Roland Narboux - La franc-maçonnerie a Bourges- Encyclopédie

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LES FRANCS MAÇONS DE TRAVAIL ET FRATERNITE A BOURGES
Par Roland NARBOUX

Bourges, et une loge aura un caractère historique, elle est la première du XX ième siècle et elle est toujours très active à Bourges.

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TRAVAIL ET FRATERNITE: LA LOGE DE BOURGES

Renaissance de la loge de Bourges en 1903
La Franc-Maçonnerie du début du siècle
Une Loge percutante
La guerre de 1914

RENAISSANCE DE LA LOGE DE BOURGES EN 1903

Pourquoi la Franc-Maçonnerie est-elle absente à Bourges depuis 1851 ? C'est un des grands mystères de cette période. Les spécialistes cherchent des raisons : est-ce la faiblesse des Libres-Penseurs locaux, est-ce la puissance de l'Eglise et de l'Episcopat de Bourges ? Nul ne sait.

C'est en 1903 que va se constituer à Bourges la Loge "Travail et Fraternité", elle aura, par la qualité de ses membres, une importance considérable dans la vie publique de 1903 à aujourd'hui. Sur le plan municipal, si la plupart des Maires de Bourges de la période révolutionnaire furent Francs-Maçons, il semble que peu de Maire ne furent francs maçons depuis 1903 ! Par contre, les hauts fonctionnaires locaux, les instituteurs, les décideurs, étaient, dans de nombreux cas, des fidèles du Boulevard Chanzy, siège de la Maçonnerie locale.

Robert Durandeau, dans son "Histoire des Francs-Maçons en Berry", traite de la naissance de "Travail et Fraternité". C'est par l'action d'un Franc-Maçon de Vierzon, César Jean, que l'idée de recréer une Loge à Bourges fait son chemin à partir de 1893. Mais dans cette vénérable institution, on se hâte lentement, et "les demandes de constitution ne sont déposées que le 21 avril 1903". Le premier Vénérable "provisoire" sera Frédéric Grémillot, un rentier d'Asnières, alors que le collège des officiers comprendra un avoué, un fonctionnaire à la Préfecture de la Seine, et de nombreux fonctionnaires locaux, de Bourges ou de Saint-Amand.
La cérémonie dite de "l'allumage des feux" se déroule le dimanche 7 juin 1903, dans un local situé au numéro 4 rue de la Thaumassière, qui sera le premier Temple de ce début du siècle.

Deux personnages seront présents à cette installation : le "Très Illustre Frère Louis Lucipia", Ancien Président du Grand Orient de France, et le secrétaire Vadecart. Le premier était une "figure", il fut Communard, ami d'un autre Franc-Maçon Jules Vallès, condamné à mort, gracié, envoyé au bagne, il en revint en 1880. Il est ce que la bourgeoisie de l'époque a le plus en horreur : ancien communard, anticlérical, Franc-Maçon.... Un homme à abattre !
Au cours des discours de cette importante cérémonie, quelques lignes du Vénérable provisoire :
T.°. C.°. F.°. Lucipia
Permettez nous de vous dire combien grande a été notre satisfaction en apprenant la nouvelle que nous serions installés par vous alors que nous ne sommes qu'un atelier microscopique.
L'autre personnage présent à Bourges était le "Frère Vadecart", celui qui mettra en place, avec quelques autres Francs-Maçons, des fiches de renseignements sur la fidélité à la République des officiers de l'armée française, laquelle était très monarchique ; le pouvoir voulait enfin récompenser les officiers républicains jusqu'alors particulièrement brimés. Finalement, ce sera la célèbre "affaire des fiches" qui fera tomber le Ministère d'Emile Combes. Localement, les Berruyers auront, quelques années plus tard, en 1908, le privilège de voir figurer dans le journal "Le Petit Berrichon", les noms des Francs-Maçons du département... une pratique odieuse que l'on retrouvera dans les plus sombres jours de l'Occupation.

CHANGEMENT DE TEMPLE

Si le premier Temple est installé au 4 rue de la Thaumassière, juste à côté de l'Ecole de La Thaumassière, mais cela ne va pas durer très longtemps.

En effet la création d'une loge à Bourges ne va pas rencontrer une accueil chaleureux et ce seront des réactions violente par un front anti-maçonnique, entretenu par la présence des personnalités descendues de Paris à Bourges, et ce fut la tripleoffensive des ennemis de mla franc maçonnerie : la droite, les cléricaux et les militaires.

La cible sera le Vénérable de la Loge, Félix Courbier, qui était aussi directeur du journal l'Avenir du Cher, et il est traduit en justice pour diffamation, par son concurrent local l'Echo du Cher qu'il accusait "de commencer à éjaculer les injures habituelles aux gens du clergé" tout en comprenant "que les cléricaux éprouvent un vif chagrin en voyant reconstituer l'oeuvre démolie par eux lors du coup d'état de 1851".

Et le résultat de ces querelles, ce fut l'expulsion de la rue de la Thaumassière quelques mois après l'installation de la Loge.

C'est le 10 décembre 1905, en pleine période politque de séparations des Eglises et de l'Etat, que le frère François Soubret présente un projet de construction d'un temple, montrant les premiers plans de l'édifice, situé sur un terrain boulevard Chanzy, au bord de l'Yèvrette.

Ce nouveau Temple qui existe toujours est inauguré de manière solennelle le 14 octobre 1906.

