de 25mg/l
au lieu des 55mg/l. Les travaux commencent fin 1998, avec la
réalisation de 3 puits à Herry, pour produire 1500
M3 d'eau par heure dans la nappe alluviale de la Loire.
L'environnement c'est aussi la gestion
des déchets, et avant 1995, la municipalité de
Jean Claude Sandrier avait lancé le projet et le début
de la construction d'une déchetterie sur la route des
quatre vents, elle est inaugurée en 1995 ( ?).
Pour Serge Lepeltier, Bourges doit disposer de 3 déchetteries
et non une seule. C'est ainsi que le 25 octobre 1999 est inaugurée
la déchetterie des Danjons, avant d'étudier la
troisième vers Bourges sud.
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