La campagne électorale des
Municipales de mars 1977
Le mois de février est fertile en
rebondissements politiques à Bourges. C'est l'apparition
d'une troisième "grande liste" pour les municipales
avec le "cercle Cujas", animé par Maître
Corneloup, et comprenant Jean-Marie Nunez, Pierre Catinaud, Yvon
Mautret et quelques autres. Ils font une liste à part
dans laquelle entrent d'anciens socialistes comme René
Henry, cette liste "Bourges-Espoir" est un coup de
pied à Boisdé.
Le 19 février, à seulement un mois à peine
des élections, un communiqué de Bourges-Espoir
est publié, c'est une explication dans lesquels ces dirigeants
"veulent éviter la division en deux blocs de
la société berruyère". Ces
nouveaux venus ne sollicitent aucune investiture politique, ils
se veulent le rassemblement de candidats venant de tous les horizons
politiques.
Le 23 février, la liste de Bourges-Espoir
est dévoilée. Le chirurgien Pierre Lebrun est tête
de liste, suivent, par ordre alphabétique, Michel André,
cadre commercial, René Aubrun, directeur d'école,
Robert Brisse, agent de maîtrise, Pierre Catinaud, libraire,
Jean Chéritat technicien, René Henry, technicien,
Jean-Pierre Morel, charcutier, Yvon Mautret, cadre en assurance,
Jean-Marie Nunez, architecte, Jacques-Louis Tabare commerçant
etc.
Cette liste "pour une relève
à droite" comprend des personnalités locales
issues du "cercle Cujas", formé 18 mois auparavant.
C'était un groupe de réflexion sur les problèmes
locaux. L'objectif municipal étant de ne pas laisser face
à face la gauche et la droite, mais de proposer une "troisième
voie" aux Berruyers.
Dans cette structure collégiale, il n'est pas facile de
mettre un nom du futur Maire en cas de victoire. Ce flou portera
sans aucun doute préjudice à la liste en cause.
La presse s'interroge et dans une première approche, si
la tête de liste est le docteur Lebrun, le candidat maire
sera sans aucun doute M. Mautret. Quelques jours plus tard, certaines
confidences laissent entendre que le docteur Lebrun, ayant réussi
à concilier sa vie professionnelle et une possible activité
de maire, pourrait être le prochain maire de Bourges. Il
faut attendre le 9 mars, à une semaine du premier tour,
pour que Maître Corneloup dévoile le nom du futur
maire en cas de victoire : ce sera..... René Henry,
et le docteur Lebrun occupera, lui, le poste de premier adjoint.
Christian Gérondeau, renonce face
"à un parti qui se voulait dominateur", et voyant
cette curée, il ne figure pas sur la liste de Raymond
Boisdé. Dans un court communiqué, il indique "qu'il
est possible que les circonstances ne me permettent pas d'y participer
directement", puis il ajoutet qu'il va lutter contre la
liste de gauche, et se sent disponible pour l'avenir. En fait,
ce brillant fonctionnaire, devant cette incohérence berruyère,
na' pas réussi à s'imposer. Il fait ses valises
et quitte le Berry, laissant trois listes principales en présence,
dont deux pour la sensibilité de droite.
René Henry l'ancien socialiste,
adjoint au maire en 1965, se retrouve en première ligne,
il est attaqué par la gauche et par l'équipe Boisdé.
Il publie un communiqué pour affirmer qu'il a bien été
socialiste, et ceci depuis 1945, à l'époque des
Jeunesses Socialistes. Par la suite, il fut secrétaire
de la fédération du Cher de la S.F.I.O., entre
1952 et 1970, et "refusa la filiation du nouveau P.S. avec
le Parti Communiste". Il déclarera, entre les deux
tours, qu'il combat autant la droite périmée que
le Parti Communiste.