 

LA FRANC-MAÇONNERIE DU DEBUT DU XX ième SIECLE

Parmi les discours entendus ce jour-là 7 juin 1903, il n'est guère fait état de la situation conflictuelle de la Franc-Maçonnerie avec l'Episcopat. C'est au contraire une "tenue" très solennelle qui se termine par les élections du collège des officiers. C'est le F.°. Courbier qui devient le Vénérable de la toute nouvelle Loge berruyère.
Par contre dès la réunion suivante, alors que trois "entrées", appelées "initiations" sont au programme, l'Orateur explique aux nouveaux "Frères" ce qu'est cette Franc-Maçonnerie si attaquée dans la presse :


"La F.°. M.°. quoi qu'on en dise n'est pas, dans son essence même, une institution politique ; elle domine la politique, elle la surveille comme le moteur de la vie publique. Elle peut à un moment donné la diriger ou la modérer, mais elle n'entre jamais officiellement et comme institution dans le domaine des luttes privées, c'est à dire dans l'arène électorale."

Puis il ajoute que la F.°. M.°. est surtout une école d'émancipation morale, et de perfectionnement intellectuel. Elle met le travail au premier plan des activités du Franc-Maçon.
Les Loges, à Bourges et en France, sont de véritables laboratoires où se forgent les idées. Dans le "Livre d'Architecture de Travail et Fraternité", des travaux sont présentés sur les sujets les plus diversifiés. En 1912, par exemple, figure "l'Etude du Collectivisme", puis " les modifications à la loi des retraites ouvrières" et quelques semaines plus tard, un F.°. propose une "planche" sur "Le Gabon et les réformes nécessaires". Au niveau du "Convent", les F.°. de Bourges réfléchissent sur la question proposée :
"Comment concevez-vous l'organisation nationale de l'instruction et de l'éducation dans la démocratie au point de vue industriel, commercial, agricole et technique ?".

La F.°. M.°. travaille selon un rite, avec une symbolique peu accessible au monde profane, c'est un point important à "Travail et Fraternité". Les sujets locaux sont rarement traités, il en est de même de la politique. L'Orateur au cours d'une de ces tenues du début du siècle en parlera en ces termes :


"La F.°. M.°. laisse à ses membres leur plus entière liberté dans l'accomplissement de leurs devoirs civiques."
Enfin, les questions religieuses ne sont pas absentes, l'orateur décrit les atrocités perpétrées par les catholiques au fil des siècles, "... on ne rencontre qu'assassinats, horribles cruautés, à mettre sur le compte du fanatisme religieux. Alors que la F.°. M.°. a toujours prêché la fraternité, l'assistance, la piété et a mis son orgueil à défendre la veuve et l'orphelin".

 

Au cours de cette période, de 1903 à 1914, la Franc-Maçonnerie sera très active. En premier lieu par l'importance de son recrutement. Les premières années sont consacrées à asseoir la Loge en augmentant le nombre de ses adhérents. Au cours des "tenues", ce sont souvent 3 à 4 nouveaux profanes qui sont initiés et deviennent des "apprentis francs-maçons". Il y a beaucoup de personnel enseignant, mais aussi des ouvriers des Etablissements Militaires, ainsi que des officiers de carrière.

UNE LOGE PERCUTANTE

Lors de la réunion du 24 janvier 1904, le Vénérable de "Travail et Fraternité", Courbier reçoit deux visiteurs Francs-Maçons : Daumy, sénateur du Cher, accompagné de Béraud sénateur du Vaucluse. Dans les travaux qui suivirent l'interrogation d'un profane "sous le bandeau", le F.°. Soubret proposa de voter une "adresse au F.°. Combes ministre de l'Intérieur, Président du Conseil avec leurs plus chaleureuses et frat.°. félicitations à l'occasion de la défaite qu'il vient d'infliger à la coalition réactionnaire et cléricale rangée sous le drapeau nationaliste à la date du 22 janvier dernier".

Et sur la lancée de ces phrases qui situent bien le combat de la Franc-Maçonnerie, les mêmes Frères proposent une seconde "adresse", acceptée, comme la première à l'unanimité :


"prient leur compatriote et F.°. Henri Brisson de vouloir bien accepter l'expression de leur plus frat.°. sympathie à l'occasion de son élection à la Présidence de la Chambre des Députés".

Les attaques dont sont l'objet les Francs-Maçons dans les journaux de Bourges et du Cher ont exaspéré certains Frères, et l'un d'eux a répondu en tant que Franc-Maçon. Ce fait lui est reproché par le Vénérable qui rappelle que toute réaction doit avoir reçu l'approbation "de celui qui a la responsabilité morale de la marche de l'atelier", et il ajoute que "la maçonnerie a été attaquée et vilipendée, que jamais elle n'a daigné répondre à ces attaques et que c'est ce qui en fait sa force. Il y a intérêt à traiter par le mépris les attaques générales dont elle peut être l'objet".

La Franc-Maçonnerie berruyère s'affirme comme une force avec laquelle il faut compter. Elle applique le principe de laïcité, c'est à dire la séparation totale de l'Etat et des religions, quel qu'elles soient. Cela se traduit par la volonté d'avoir une école laïque dans laquelle, tous les enfants, sans tenir compte de leur croyance pourront apprendre à lire, écrire et compter. Elle est basée sur la liberté de conscience et luttera contre tous les cléricalismes. C'est pourquoi, les Francs-Maçons seront toujours pourchassés pendant toute la période de l'entre-deux guerres.

