Les municipales à Bourges font
toujours l'objet de profonds déchirements, d'autant que
Raymond Boisdé est élu
maire en 1959 pour 18 ans, Jacques Rimbault lui aussi fera trois
mandat, terrassé par la maladie deux ans avant les 18
ans, et en 1995, c'est à nouveau une lutte gauche-droite.
Municipale de 95 : droite et gauche
sur des stratégies opposées
La mort de Jacques
Rimbault a plus que fortement déstabilisé
la gauche municipale. La stratégie était depuis
le début des années 1980 basée sur le charisme
du maire. "JR" était devenu incontournable,
c'était "le patron" incontesté, menant
depuis 1978 élection après élection ses
troupes à la victoire. Les socialistes, malgré
quelques velléités étaient deux rangs derrière,
bien au garde à vous.
La disparition de J. Rimbault, et sans doute, quelques querelles
internes, n'ont pas facilité la constitution de la liste
pour les municipales de juin 95. Jean
Claude Sandrier devient le nouveau leader, alors que
s'efface la fidèle Marguerite Renaudat, pour cause
d'âge, alors que Gilbert Camuzat commence à
prendre quelque distance avec le local. Le Parti Socialiste est
redevenu très faible. La presse rapporte le 5 octobre
1994 que le chef de file des socialistes au Conseil municipal,
Jean Pierre Saulnier "décroche et ne se représente
pas". Dans ces conditions, Pierre Houques revient,
lui qui avait été "évincé"
par Olivier Thiais en octobre 1993
Quant à
Alain Calmat, il a eu un temps des visées sur la
Ville de Bourges, mais il retourne en région parisienne,
après 7 années passées en Berry.
Comme il le dira souvent, Jean Claude Sandrier a manqué
de temps. Deux ans pour s'affirmer après 16 années
de J. Rimbault, c'est trop peu. Sa stratégie vis à
vis des Berruyers sera basée uniquement "sur le souvenir
du père", c'est à dire sur Jacques Rimbault,
avec des symboles très forts. Le nom de la rue de la mairie
ou le stade des Grosses Plantes, la référence continue
à JR, joue sur l'émotion, c'est bien vis à
vis des fidèles, mais cela n'entraîne pas de troupes
nouvelles.
A droite, la stratégie est inverse. Il y a toujours
Jean François Deniau, député, Président
du Conseil général, homme de grande stature, présent
sur de nombreux pays de par le monde. Les Berruyers le voient
souvent à la télévision, plus rarement de
leur point de vue à Bourges.
La classe politique locale est à la recherche d'un vrai
leader capable "de reprendre la ville aux communistes".
Elle trouve en la personne de Serge
Lepeltier une possible opportunité. Les notables
"bourgeois" de la cité de Jacques Cur
ont beaucoup souffert de l'absence de leader à droite
dans les précédentes consultations. Cette fois
ils ont le choix entre Franck Thomas Richard, le représentant
de l'UDF, qui joue la convivialité et la tape amicale
sur l'épaule, et Serge Lepeltier, un pur produit RPR,
plus froid, mais qui fait sérieux et déterminé.
Il y a chez les Berruyers, une volonté
de changement, comme cela s'est fait dans les années 1975
avec la fin de Raymond Boisdé. Trois fois 6 ans, avec
la même équipe, c'est beaucoup. Il y a une panne
d'idées originales et un trop faible renouvellement des
personnels politiques.
Beaucoup de Berruyers n'assistent plus aux "Assises pour
Bourges", car " ce sont toujours les mêmes têtes
et le même discours". Il y a une certaine lassitude
..
Et Jacques Rimbault, avec son charisme n'est plus là.
Mais passer de gauche à droite n'est pas évident
pour les Berruyers. Ils restent légalistes et fidèles.
Les gens en place, bénéficient d'un préjugé
favorable. La droite devra se battre et surtout proposer un vrai
projet pour les 6 ans à venir. C'est ainsi que les équipes
de Lepeltier, "Bourges Projet " et celles de Thomas
Richard "Atout Cur" se mettent au travail, avant
de se retrouver dans un même combat avec la liste "Bourges
plus fort".
Les élections municipales
sont prévues par le calendrier électorale en juin
1995.