A gauche, une liste dite "d'union
de la gauche" est emmenée par un communiste, Jacques Rimbault, Conseiller général
de Bourges-Nord et ancien de l'équipe vierzonnaise de
Léo Mérigot. Entourant ce communiste, quelques
socialistes, dont Jean Roger, et des personnalités tel
Edmé Boiché, un gaulliste de gauche. Face à
la puissance de la droite, sur une ville comme Bourges, J. Rimbault
et ses amis n'ont pas beaucoup de chance. En privé, ils
ne se font beaucoup d'illusions sur l'issue du scrutin.
Pourtant, lorsque le 2 février 1977,
a lieu la présentation publique au Parc Saint-Paul de
la liste d'Union de la Gauche et des Démocrates, on ne
trouve pas de femmes et d'hommes battus d'avance. Au contraire,
l'affiche annonce pour ce meeting :
Pour une nouvelle gestion sociale
Démocratique et Humaine de la ville de Bourges
avec les allocutions de :
Marguerite Renaudat - Jean Roger
Edmé Boiché - Jacques Rimbault
Ils sont 37 candidats présentés
par Marguerite Renaudat, alors que la liste se décline
dans l'ordre suivant : Jacques Rimbault Conseiller Général
de Bourges, Jean Roger, Directeur honoraire des cours professionnels
municipaux, Edmé Boiché, Agriculteur. Suivaient
alors 34 noms avec : Marguerite Renaudat, professeur de mathématiques,
Robert Guérin, chirurgien dentiste, Gilbert Camuzat, Charles
Parnet etc.
On dénombre 17 communistes, 14 socialistes et 6 républicains
de progrès : une liste unitaire qui doit plaire à
l'ensemble de l'électorat de gauche de Bourges.
Parmi les discours des chefs de file, Jean
Roger signale que les socialistes ont accepté que la tête
de liste soit un membre du Parti Communiste, tandis qu'Edmé
Boiché parle de son mouvement des "gaullistes de
gauche" a été fondé l'année
précédente par Jean Charbonnel, et il explique
sa présence sur une telle liste. M. Boiché se félicite
que le P.C.F. ait renoncé à la "dictature
du prolétariat" et que le P.S. se soit rénové.
Il lance un appel à ses amis, leur demandant de surmonter
"leurs états d'âme".
C'est Jacques Rimbault qui termine le meeting, insistant sur
sa liste qui représente "les forces vives de la nation",
et il engage les Berruyers à entrer dans une nouvelle
période avec une "vaste concertation de la population".
Par la suite, les réunions, les
meetings, la présence incessante sur le terrain montrent
des candidats résolus et actifs. Ainsi, une des dernières
réunions se déroule au parc Saint-Paul, le 7 mars
avec "les Assises pour Bourges", une manière
de consultation permanente qui sera reprise plus tard.
Quant à Raymond Boisdé,
c'est le 25 février qu'il présente sa liste, intitulée
Bourges-Union. Elle ne comprend que 3 membres de l'équipe
sortante, sur 37 candidats, Alfred Depège n'est pas là,
pas plus que Christian Gérondeau.
Il ne reste que Gérigny et Roy,
ce dernier, se situant "dans la mouvance" Gérondeau.
Peu de personnalités sont connues, si l'on excepte Josette
Csorgei, Paul Farenc, et Alain Villard. Par contre, il y a 9
dames, et dans la photo de présentation, Boisdé
est à table, entouré de ces 9 femmes ! La liste
comprend toutes les catégories professionnelles, tous
les quartiers de Bourges, toutes les associations. Une liste
dont on dirait aujourd'hui qu'elle est sortie d'un ordinateur.
La plupart des candidats ne sont pas engagés politiquement,
et Boisdé affirme "qu'il ne s'agit pas d'une liste
partisane, comme celle de l'union des forces collectivistes",
il veut des femmes et des hommes pour "la concorde nationale
et la liberté".
Boisdé compte sur cette liste de personnes vierges en
politique pour l'emporter, et il inaugure à tour de bras.
A la veille du premier tour, est baptisée la place André
Malraux. La semaine précédente, la dernière
uvre de Boisdé avait été le lac d'Auron.