C'est à cette époque que la Franc-Maçonnerie devient une Association légale. Le texte du journal Officiel est le suivant :
"... Le Grand Orient de France, Association ayant pour objet : la recherche de la vérité, l'étude de la morale, la pratique de la solidarité, elle travaille à l'amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l'humanité. Siège social : rue Cadet, 16. A Paris".

Les journaux qui relatent cette information ajoutent que la Franc-Maçonnerie tient sa puissance par sa qualité de société secrète et que le fait de devenir une Association "reconnue d'utilité publique" ne changera rien. Le Journal du Cher signale après un titre sur "une déclaration sensationnelle" que "toutes les révolutions, en France, en Italie, au Portugal, en Turquie, en Perse, en Chine sont le fait des Francs-Maçons....". Il rappelle aussi que le "Frère Brisson" à la Chambre des Députés, fit un jour un signe symbolique du haut de la tribune en criant "à moi les enfants de la veuve" et tout s'aplanit et s'arrangea au Parlement. La conclusion du journaliste est assez symptomatique de l'esprit de l'époque, peu favorable en général à cette société humaniste : "Désormais la Franc-Maçonnerie sera invitée à toutes les cérémonies officielles. Elle avait tous les profits, elle avait le pouvoir ; elle veut aussi les honneurs". On ne peut être plus perfide !

On notera en 1908, la publication des noms de tous les francs-maçons dans le journal local appelé "le Petit Berrichon", et le journal dénonce ces hommes qu'il faut "atteindre", aussi un lieutenant des Dragons va gifler en public le frère Ferapié".

 

le début de la loge Travail et fraternité sont donc difficiles, mais cela ne va pas empêcher la loge de prospérer.

 

LA GUERRE DE 1914

On retrouve ces Américains de curieuse manière chez les Franc-Maçons de Bourges en 1918. La Franc-Maçonnerie locale, avec la Loge "Travail et Fraternité" n'avait jamais suspendu ses travaux pendant tout le conflit. Il y avait bien eu quelques difficultés au début de la Guerre, car de nombreux F.°. étaient mobilisés et les plus anciens ne pouvaient plus se déplacer facilement pour venir au nouveau Temple situé Boulevard Chanzy.

L'Atelier était placé sous la Présidence de Marcel Soubret, parmi les Francs-Maçons de l'époque, on retrouve les noms de Vatan, Grémillot et Bruneau. Un jour de réunion, les Maçons berruyers eurent la surprise de voir arriver à la porte du Temple, deux "Frères" américains, Eisenberg et Léo, d'une Loge de Chicago. Sans doute favorablement impressionnés par cette "Tenue" en terre berrichonne, ils vont revenir en délégation quelques semaines plus tard à une autre "Tenue", et cette fois, ce sont 60 Francs-Maçons américains qui prennent place sur les colonnes du Temple.
Après ce grand moment de Fraternité, les Américains vont rendre la pareille à leurs "Frères" berruyers et ils organiseront un grand banquet Franco-Américain dans la Grande salle du Palais du Duc Jean, ils seront cette fois 300 Francs-Maçons venus d'Amérique et stationnés dans la région de Bourges. Cela donne une idée de la puissance de cette Franc-Maçonnerie Américaine.

Pendant toute la durée de la guerre, la Franc-Maçonnerie va se situer dans la mouvance de 'l'Union sacrée". Pourtant, au plan local, des travaux porteront sur la fraternité Franco-Allemande entre les F.°. qui se battent dans les tranchées. Un discours à caractère très pacifiste sera entendu à Bourges en pleine guerre, à la grande stupeur d'un délégué de Paris, qui fera tout pour que de tels propos ne puissent pas "sortir du Temple", il n'était pas admissible à cette époque de vouloir démontrer que la responsabilité du conflit était bien partagée entre les deux camps. Les Francs-Maçons ont toujours été très libres, en toute circonstance.
La guerre terminée, de nombreuses manifestations avec les Américains seront organisées. Bourges verra la présence du frère, le Général Pershing, commandant en chef, puis celle de Margaret Wilson, la fille du Président des Etats-Unis, lui aussi franc-maçon, elle donnera un concert aux troupes U.S. présentes en terre berrichonne.


LES LOGES DE BOURGES DANS L'ENTRE-DEUX GUERRE

 

Franc-maçonnerie et politique à Bourges
Les années 1930 à Bourges
La Franc-Maçonnerie et les affaires
Les femmes berrichonne en maçonnerie
Le front populaire

FRANCS-MAÇONS ET POLITIQUE A BOURGES

La guerre est terminée, c'est "la der des der", et la politique reprend le dessus. En 15 jours de temps vont se dérouler dans tout le pays, les élections Législatives, puis les Municipales. C'est l'effervescence à Bourges où les listes s'établissent. Du côté des socialistes, la tendance des modérés emporte les suffrages des militants lors du congrès départemental d'octobre. Laudier, secrétaire de la Fédération devient pour les deux cas, tête de liste, il est suivi d'Emile Dumas député sortant, puis Charles Migraine, Pierre Hervier, secrétaire de la Bourse du Travail et enfin Augustin Durand, marqué "négociant à Bourges", et qui "représentait la Loge de Bourges".
Pierre Hervier est né le 13 septembre 1868 à Bourges. Jusqu'à la guerre, c'est lui qui va organiser l'action syndicale dans tout le département du Cher. Antimilitariste notoire, Hervier n'était pourtant pas un des plus extrémistes. Aussi, lorsqu'il fut arrêté en juillet 1913 pour avoir organisé "le sou du soldat", les protestations du monde syndical tout entier furent retentissantes. Il était parmi les socialistes de la première heure, mais pendant tout le conflit, lui, l'anti-militariste entra dans "l'Union Sacrée". Il resta à Bourges pendant la guerre et fut le principal rédacteur du journal "La Défense", organe des socialistes, remplaçant à la fois "L'Emancipateur" et "Le Syndiqué du Cher". Il eut en cette occasion à concilier les positions les plus extrêmes. Il s'opposa au pacifisme qui se développait aux Etablissements Militaires, tout en soutenant la grève du 1er mai 1918, pour ne pas être débordé par les minoritaires.