Les Etats majors se mettent en ordre de
marche de manière assez différente. A gauche, c'est
le temps des inaugurations, du bilan, de l'action passée
et du succès de l'équipe de Jacques Rimbault. A
droite, dès 1994, les militants sont sollicités
pour réfléchir au projet pour Bourges. Puis c'est
l'automne, les négociations entre partis politiques sont
délicates, pour constituer la liste. Chacun veut en être.
Serge Lepeltier fixe, en organisateur hors pair, les règles
du jeu, il y aura un tiers de RPR, un tiers d'UDF et un tiers
pour des personnes venant "de la société civile",
sans appartenance politique.
La campagne se déroule sans anicroche particulière
entre les différentes listes. Des réunion publiques,
des distributions de tracts, un débat sur une radio locale
entre les deux têtes de listes
.. et l'attente du
résultat des élections présidentielles qui
auront sans aucun doute une influence sur le scrutin local.
Présidentielles
et municipales
Les élections présidentielles
prévues fin avril et début mai 1995 font la "une"
des journaux, locaux comme nationaux. Les candidats s'affrontent
pour succéder à François Mitterrand. Ce
dernier, n'a pas prévu, comme souvent les grands hommes,
un successeur. Il a rejeté Rocard, Bérégovoy
s'est donné la mort, et il est en froid avec Jospin
..
Les "Affaires" après 14 ans "de règne"
ont miné le régime. Les français recherchent
un président très différent. A gauche Jospin
entre en lisse. Il a le caractère austère du milieu
protestant, mais chacun a le sentiment, qu'il est un homme politique
irréprochable. A droite, c'est une bataille "au couteau"
entre Balladur et Chirac, "les amis de 30 ans".
Chirac est en Berry pour le Printemps
de Bourges. Ce 19e Printemps, est
très coloré avec "l'autruche au tambour"
qui succède au pingouin de l'année précédente
comme image fétiche. Le programme est attrayant, sont
présents, Bashung, Souchon, Simple Minds, le fidèle
Thiéfaine et surprise, les Chippendales à la Maison
de la Culture, les berruyères vont, avant beaucoup d'autres,
découvrir ces "beaux mâles" dont on a
beaucoup parlé depuis. Autre grand moment, la présence
dans la cathédrale, un peu froide, de Julia Megenes le
mercredi 26 avril, un concert inoubliable.
Jacques Chirac va-t-il apprécier
la programmation ? Rien n'est moins sûr. Il est en campagne
et les jeunes ne sont pas très sensibles à ce type
de présence. Le maire de Paris lorsqu'il fait le tour
des salles de spectacle est parfois sifflé, c'est dans
l'ordre des choses.
Mais devant la Maison de la Culture, il est tout simplement bousculé.
Il "ne doit son salut qu'à une porte dérobée
située dans le bâtiment", la pomme ayant été
son emblème pendant la campagne, les jeunes gauchistes
de Bourges bien organisés et le service d'ordre du Printemps
complètement dépassé lui envoient ces fruits
en quantité non négligeable.
Un mauvais moment à passer. Serge Lepeltier, député
et candidat à la mairie, accompagne Jacques Chirac, il
sort de la bousculade avec une aggravation d'une hernie discale
qui le conduit dans les jours suivants à la clinique Guillaume
de Varye pour subir une opération qui ne fut pas anodine.
Et ceci en pleine campagne électorale !
La campagne des Présidentielles se poursuit, mais la vie
municipale aussi. Lors de ce qui sera la dernière réunion
du Conseil municipal de l'équipe en place, le 30 mars
1995, il est question des taux qui sont augmentés de 1,9%
par rapport à l'année précédente,
puis du Centre de Secours, c'est à dire la nouvelle caserne
des pompiers. Le Conseil municipal approuve le programme de Jean
Claude Sandrier pour le lancement du concours d'architectes.
Cette opération importante est faite avec précipitation
une veille d'élection, disent ses adversaires, alors que
le maire joue la continuité, persuadé d'être
élu.
Enfin, le maire évoque les réflexions
en cours avec La Spézia et Palencia sur la diversification,
la création d'un pôle européen sur la formation
au risque industriel, l'école d'ingénieur
..
Des élections aux
scores serrés
Alors que se poursuivent les réunions
des listes Bourges Plus Fort d'un côté et Bourges
Union de l'autre, avec distribution de tracts sur les marchés
ou devant les super et hypermarchés, les tracts dans les
boîtes aux lettres, c'est la Présidentielle qui
occupe la scène au plan national. La gauche ne semble
pas avoir beaucoup de chances, et Lionel Jospin, fait l'effet
d'un "revenant", l'équipe Mitterrand est au
plus bas.