"Le drapeau rouge flotte sur
la Mairie"
La fin de la campagne est très
dure à Bourges, à l'approche du 13 mars, date du
premier tour. Au Parc Saint-Paul, ils sont 1500 à écouter
les leaders de la gauche locale. Jacques Rimbault, observant
les divisions de la droite, sent la victoire possible. Il s'exprime
ainsi : "l'espoir et l'union sont à notre côté",
alors que Charles Parnet donne une idée très critique
de ce que furent les réalisations de Boisdé. Boiché
parle de son cas, lui, le gaulliste de gauche, qui n'est "l'otage
de personne".
Le premier tour est une surprise à Bourges. Si Papon est
réélu à Saint-Amand et Léo Mérigot
à Vierzon, le résultat de Bourges ne permet pas
de se prononcer.
La liste de gauche de Rimbault arrive
largement en tête avec 14 246 voix, suivie des deux listes
"de droite", celle de Boisdé avec 7792 suffrages
bat de 300 voix celle de Bourges-Espoir qui obtient un très
bon score avec 7497 suffrages. La liste de Lutte Ouvrière
fait un bon résultat avec 1478 voix. Les abstentions ont
été importantes, avec un taux de 27%.
- Il y avait 43 293 inscrits et 31 625
votants.
- Les suffrages exprimés étaient
de 31 013.
Les premiers commentaires et analyses portent sur la chute de
Boisdé. Lui, qui fut élu au premier tour en 1965,
avec 65% des suffrages et près de 60% en 1971, se retrouve
avec un score de 25%. C'est un rejet de l'homme et de sa liste.
Au soir de ce premier tour, René Henry affirme vouloir
se maintenir, car seule sa liste peut battre celle de M. Rimbault.
De son côté, Raymond Boisdé dit la même
chose, il se trouve "désigné naturellement"
car il est arrivé en tête des deux listes de droite...
Il n'a pas compris le vu des électeurs : le désire
d'un réel changement.
Les résultats du second tour
des élections à Bourges font l'effet d'une bombe
pour tous les Berruyers qui n'étaient pas familiers avec
la politique locale. La liste emmenée par Jacques Rimbault
l'emporte très largement avec près de 56% des suffrages,
très exactement 55,91%, et Raymond Boisdé a perdu,
il est loin derrière, à 4000 voix de son vainqueur
de gauche.
On note peu d'abstentions, puisque le taux n'a été
que de 20%. Comme Boisdé a obtenu 55 voix de moins que
la somme des listes de Bourges-Union et de Bourges-Espoir, cela
signifie qu'il n'a pas fait le plein des voix de droite, et de
nombreux abstentionnistes du premier tour n'ont pas voté
pour lui.
C'est une défaite sévère, mais ce qui est
encore plus difficile, ce n'est pas d'avoir été
battu par ses adversaires, mais par ses amis. Il ne fait aucun
doute que la perspective de remettre à la première
place de la ville une équipe ancienne et usée,
a amené beaucoup de rancur dans les rangs de la
droite locale.
Beaucoup de femmes et d'hommes n'ont pas
compris que Raymond Boisdé n'ait pas laissé la
place à l'équipe de Bourges-Espoir, qui pouvait
être une alternative intéressante. Alors, de nombreux
Berruyers, pas plus communistes que socialistes, ont avant tout
voté contre l'équipe du maire sortant, en voulant
lui faire comprendre qu'il devait laisser la place. Ils ne supportaient
plus que leur maire soit continuellement entre Paris et la Côte
d'Azur, où il séjournait longuement pour des raisons
de santé, et que la gestion municipale soit assurée
par "l'entourage" du maire.
Raymond Boisdé part, sans doute
avec beaucoup d'amertume et d'incompréhension. Il laisse
flotter sur la mairie "le drapeau rouge", pour reprendre
l'expression de plusieurs de ses amis au soir de la défaite,
ils sont "sonnés" et se laissent aller à
beaucoup de fantasmes, ne comprenant pas ce qui leur arrive.