Au moment où il se présentait aux Législatives, il faisait une demande pour entrer dans la Loge maçonnique de Bourges. Les rapports d'enquête furent très favorables, même si quelques F.°. demandèrent au récipiendaire de s'expliquer sur certaines attaques contre les Francs-Maçons qu'il avait faites avant-guerre. Hervier s'en tira bien et fut initié en juillet 1920.
Les relations entre les adeptes de la Franc-Maçonnerie et les partisans de la IIIe Internationale passeront par des phases difficiles. Ainsi, en novembre 1922, au Congrès de Moscou, les Francs-Maçons durent choisir entre leur appartenance à l'Ordre Maçonnique ou au Parti Communiste. Ils étaient en quelque sorte "excommuniés".

 

Les élections législatives du 11 mai 1924. Il s'agit de choisir les députés qui remplaceront la "Chambre bleu horizon" de 1919.
Ces élections se déroulent à la proportionnelle par arrondissement. Dans le Cher, pour l'arrondissement de Bourges, 4 listes sont en contact :
- la liste de Concentration Républicaine, emmenée par Foucrier et Massé.
- la liste du Bloc Ouvrier Paysan, d'obédience communiste avec le cordonnier Emile Lerat et un ajusteur : Gaston Cornavin.
- la liste d'Union Républicaine et Socialiste, avec deux députés sortants : Henri Laudier et Marcel Plaisant. Cette liste comprend aussi Emile Perraudin, Pierre Valude et Gustave Vinatel.
Enfin dernière liste, celle d'Union Nationale Républicaine, elle est conduite par Pierre Dubois.

La campagne électorale est terrible, c'est un affrontement entre les communistes et les socialistes de la S.F.I.O. Les communistes sont les hommes à battre, ils sont perçus par les gens du gouvernement comme des esprits malfaisants.
Le journal du Parti Communiste l'Emancipateur écrit le 6 avril 1924 sur le Député-Maire de Bourges :
" Monsieur Laudier, dont le discrédit est déjà grand, vient de sombrer pour toujours dans la fange. Qu'attend le parti S.F.I.O. pour prononcer son exclusion ?".
Les arguments contre Laudier "le beau parleur" sont connus, il devient modéré, lui le révolutionnaire. Pour le PC, il y a eu manoeuvre, "à la grande satisfaction de certains fonctionnaires bien en cour à la Loge de Bourges, qui ont eu à certaines heures une attitude moins équivoque."
La Franc-Maçonnerie est présente dans la campagne. Dans un courrier des lecteurs, un catholique, comme il se nomme, écrit au journal : " Il ne serait pas sans intérêt de consulter les registres de la Loge de Bourges on y ferait des découvertes intéressantes ". La question d'alors était : " Charles Dumarçay sur la liste Foucrier, est-il Franc-Maçon ?".
Laudier a perdu son siège de député. et sortira très dépité de ces élections. Il va dès lors se consacrer à sa ville. Il

Maurice Boin se bat contre Laudier aux Municipales de 1925, il n'est pas élu, mais son score est meilleur que celui de Cornavin lors des précédentes législatives. C'est alors que commence à l'intérieur du Parti Communiste une lutte d'influence opposant Boin et Cornavin. Les plus durs du P.C. reprochent à Boin, sa modération, sa bienveillance avec certains éléments de la bourgeoisie, et ses contacts avec les Francs-Maçons. En réalité, il ne fut, semble-t-il jamais Franc-Maçon, c'est son frère, René qui entra en Loge. Claude Pennetier rapporte que Louis Buvat en 1928 jugeait ainsi son "camarade" de la manière suivante : "Boin est un arriviste, un anti-communiste et que s'il était candidat, il fallait lui donner la plus mauvaise circonscription".

 

En février 1934, le Maire de Bourges fit traîner les choses, et refusa de répondre aux injonctions des socialistes. Il se mettait de lui-même en dehors du Parti. Avec Maurice Boin, il tentera de constituer plus tard des listes de type "Union Socialiste et Républicaine", mais ces différentes appelations montraient que Laudier n'était plus en accord avec la S.F.I.O. de Blum. Une page de sa vie politique était tournée. Pour le remplacer dans le département, les socialistes se tourneront vers un "jeune loup" de la politique : Robert Lazurick.
Lazurick, au congrès départemental du Cher du Parti Socialiste remplace Laudier. Lazurick venait de la région parisienne, il était né le 3 avril 1895 et après un engagement très tôt aux jeunesses socialistes puis une participation à la guerre, il devient avocat à Paris. Au Congrès de Tours, Lazurick est dans la majorité communistes dont il s'écarte trois ans plus tard pour revenir à la S.F.I.O.. C'est en 1929 qu'il se décide à venir en Berry, du côté de Saint Amand pour représenter le Parti Socialiste. Franc-Maçon depuis le 9 mars 1927, il est qualifié d'arriviste et de "membre des deux cents familles", Lazurick s'implante et s'impose dans le Cher qu'il parcourt sans arrêt, il est débordant d'activité.