A droite, Edouard Balladur doit l'emporter, c'est un premier
ministre apprécié, et Jacques Chirac semble un
peu "dépassé". Mais une campagne électorale,
c'est aussi une grande bagarre et sur ce terrain, le Maire de
Paris est au mieux.
Les résultats du premier tour surprennent, Jospin fait
un excellent score : 23,7% des suffrages, il est en tête
des candidats et certains pensent qu'il va même l'emporter.
A droite, Chirac est à 20,4 % ce qui est décevant,
Balladur le suivant de prêt, avec 19,1%. Chirac, mathématiquement
a de bonnes chance de devenir président.
Le second tour se fait sans trop de passion, le débat
télévisé tant attendu est frustrant et Jacques
Chirac passe de la Mairie à l'Elysée
.. avec
pour la ville de Bourges un score de 52,6 pour Chirac et 47,4
pour Jospin.
A Bourges, ces résultats sont épluchés
à la loupe par les Etats Majors des candidats aux municipales
prévues dans 2 mois. La gauche est en bonne position pour
gagner, alors que Serge Lepeltier pense que " les résultats
de Bourges sont de bon augure".
L'équipe de Jean Claude Sandrier multiplie les "effets
bilans" et les inaugurations. Serge Lepeltier calcule. Il
trouve que la droite "classique" ne lui permettra pas
de l'emporter, c'est trop juste, il faut élargir la liste,
non pas sur l'extrême droite, il a le parti et les idées
de Jean Marie Le Pen en horreur, mais au contraire vers la frange
écologique. Il prend rapidement contact avec Alain Philippe
qui est marqué par "Bourges Démocratie",
mais aussi par Génération Ecologie. Après
un dîner chez Patrick Dorie entre Serge Lepeltier et Alain
Philippe, il réussit à convaincre ce dernier de
figurer en bonne place sur la liste.
Le premier tour des municipales
du 11 juin, est serré,
la liste Lepeltier est en tête avec 45,45% des suffrages,
mais le maire de Bourges, Jean Claude Sandrier est à quelques
voix derrière, il obtient 45,17%.
Le Front National n'obtient que 5,8% et l'extrême gauche
1,8%.
Les huit jours entre les deux tours sont
tendus, mais d'une extrême correction de part et d'autre.
Le sommet est un débat organisé par le Berry Républicain
et retransmis sur les ondes d'Europe 2 le 14 juin 1995. Pour
les militants de "Bourges Plus Fort", " Serge
Lepeltier était plus à l'aise", alors que
les partisans du maire de Bourges répliquent : "
Jean Claude Sandrier prend le dessus".
Second tour, un 18 juin, les résultats arrivent dans les
permanences, bureau par bureau. Les uns favorables à la
gauche, les autres à la droite, c'est très indécis.
La défaite se déplace d'un camp à l'autre
en quelques minutes : alternativement, c'est l'abattement et
la joie.
Et puis c'est
le résultat, la droite l'emporte que quelques centaines
de voix, très exactement 869 voix d'avance pour "
Bourges Plus fort ", 51,36% contre 48,64%, et Serge Lepeltier
sera élu dans quelques jours maire de Bourges.
Jean Claude Sandrier, sans tristesse excessive
est déçu, il analyse à chaud sa défaite,
" Un contexte particulièrement difficile, juste après
la présidentielle, la présence sur la liste adverse
de deux députés de droite et la femme du troisième,
et le fait que je ne sois pas vraiment un maire sortant".
Battu, Jean Claude Sandrier sera conseiller
municipal, et il reste conseiller général.
Dans l'autre camp, la victoire à l'arraché, est
d'autant plus appréciée. La nouvelle majorité
comprend 37 élus contre 12 à l'Opposition.
Serge Lepeltier à la permanence de la rue Jean Jaurès
est pressé par les siens. On note la présence de
Jean François Deniau, Serge Vinçon et " d'un
Jean Rousseau radieux aux côtés de Frank Thomas
Richard " note un journaliste. Le prochain maire de Bourges
a du mal à s'exprimer dans le brouhaha, " Bourges
a changé de majorité, Merci au 38ième de
notre liste qui n'est pas élu
. Je dédie cette
victoire à mon petit fils" et Serge Lepeltier montre
cet enfant, Romain, symbole de l'avenir de Bourges.