Jacques Rimbault est un inconnu pour la majorité des
Berruyers. La plupart ne retiennent que son étiquette.
Il est né en 1929 d'une vieille famille berrichonne. Il
fait ses classes dans les maquis de la Résistance avant
de suivre les écoles traditionnelles du "Parti".
Ajusteur de métier, il travailla à la pyrotechnie,
puis à la SNCAC.
La politique prend vite le devant parmi ses activités
et il est élu Conseiller Municipal de Vierzon en 1953,
puis Maire-adjoint de Vierzon lors du scrutin de 1959, il est
le troisième sur la liste, le maire étant Léo
Mérigot.
Le Parti reconnaît sa valeur et il entre au Comité
Central du Parti Communiste en 1964. Il passe progressivement
de Vierzon à Bourges, en étant d'abord élu
conseiller général du Cher en 1973, puis maire
de Bourges à la suite des élections de mars 77.
En 1977, il passe pour un militant convaincu et sans faille du
Parti Communiste, il sait s'entourer d'une bonne équipe,
et connaît la faiblesse de ses partenaires socialistes
pour éviter toute crise grave. On le dit "persévérant,
réfléchi, un aspect(faussement) débonnaire,
un petit côté fouineur", c'est la description
qu'en fait Pierre Favre qui le connaîtra lors des Printemps
de Bourges.
Jacques Rimbault, quelques semaines avant
sa disparition, à qui j'avais demandé une photographie
symbolisant pour lui la victoire de 1977, m'avait fait parvenir
un document où il apparaît entouré de son
équipe:
La liste des 37 élus
du nouveau Conseil municipal :
Il n'y a pas à cette époque
d'Opposition et les 37 élus sont tous de la même
liste, celle de Jacques Rimbault.
- Jacques Rimbault, conseiller général
- Jean Roger, directeur honoraire des
Cours municipaux.
- Edme Boiché, agriculteur
- Marguerite Renaudat conseiller général
- Robert Guérin, chirurgien dentiste
- Gilbert Camuzat, spécialiste
de laboratoire
- Charles Parnet, Instituteur
- Pierre Ferdonnet, cheminot
- Lucette Eberhard, commerçante
- Michel Picard, géographe
- Claude Joly, infirmier
- Nicole Gaspon, conseillère
d'orientation
- Yvon Perruchot, professeur
- Rémy Perrot, ajusteur
- Paul Ganes, professeur d'enseignement
général
- Joël Chavanaz, dessinateur à
l'EFAB
- Olivier Vignolet, technicien
- Bernadette Gimonet, secrétaire
d'entreprise artisanale
- Daniel Robin, ouvrier aux Ets Militaires
- Bernard Gourdon, directeur d'école
- Marie-Paule Prot, psychologue
- Jean-Michel Auger, contrôleur
- André Lafond ouvrier spécialisé
- Pierre Houques, animateur d'éducation
populaire
- Monique Verdier, médecin psychiatre
- Jack Baboulène, employé
- Jacques Gonzalès, professeur
d'éducation physique et sportive
- Pierre Effa, Inspecteur principal
des PTT.
- Alain Méchin, infirmier
- Annie Frison, enseignante,
- Jean Paul Clavier, préparateur
en informatique à la SNIAS
- Clément Jegou, instituteur
- Michel Quérault, chirurgien-dentiste
- Micheline Sandrier, infirmière
au Centre Hospitalier
- Michel Berthot, artisan carrossier
- Joël Couturier, éducateur
enfance inadaptée
- Alain Gauvin, employé PTT.
- Il faut remarque que cette liste est
basée sur des enseignants, des employés à
la SNIAS et Ets militaires.
- (pour la SNIAS, ils sont 4 alors que un
seul est marqué SNIAS)
- Peu de femmes, 7 sur 37 comme sur toutes
les listes de l'époque.
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