QUI ETAIT FRANC-MACON EN 1930 A BOURGES ?

En reprenant les archives de la Loge Travail et Fraternité, on constate par exemple en octobre 1933 la présence de :
- Marcel Soubret
- Chardon et Ancel
- Taizière , Alphonse Durand, Chevillard, Niepceron et Bouillot.
Ils composent l'équipe dirigeante de la Loge, alors que dans le Temple se trouvent :

- Debret, Boury, Paul Renaud, Louis Gaudry, Marc Gaudry, Charbonnier, André, Patissier, Laudet, Ernoux René, Alexis Goussard, Talon, Griffet, André Aubry, Chègne, Morin, Raffaitin, Maurice Ernoux, Lepain, Filliole, Merlin, Charpentier, Edgard Dubois, Galopin, Mourier, Blanchet, Fleury, Marcel Renaud, Joly.
- Legay, Berthommier, Bonneau, Buffet, Dubois G., Buisson, Barboux, Moreau, Louis Aubry, André Goussard, Labaye, Chabot, Labasse, Bernardin, Fredonnet, Bernard Pilorget, Magnon, Dumont, Odian, Guin, Perrier, Fouledeau, Pelloile, Boulet, Chassiot, Zucca.Duneufgermain,(1938)
- Berger, Cotillon, Bonnet, Fabry, Robinet, Beuzelin,
ajouter sans savoir la date d'entrée :
- Quitollet, Guillaume

Il y a donc sensiblement une soixantaine de "frères" à Travail et Fraternité.

Alors que le "frère" Augustin Durand démissione en octobre 1933, la Loge reçoit trois nouveaux postulants : Paul Soubret, fils du vénérable, Emile Richoux et Lucien Troit. Il y a souvent dans la franc-maçonnerie, des dynasties. A Bourges celle des Soubret est célèbre puisque le vénérable Marcel Soubret remet à son fils Paul, le tablier de son père François, un des fondateurs de la loge berruyère qui resta vénérable pendant 18 ans.

 
Les Vénérables de Travail et Fraternité
 
- Grémillot Fondateur de la Loge et premier Vénérable lors de l'allumage des feux
- Courbier Premier Vénérable
- Soubret François, il meurt au cours d'une tenue dans le Temple. en 1924
- Durand Augustin : 1925 - 1932
- Marcel Soubret : 1932 - 1950
- Alphonse Durand : 1950 - 1956
- Flouret : 1956 - 1959
- Labesse Marcel : 1059 - 1962
- Duchereux Albert : 1962 - 1965
- Brunet René : 1965 -1968
- Fradet Aimé : 1968 - 1973
- Tavernier Jean : 1973 - 1977
- Rasori Julien : 1977 - 1980

Les finances en 1933 :
Recettes 18382,77
Dépenses 10 642,08
Reste en caisse 7739,09

Les entrées entre 1933 et 1939 :

1933 Vignau, professeur à l'Ecole Normale (il démissionna pour raison pécunière en 36).
1935 Richard, Méry, Bailly, Bourlier (13 janvier)
1935 Henri Girard, vérificateur aux PTT de Vierzon, Roger Billard (affiliation)
1935 Policard, Calmette Blancheton (par affiliation)
1936 Julien Gaudry, Max Désolu (de Bangui !)
1937 Laporte garagiste, Mercier entrepreneur
1938 Bailly, Pontonnier Marcel, sous ingénieur et Louis Delamarre, médecin, Verpillot 1938 Albert sous-lieutenant aviateur, Salomon, Chirurgien dentiste,, Sautereau Jacques, avocat
1938 Amat Cyprien Contrôleur principal. ?
1938 Boulet Pierre
1939 Debournoux entrepreneur à Vierzon ?
1939 Marcel Gousset employé à la Préfecture, Pierre Minard modeleur sur bois.

 

Démissions en :

1937 : Labaye, Gimonet, Guery, Bouillot, Talon, Boullé
1938 : Labasse, Monier, Faix, Pousin.

Bourlier Grand Expert de 1938 jusqu'à la guerre

LES ANNEES 1930 A BOURGES

Les seules archives disponibles sont celles de la loge Travail et Fraternité, c'est semble-t-il la seule loge du département du Cher, il faudra attendre 1936/37 pour voir apparaître une seconde loge dite "mixte" et appartenant à l'obédience du Droit Humain.

Le Vénérable de la Loge est alors Marcel Soubret, il est issu d'une famille de francs-maçons, puisque son père François était aussi dans l'Ordre. Marcel Soubret occupera ce poste pendant 15 ans. Les réunions se tiennent chaque mois, et par exemple, pour l'année 1934, il y a eu 11 réunions.

Dans cette période, les sujets de discussion tournent autour des questions sur le fascisme. Le 12 novembre 1933, la question proposée et traitée par les "frères" de Bourges est une "Etude des doctrines fascistes et des moyens de les combattre". Les francs-maçons ont conscience que si les régimes fascistes se développent en Europe et en France, il en sera terminé de la démocratie et de la Franc-Maçonnerie.

Après les événements fascisants du 6 février 1934, la réunion qui suit 5 jours plus tard évoque en terme non équivoque :

"....tous les frères qui prennent part à la discussion, jugent la situation très grave, le régime est menacé. Ils regrettent profondément que les partis de gauche ne soient pas unis plus étroitement, pour réprimer avec plus de rigueur le mouvement fasciste".