Quelques instants plus tard, il déclare que " c'est
un très grand honneur de devenir maire. J'y mettrai toute
mon énergie.". Il a quelques mots pour son adversaire
:
" Je comprends la déception de Jean Claude Sandrier
.
S'il vous plait
.. je vais vous demander de rester digne
et sérieux et ne pas aller insulter les perdants comme
on l'a vu en 1977. Je veux dire qu'il ne s'est pas agi pour moi
de renier le passé de la ville, mais d'écrire une
nouvelle page de son histoire".
La Nouvelle République titre au lendemain de ce 18 juin
:
" une victoire
célébrée sans débordements ".
Serge Lepeltier
a alors 42 ans, il est né au Veurdre, dans l'Allier, à
la limite du Cher le 12 octobre 1953. Ses études le conduisent
à Moulins au pensionnat Saint Gilles, puis à Clermont
Ferrand et enfin au collège Stanislas à Paris.
Diplômé de HEC, les Hautes Etudes Commerciale, il
ne parvient pas à franchir les portes de l'ENA, trahi
au concours par la langue de Shakespeare.
Il commence une carrière professionnelle dans le commerce,
chez Quelle en 1979, puis dans une coopérative de vignerons,
à Rasteau dans le Vaucluse, il en est le directeur général
de 1980 à 1986. C'est à cette époque qu'il
revient en Berry dans l'entreprise familiale de travaux publics
François Lepeltier, son oncle.
Gaulliste de toujours, c'est en 1975 qu'il
entre à l'UDR, le futur RPR de Jacques Chirac à
qui il sera fidèle en toute circonstance. En 1978, il
s'essaie aux législatives en Moselle, est battu, mais
rencontre son épouse Viviane.
Sur d'autres plan, le maire de Bourges est passionné de
plongée sous-marine, et chaque année, il s'en va
visiter les eaux profondes de notre globe.
Dans le Cher, il brigue tous les mandats qui s'offrent, conseiller
régional, conseiller général, député
du Cher, il est vainqueur à chaque élection, et
cela continuera, avec pour seul faux pas, les législatives
à venir de 1997.
C'est un peu avec de la chance qu'il devient conseiller municipal
de l'opposition en 1989, à la suite de la défaite
puis de la démission de Camille Michel.
Son parcourt, pour l'historien est voisin
de celui de Henri Laudier avant guerre, et il est à classer
dans les " grands maires " de Bourges au même
titre que Raymond Boisdé et Jacques Rimbault. Seul l'avenir
..
l'équipe arrive au "pouvoir
municipal"
L'équipe qui arrive au pouvoir municipal
semble cohérente. Entre les leaders des formations de
droite, il n'y a pas à proprement parler de concurrence.
Frank Thomas Richard est député et ses fonctions
dans le domaine social lui vont comme un gant. Frédérique
Deniau est très à l'aise dans les dossiers
difficiles de l'enseignement supérieur. Sa connaissance
du milieu parisien et la présence de Jean
François Deniau à la tête du département
sont des atouts non négligeables.
Beaucoup des adjoints comme Roland Chamiot,
Josette Csorgei ou Philippe Gitton sont des fidèles envers
leur maire et travaillent beaucoup avec d'application.
D'autres cherchent leur marque, c'est le cas d'Alain Philippe
et sa rigueur souvent critiquée, c'est Laurent Van Damme
qui veut "rentrer dans le lard de l'opposition en
permanence", quant à Jean Marie Nunez, c'est
un théoricien, il voudrait pouvoir posséder un
plan global du Bourges futur, en particulier sur le plan de l'urbanisme.
Il faut dire que les premiers dossiers portent sur des thèmes
qui découlent de la campagne électorale. C'est
ainsi que le manque de sécurité nécessite
l'étude délicate de l'installation d'une police
municipale. C'est aussi les soubresauts des industries d'armement
et les pertes d'emploi continues. Enfin des questions plus philosophiques
et plus difficiles font les joies des premières réunions
baptisées "Bourges plus fort" avec l'ensemble
des personnes de la liste qui avait remporté les élections.
La gauche est sonnée, Jean Claude Sandrier, avec beaucoup
de détermination prend en main la nouvelle opposition
municipale. Habitué aux dossiers, il argumente face aux
tergiversations de la majorité, marquant des points dans
les premiers mois. A ses côtés, Pierre Houques,
Philippe Goldman, et Yann Galut, pas encore très à
l'aise.