Le 21 mai de cette même année 1934, le Grand Maître du Grand Orient de France, Arthur Groussier (que l'on appelait alors Président du Conseil de l'Ordre), vient à Bourges pour la première fois. C'est un personnage important, il entendra, au cours de la "tenue" les propos de l'Orateur qui fera un historique de la Loge avant d'évoquer les problèmes du moment :

" La maçonnerie connaît aujourd'hui des attaques d'une rare violence, elle a déjà subit de nombreux assauts..... si ces attaques ne doivent pas nous émouvoir, elles ne doivent pas nous laisser indifférents. N'oublions pas que les recommencements de l'histoire nous guettent.
Que si en 1792, en 1848 en 1870, nous avons fait triompher la justice, chaque fois, le 18 brumaire, le 2 décembre, et le 16 mai nos efforts ont été contrariés".

L'Orateur de Travail et fraternité rappela alors un discours d'Arthur Groussier prononcé en 1927, dans lequel il disait que "si le bâillon s'abattait sur la liberté d'expression de la pensée", il n'hésiterait pas à demander aux Francs-Maçons à intervenir en dehors de leurs Temples, "nous lutterions sans merci pour préserver nos libertés".

LA FRANC-MACONNERIE ET LES "AFFAIRES"

La Franc-Maçonnerie est attaquée de toute part, on la rend responsable des "affaires" du moment. C'est en particulier l'affaire Stavisky et celle du conseiller Prince, dans ces deux cas, la presse de droite met en oeuvre une politique qui a pour but de déstabiliser la Maçonnerie et la République.

Le 9 décembre 1934, un dignitaire de l'Ordre vient à Bourges pour parler de ces deux affaires. Il s'agit de Gaston Martin, par ailleurs député qui explique avec de nombreux détails, ce qu'est cette "affaire" et la position de l'Ordre maçonnique.
Gaston Martin insiste sur le fait que tous les francs-maçons compromis ont été radiés impitoyablement. Il ajoutera : "vous pouvez dire que la maison est propre, elle a été nettoyée, qu'attendent nos ennemis pour en faire autant chez eux".

Ces "affaires" ont fait grand bruit et plusieurs loges ont demandé un "convent extraordinaire" pour traiter du sujet. Et l'Ordre reconnaît implicitement qu'il y a eu certains carences, puisque des "frères" journalistes et députés seront exclus du Grand Orient de France.
A cette époque, les loges avaient ouvert leur porte de manière sans doute trop importantes, et de nombreux profanes avaient fait leur entrée, avec pour seul objectif s'obtenir des avantages de toute nature. La légende courrait depuis des décennies que pour obtenir une légion d'honneur.... il fallait mieux être franc-maçon !

Les loges font le ménage elles aussi, à Vichy, il est décidé qu'il n'y aura aucune entrée pendant un an, et une trentaine de "frères" sont exclus. A Bourges, aucun phénomène de ce type, il n'y a pas, à la lecture des archives, de dissension entre les "frères".

LES FEMMES BERRICHONNE EN MACONNERIE : LE DROIT HUMAIN

La franc-maçonnerie est au Grand Orient de France strictement masculine, mais de tout temps, le débat sur l'entrée des femmes dans l'Ordre a occupé de nombreuses réunions.
Ainsi, le 10 décembre 1933, il est question d'un groupe soi-disant maçonnique mixte, et la réaction des "frères" est virulente ou dédaigneuse. Pour les uns, "c'est un miroir d'alouettes", pour les autres, "laissons venir, ce n'est pas dangereux". Il y avait les partisans de l'entrée des femmes, et ceux qui préféraient quitter la maçonnerie plutôt que de rester sur les colonnes avec des femmes.....

C'est le 12 juillet 1936 que commence la tentative de créer une loge de l'obédience du Droit Humain, qui était une obédience mixte. C'est le "frère" Rolland qui est chargé de cette délicate tâche.
Après avoir reçu l'accord de l'obédience mixte, il lui faut trouver des "frères" et des "soeurs", mais aussi un local.

A cette création, il y a 11 frères et soeur, une grande partie venant du Grand Orient de France, quelques uns de la Grande Loge de France.

Localement, c'est le frère Augustin Durand qui possédait "l'Imprimerie nouvelle", qui fournit non seulement un local, mais aussi le nom de la loge "Pax Labore", ce qui signifie, la paix par le travail, et en cette période trouble au plan international, c'était un nom prédestiné...

Le local rue Fulton dans cette imprimerie ne dure pas, et les frères et soeurs se tourent vers le temple de la rue Chanzy, qui appartenait à des frères de Travail et Fraternité du Grand Orient de France. Avec le "système D", chacun trouva les "outils" pour les réunions maçonniques, équerre, colonnes, et même les épées, issues d'une fanfare.


Le débat à Travail et Fraternité va beaucoup occuper les "frères". Dans un premier temps, la personnalité du "frère" Rolland est suspecte, il a en effet été autrefois refusé à sa demande d'entrée au Grand Orient de France, et puis la cohabitation dans un même Temple, d'hommes et de femmes gênerait la sérénité des débats, alors qu'il ne s'agit pas de réunions communes. Finalement, la location du Temple de Travail et Fraternité est refusée au Droit Humain.
Au mois d'octobre, une nouvelle demande est formulée par le Droit Humain, et un "frère" signale que si la personnalité du "frère" Rolland pose un problème, il apparaît que le premier Vénérable de la Loge sera le "frère" Mérigot, un homme oh combien estimable.

Rien n'y fait, le 9 mai 1937, c'est un nouveau refus.

Les relations vont toutefois s'améliorer, puisque Pax labore envoie à Travail et Fraternité les voeux pour la nouvelle année 1938. Et le 13 mars 1938, le Vénérable de Pax labore, le "frère" Billard redemande la possibilité d'utiliser le Temple de Travail et Fraternité. Cette fois ce n'est plus un non catégorique, mais "on verra à la prochaine tenue".
Il faudra attendre le 10 avril 1938, pour que les "frères" de Travail et Fraternité acceptent à l'unanimité la Convention entre la loge du Grand Orient et celle du Droit Humain, pour que Pax Labore soit autorisée, comme sous-locataire à utiliser le Temple.

Commence alors une aventure qui dure toujours, et la loge mixte a fêté ses 80 ans à l'automne 1937, même si les premières semaines furent difficles, puisque sentant venir des événements graves, la direction du Droit Humain demanda en 1938 de cesser toute initiation.

Effectivement, en juin 1940, ce fut la fermeture du temple et la dispersion des frères et soeurs.

LE FRONT POPULAIRE

La politique ne semble pas entrer directement dans les loges berruyères, ainsi, les élections de 1936 qui donnent la majorité au Front Populaire ne donnent pas lieu à des discussions importantes en Loge.
En mars, avril, mai, et juin 1936, la Loge Travail et Fraternité initie plusieurs profanes, et traite de différents sujets comme le Compagnonnage. Mais aucune allusion dans les archives retrouvées sur la situation politique du pays.
Il faut attendre octobre 1936 pour que le "frère" Soubret Edouard évoque dans ses impressions du Convent de 1936 quelques éléments sur la situation politique française :


".... Il est regrettable que le tempérament français soit enclin à dénigrer tout ce qui se fait en France. Quand à l'étranger nous lisons les journaux français, on a l'impression que la France est toujours en révolution, ce n'est qu'après un certain séjour sur notre sol que l'on s'aperçoit qu'il n'en est rien." Le "frère" en question revient en France après plusieurs années passées à Beyrouth.

Il parle ensuite de ce qu'il a entendu au Convent sur la question économique :


"qui a été traitée en détail, il existe un paradoxe, certains pays comme l'Angleterre qui ont 47% d'individus sous-alimentés. Ailleurs on brûle le café, pour ne pas le dévaluer, on arrache les vignes pour vendre le vin plus cher, on limite l'ensemencement du blé. Pendant que des gens meurent de faim, on spécule sur la misère humaine. Nous ne pouvons plus parler d'économie nationale, c'est une question internationale".

C'est un propos très actuel qui est développé par le "frère" Soubret. Il poursuit son exposé par la loi de 40 heures, qui prouve que "la France a toujours été à l'avant-garde de l'émancipation humaine, ..... et de l'amélioration du sort de la classe ouvrière".
Le Convent fustige les spéculateurs, parle de "la guerre, cette folie collective,..... dont nous espérons que les jeunes ne la verront pas".

En 1938, il est à nouveau question du gouvernement de Front Populaire, mais sous forme d'une désillusion, un "frère" sur l'analyse d'un travail du Comité de laïcité signale que la Franc-Maçonnerie n'utilise pas assez "la T.S.F. et le cinéma pour faire passer les idées généreuses de laïcité", puis il en vient à un sujet plus politique :
" On attendait beaucoup d'un gouvernement de Front Populaire, un pouvoir d'achat régénéré, la diminution du nombre des chômeurs... etc. On constate avec mélancolie que c'était en partie des illusions. Bien plus, la laïcité n'est-elle pas compromise, le chef du gouvernement et le ministre de l'Instruction publique viennent de recevoir une décoration papale !"

Le "frère" termine son exposé en faisant un parallèle entre le gouvernement Laval qui a laissé Mussolini s'emparer de l'Ethiopie et celui du Front Populaire "laissant les Républicains Espagnols se défendre seuls contre le fascisme européen".

La sensibilité de "gauche" de la Franc-Maçonnerie apparaît bien dans ces discours en Loge, avec toujours, une farouche volonté de défendre la démocratie et la laïcité.

A LA VEILLE DE LA GUERRE DE 39/40

Les travaux en Loge se poursuivent à Travail et Fraternité, des questions sont traitées comme "L'organisation des loisirs", ou la "Réforme de la représentation populaire, avec ce corollaire : est-elle souhaitable, y-a-t-il lieu de modifier les modes d'élection, la durée des mandats et les attributions des élus ?"

La guerre approche, mais les travaux des Loges ne sont pas perturbées, il y a une certaine sérénité, sans doute du fatalisme. Lorsque la Loge se réunit le 8 octobre 1939, on parle peu de la guerre, tout juste pour donner des nouvelles de plusieurs "frères" qui sont au front et qui ont envoyé des cartes postales..... Le Vénérable signale les événements heureux comme la décoration de deux "frères", et malheureux comme "la catastrophe qui a nom guerre depuis le 3 septembre", ce sont les seules allusions de la réunion de loge.

Les "frères" ne semblent pas pouvoir faire quoique ce soit en face de la guerre, ils sont résignés, et les travaux, pendant "la drôle de guerre" sont badins ou historiques, comme l'histoire des Loges de Bourges depuis celle d'Aubigny, jusqu'à la Révolution.

Les réunions se déroulent de manière normales, et seule la "tenue" du mois de mai 40 a été annulée "par suite des tirs", lors de la réunion du 9 juin 1940, un "frère" mobilisé aux usines Rosières "annonce sa visite à la prochaine tenue", alors qu'une lettre d'un profane demande son admission dans la Franc-Maçonnerie..... Le moment n'est peut être pas très bien choisi !
La question étudiée par les Loges s'intitule : "Les causes profondes de la guerre", mais il est trop tard, le travail est lu en Loge alors que les Allemands déferlent sur le Berry.

 

La période de la guerre est une des plus sombre pour les francs-maçons. Dès le 13 août 1940, avant les lois contre les juifs, les premiers décrets contre la Franc-Maçonnerie sont publiés. Les sociétés secrètes sont interdites, leurs biens sont spoliés. Le 19 août, c'est l'interdiction du Grand Orient et de la Grande Loge de France. Plus tard, les noms des dignitaires de l'Ordre maçonnique seront publiés, bientôt les Francs-Maçons ne pourront plus exercer dans la fonction publique.

Dès le 7 août, les responsables du Grand Orient de France, Arthur Groussier et Louis Villard vont écrire que les Loges cessent toute leur activité.
Après la guerre, une polémique s'ensuivra, car si les dignitaires de l'Ordre l'ont fait pour épargner aux "frères" les mesures prises contre les francs-maçons, la fin de la lettre se termine par ces mots : "Nous vous prions, Monsieur le Maréchal, de bien vouloir agréer l'assurance de notre profond respect." Ces derniers mots seront largement reprochés à Arthur Groussier.

Les Francs-Maçons avaient tout à redouter du nouveau pouvoir, et c'est ce qui va se passer. Pétain ne disait-il pas : " Un juif n'est jamais responsable de ses origines, un Franc-Maçon l'est toujours de ses choix".
Si Pétain et une partie de son entourage sont de farouches adversaires de la Franc-Maçonnerie, Laval, en fin politicien et pour avoir côtoyé de nombreux parlementaires maçons, trouve que les mesures prises contre les Francs-Maçons sont excessives.

Un courrier de la Loge Pax-Labore au mois de décembre 1939 informe l'ensemble des obédiences qu'elle cesse ses travaux pour la durée des hostilités. En effet, il apparaît que de nombreux "frères" sont mobilisés et il n'est pas possible de réunir un nombre suffisant de "frères" et de "soeurs"

La dernière "tenue" de Travail et Fraternité se tient le 14 juillet 1940, à 9 h 40, il y a peu de "frères" entourant le Vénérable Marcel Soubret, les archives disponibles sont succinctes, on peut lire :


".... Après avoir commenté sommairement les événements récents et déploré que les "frères" ne soient pas en plus grand nombre, le Vénérable déclare que nous pouvons nous attendre au pire de la part du gouvernement Pétain - Laval. La République est détruite par ses ennemis de toujours et la carence de l'Assemblée Nationale. Il reste à détruire la Franc-Maçonnerie et le nouveau chef de l'Etat n'y faillira sans doute pas. Ce Maréchal, aux ordres d'Hitler, est certainement hostile à la Franc-Maçonnerie et les persécutions sont à redouter.
Ne courbons pas la tête, restons de coeur et d'esprit Maçons, en toute circonstance, soyons fermes et vigilants et, la bourrasque passée, la lumière reviendra, plus éclatante que jamais. Post, ténébras, lux !"

Avec l'arrivée des Allemands à Bourges, c'est l'installation d'une poste allemande dans les locaux des francs maçon, boulevard Chanzy. Ils occuperont la "salle humide" du rez-de-chaussée pour faire des repas, et dans le temple situé à l'étage ils installent un dortoir.

Cela va durer jusqu'au printemps de 1941, car selon une loi du 13 août 1940, le temple est mis sous séquestre et remis en location au Secours National.

Une partie des archives sont sauvées par le frère Joseph Poisson qui substitue plusieurs cartons aux Allemands, "j'étais bien seul" racontait-il après guerre. Le coffre fort avait été éventré, et la bibliothèque avait été remise aux Archives départementales du Cher.

Dans un rapport, le préfet du Cher signale qu'il a dissout les deux associations maçonniques, "Travail et Fraternité" et "Pax Labore".

Les francs maçons sont inquiétés, avec des perquisitions chez les francs maçons, on établit des listes et la délation va bien ! Certaines professions sont interdites aux francs-maçons, alors certains envoient des courriers aux préfectures dénonçant telle personne comme étant franc ma-on. Il arrive que ce soit exact, il arrive parfois que la personne dénoncée est morte depuis 10 ans. Les listes de francs-maçons font les délices de l'Occupant, et surout de la Milice.

le préfet du Cher applique la loi nouvelle et les francs maçons qui exercent des professions interdites, comme dans la fonction publique ou l'enseignement sont renvoyés. Ce sera le cas d'un conseiller municipal de Bourges et de plusieurs instituteurs qui se retrouvent sans emploi.

Les travaux de la Loge Travail et Fraternité sont alors, non pas fermés, mais suspendus. Ils ne reprendront que le 10 décembre 1944.

 

Pendant ces quatre années d'horreur, la Franc-Maçonnerie et les Francs-Maçons resteront dans l'ombre. A titre individuel, des "frères" comme Jean Moulin, Pierre Brossolette, Félix Eboué ou Pierre Dac agiront contre les nazis et les pétainistes.
Un mouvement de résistance formé de Francs-Maçons se constituera sous le vocable "Patriam Récuperare".


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